PIPÉRIDINES1 (LIDÉPRAN, MÉRATRAN, RITALINE)

« Des bricoles sans grand effet… »
Le groupe des pipéridines, produits psychostimulants apparentés aux amphétamines, a
eu chez les cyclistes son heure de gloire de 1966 à 1974. Ayant constaté de façon empirique
que le contrôle était incapable de démasquer le trio : Lidépran, Mératran, Ritaline, les stars
comme les anonymes, autrement dit une grande partie du peloton, carburaient aux pipéridines.
Cette « habitude » a été stoppée nette en 1974 lorsqu’un laboratoire belge a réussi à
maîtriser la détection des pipéridines.

. ASPECTS PHARMACOLOGIQUES
Spécialités pharmaceutiques (exemples)
Nom commercial DCI MSM RDM
Lidépran Lévophacétopérane 1960 1976
Mératran Pipradol 1957 1972
Ritaline’ Methylphénidate 1960 et 08.1995 1975
Spécialités étrangères
Aktilin, Alertol, Centedrin,
Luxidin, Meratonic, Meridilum,
Pipradol, Pipral, Pipralon,
Tableau
1957-1966 : tableau C.
1967 : tableau B.
Les amphétamines et leurs
du ministre des Affaires
ments. Ils seront désormais
L’ordonnance doit être faite
ministre, en somme, a soumis
de stimulation.
1975: le méthylphénidate
ment de l’enfant hyperkinétique
tion du ministre de la Santé.
1995 : stupéfiants (ex tableau
Historique
1944— Le méthylphénidate
(1907-) dans les laboratoires
1954 — La Ritaline (méthylphénidate)
Deux ans plus tard, la Ritaline
pour qu’elle soit commercialisée
Leandro Panizzon : Marguerite
courts raconte que Panizzon
les compétitions, le méthylphénidate,
Surnoms/autres noms
Pilule de l’obéissance (Ritaline),
Dangers
Effets indésirables
— Excitation, insomnie, vertige,
ment, palpitations, arythmie,
artérielle, suppression de
donc augmentation du risque
— Augmentation des transaminases
Detaril, Gadexyl, Gerodyl, Leptidrol, Levophacetoperano,
Metadin, Methylphénidylat, Phacetoperano, Phenidylate,
Plimasin, Rilatin, Ritalin, Sanil, Serpatonil, Stimolag, Vitazell.
apparentés (pipéridines) viennent de faire l’objet d’un arrêté
sociales dans le but de renforcer la législation de ces médicainscrits
à la section 2 du tableau B des substances vénéneuses.
sur un carnet à souche délivré par le conseil de l’Ordre. Le
au régime prévu pour les stupéfiants les médicaments dits
(Ritaline cp. à 10 mg) est depuis cette date réservé au traiteet
seulement disponible chez le fabricant après autorisa-
B).
a été synthétisé à Bâle par le médecin italien Leandro Panizzon
de recherche de Ciba.
a été mise sur le marché en Suisse et en Allemagne.
est arrivée sur le territoire américain. Il a fallu attendre 1979
au Canada. Ritaline doit son nom à l’épouse du Dr
s’est transformé en Rita, puis Ritaline. La chronique des
était aussi joueur de tennis et qu’à ce titre il a essayé avant
avec des résultats inespérés.
8228 R.P. (Lidépran).
nausées, vomissements douleurs abdominales, tremblechoc,
céphalées, amaigrissement, hypo ou hypertension
la perception de la fatigue. Diminution du seuil convulsif et
de survenue d’une crise chez l’épileptique.
(ALAT-ASAT) et des phosphatases alcalines.
Contre-indications
Anxiété, excitation, manie, mélancolie, paranoïa.
Interactions médicamenteuses
Le méthylphénidate augmente les niveaux sanguins de phénobarbital (Gardénal), phénytoïne
(Di-Hydan), imipramine (Tofranil) et désipramine (Perftoran) et ralentit le taux de
disparition sérique du biscoumacétate d’éthyle (Tromexane). L’augmentation de l’action
des anticoagulants peut toutefois se produire en présence de méthylphénidate. Des
épisodes d’hypersensibilité peuvent apparaître après la combinaison de méthylphénidate
et d’antidépresseurs tricycliques.
Surdosage
Granulome pulmonaire (Ritaline), érythème bulleux multiforme (Ritaline).
Propriétés et indications thérapeutiques
Lidépran (Vidal 1974)
> Propriétés
Dérivé du pipéridylacétoxyméthane, doué tant au laboratoire qu’en clinique, des
propriétés stimulantes centrales les plus pures.
> Indications
Dépressions névrotiques, en particulier de structure psychasthénique, dépressions réactionnelles,
asthénies banales consécutives à un surmenage physique ou intellectuel, à une
affection somatique, à certains traumatismes affectifs. Oligophrénies. Difficultés d’adaptation
scolaire. Facilitation de certaines psychothérapies. Neutralisation de certains effets
secondaires des neuroleptiques à type d’inertie, de passivité. Traitement de l’obésité.
Mératran (Vidal 1967)
> Action
Psychotonique à action centrale, assure la relève des amphétamines, il n’influe pas sur les
systèmes neurovégétatifs et cardiovasculaire.
> Indications
Surmenage, lassitude paradoxale du matin, asthénies, lenteur intellectuelle, indifférence
affective, apathie. Effets secondaires des hypotenseurs, des tranquillisants et des barbituriques.
Ritaline (Vidal 1967)
> Propriétés
Préparation d’action centrale accroissant le tonus psychomoteur, sans effet secondaire ni
accoutumance, la Ritaline diffère des amines psychogènes, ainsi que de la caféine. Par la
stimulation qu’elle détermine, elle constitue un complément utile au traitement de
nombreux troubles psychiques.
> Indications
État dépressif, effets secondaires des neuroleptiques, psychoses séniles, certaines psychothérapies,
psychoasthénie, convalescence. Dysfonctionnement cérébral (hyperkinésie) : le
méthylphénidate a un effet paradoxal chez l’enfant atteint d’un dysfonctionnement
cérébral. La Ritaline est un adjuvant aux autres interventions thérapeutiques, pédagogiques,
psychologiques et sociologiques. Elle a aussi été proposée dans le traitement de
la dépendance à la cocaïne.
Ritaline (Vidal 2001)
> Indications
— Troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité chez l’enfant de plus de six ans,
sans limite supérieure d’âge. La prescription est basée sur un diagnostic clinique :
– établi sur l’évaluation par plusieurs intervenants (parents, éducateurs, médecins) de
l’intensité et du caractère invalidant des troubles de l’attention, de l’impulsivité et de
l’hyperactivité de l’enfant ;
– et confirmé par un examen neuropsychologique.
– Il n’existe pas de test diagnostique unique de ce syndrome d’étiologie inconnue. Pour
l’établissement d’un diagnostic approprié, il convient de faire appel à des critères
médicaux, psychologiques ainsi qu’à une évaluation du retentissement scolaire et familial.
Les caractéristiques les plus fréquemment rencontrées incluent : manque d’attention
soutenue, incapacité à se concentrer, instabilité émotionnelle, impulsivité, hyperactivité
modérée ou sévère. Des signes neurologiques (légers) non localisés, des
difficultés d’apprentissage et un EEG anormal peuvent exister ; la présence d’un
dysfonctionnement du système nerveux central-est diagnostiquée dans certains cas. Le
diagnostic ne doit pas être posé de façon définitive si les symptômes sont récents. Il doit
se fonder sur une anamnèse et une évaluation complète et non pas seulement sur la
présence d’une ou de plusieurs de ces caractéristiques chez l’enfant. Le traitement médicamenteux
n’est pas indiqué pour tous les sujets atteints de ce syndrome. Les psychostimulants
ne conviennent pas aux enfants présentant des symptômes dus à des facteurs
environnementaux et/ou à des troubles psychiatriques primaires, psychose incluse. Si
les seules mesures correctives s’avèrent insuffisantes, la possibilité de prescrire un
psychostimulant sera étudiée en fonction de la chronicité et de la sévérité des
symptômes de l’enfant.
—N arcolepsie avec ou sans cataplexie, en cas d’inefficacité du modafinil chez l’adulte et
chez l’enfant de plus de 6 ans.
Chiffres
Aujourd’hui, la Ritaline est la seule pipéridine commercialisée et prescrite pour une seule
indication : l’enfant hyperactif.
—3 à 10 % de la population scolarisée aux États-Unis (1982).
—3 à 5 % (1,5 à 2,5 millions) des écoliers américains consomment de la Ritaline tous les
jours (Bureau international du contrôle des narcotiques, 1996).
— 10 fois plus fréquent chez les garçons que chez les filles.
► PRATIQUE SPORTIVE
Surnoms (appellations sportives)
Lili (Lidépran), Mémé (Mératran), Riri (Ritaline).
Effets allégués et recherchés par les sportifs et leur entourage médico-technique
(théoriques, empiriques et scientifiques)
—S timuler le système nerveux central.
—A ccroître l’éveil et la vigilance.
— Booster la confiance en soi.
—A ugmenter la volonté.
— Diminuer la sensation de fatigue.
—S upprimer la fringale.
Spécialités sportives les plus concernées (témoignages et contrôles antidopage)
Surtout le cyclisme mais aussi toutes les spécialités sportives qui sont déjà consommatrices
d’amphétamines.
Principales affaires (extraits de presse)
1957 — Athlétisme — Gaston Meyer (France) : des « amphets » non toxiques
Gaston Meyer (1905-1985), le n° 1 des journalistes
d’athlétisme, dans un article futuriste,
évoque l’an 2000 et les progrès de la
chimie sportive : « Nous n’en sommes plus
aujourd’hui au temps de l’arsenic et de la
strychnine. Les amphétamines règnent parfois
sous le nom de “pilules du bonheur”. Il ne fait
aucun doute que les amphétamines sont
dangereuses car elles ôtent, pour un temps
donné, la sensation de fatigue et qu’elles
permettent donc à l’organisme d’aller au-delà
de ses possibilités naturelles. L’organisme,
bien entendu, se venge tôt ou tard… Mais les
progrès sont foudroyants dans ce domaine
aussi bien aux États-Unis qu’en URSS, en
Allemagne et même en France. Il existe
actuellement plusieurs produits non toxiques,
que l’on ne saurait donc qualifier de
doping, tel le Mératran (NDLR : apparenté
amphétamine) dont l’usage peut être recom-
mandé (associé notamment à un “tranquillisant”
tel le procalmadiol) dans les cas exceptionnels
et après sérieuse expérimentation
préalable (selon le Pr André Ravina). »
MEYER G. L’histoire de l’athlétisme commence
demain. Sport et Vie, 1957, n° 15, août, 28-29.
1972 — Cyclisme,— Michel Scob (France) : « Du Mératran, presque un placebo »
Michel Scob, ancien champion de France de Le Mératran n’a rien à voir avec un placebo
demi-fond en 1970, révèle dans L’Événement puisqu’il émargeait dans le groupe des
du Jeudi daté du 1″ septembre 1988 : « Un -psychostimulants à action centrale et qu’il
jour, Brulard, l’entraîneur de Raymond figurait au tableau C dans lequel on classe les
Poulidor, m’a demandé une bricole pour son substances pharmaceutiques dangereuses. Sa
poulain. Je lui ai donné du Mératran, presque commercialisation a été arrêtée en 1972.
un placebo. Poulidor a gagné, mais le ,-I ue MONDENARD J.P. Dictionnaire des substances et proproduit,
un très léger euphorisant, n’y était cédés dopants en pratique sportive. Masson, Paris,
pour rien. » 1991, 280 (197).
1973 — Cyclisme — Jean-Pierre de Mondenard (France) : du Lidépran
à la « sauce homéopathique »
« En 1973, lors de la course contre la montre page. Le responsable du laboratoire, Jeanprofessionnelle
“le Grand Prix des Nations” Pierre Lafarge, nous prévenait quelques jours
qui se tenait à Saint-Jean-de-Monts (Vendée), plus tard que le “fortifiant” analysé contenait
un proche parent d’un des favoris de la course en fait une substance apparentée aux amphénous
a apporté une petite boîte de type tamines émargeant à la famille des pipéridines
homéopathique renfermant un médicament le Lidépran. Ce produit surnommé dans le
que le soigneur de l’équipe concernée voulait jargon des pelotons “Lili”, fait partie du
donner au coureur. Compte tenu des “réfé- groupe B de la liste des produits interdits
rences” du prescripteur, cette personne dans le cadre des compétitions sportives (liste
souhaitait savoir si dans la formule il n’y avait UCI, liste CIO).
rien de suspect, démarche normale car de De plus le Lidépran, en tant qu’apparenté aux
nombreux produits contiennent de l’éphé- amphétamines figure également au tableau B
drine et sur le conditionnement (la boîte ou le des substances vénéneuses, tableau qu’il ne
tube) le mot éphédrine bien souvent n’appa- faut pas confondre avec le groupe B de la liste
rait pas en clair mais sous sa dénomination des produits interdits, même si le médicommune
internationale peu compréhensible cament incriminé dans cette affaire se
pour les non-spécialistes. rapporte aux deux nomenclatures. En dehors
Après ouverture de la boîte, le médicament d’une prescription médicale, il fallait bien sûr
en question s’avérait être une capsule user de moyens illégaux pour se procurer
entourée d’un papier argenté et contenait une cette substance qui avait, malgré son interdicpoudre
blanche. Le tout ne correspondant tion sportive, un avantage inestimable à
pas au conditionnement de type homéopa- l’époque et cela jusqu’en 1974: elle ne
thique, nous décidâmes de le faire analyser pouvait être retrouvée dans les urines
par le laboratoire de toxicologie de la faculté l’analyse. »
de médecine de Paris habitué à ce genre de de MONDENARD J.P. Drogues et dopages.-Quel
recherches dans le cadre de la lutte antido- corps ?, Saint-Mandé, 1987, 315 (220).
1973 — Cyclisme — Jean-Claude Blocher (France) : « Des bricoles sans grand effet »
Jean-Claude Blocher, jeune professionnel, Chacun se dopait en cachette. Ce n’est
raconte dans les Joies de la bicyclette, son qu’après que j’ai compris. Que j’ai appris ce
expérience du dopage : « Pendant ces trois qu’étaient les amphétamines. Lors des critésemaines
(Tour de France 73) je m’étais riums d’après Tour, tous les gars marchent
contenté d’absorber des bricoles sans grand au super. Tous, oui sans exception. Il faut
effet, de la Deltamine, du Lidépran, du Méra- dire que les amphétamines, c’est un truc
tran… Rien de bien méchant. Remarquez épatant. Tu es à 30 % au-dessus de tes
qu’à l’époque, je n’étais pas encore au moyens. Tu es fatigué et tu as encore envie de
courant. J’étais novice en la matière. Je voyais faire du vélo. »
bien des petits tubes dans tous les cuissards SALVIAC P. et coll. Joies de la bicyclette. Hachette,
mais j’ignorais leur contenu. Paris, 1977, 245 (202).
1974 — Cyclisme — Coureur « anonyme » : pour un rhume de cerveau
Récit du Dr Jean-Pierre de Mondenard : « Il moins prohibé par les instances internatios’agit
d’un cycliste français, pincé en 1974 au nales. Peu après, interrogé par un téléreporter
Tour des Flandres avec un produit qui, français sur cette mésaventure, il déclare avoir
jusqu’alors, n’était pas décelable mais néan- soigné un rhume, situation bien anodine qui
montre à la, France entière à quel point les famille des pipéridines, généralement
coureurs sont abominablement traités par le employé en psychiatrie. Curieuse façon de
contrôle. L’ennui est que le produit décelé à soigner un rhume, fut-il “de cerveau” ! »
l’analyse et dont il avait eu garde de révéler le.e ,r m ,ONDENARD J.P., CHEVALIER B. Le dossier noir du
nom, était du Mératran, un produit de la dopage. Hachette, Paris, 1981, 270 (223).
1974 — Cyclisme — Classiques printanières : le peloton roule à la Ritaline
(1) Texte d’un journaliste anonyme de Jusqu’alors, ce médicament ne figurait pas
Minute : « Alors que le Tour d’Italie vient à sur la liste des 187 produits toxiques interdits
peine de commencer, un nouveau doping aux sportifs de haute compétition. Sur la
secoue le petit monde de la bicyclette. Il s’agit pression du Comité olympique, on y ajouta
de la Ritaline, un stupéfiant, autrefois en trois nouveaux dopings. Dont la Ritaline.
vente libre, maintenant délivré sur “bon Résultat : le Tour des Flandres, la Flèche
toxique” du médecin. Fabriqué par les labo- Wallonne, le Tour de Belgique et Liègeratoires
Ciba, c’est un “psychoanaleptique Bastogne-Liège révélèrent que de nombreux
euphorisant” à base de méthylphénidate. coureurs l’utilisaient, dont Walter Godefroot,
Utilisé à haute dose, il produit des effets Jean-Pierre Danguillaume, Charles Genthon,
semblables à ceux du LSD. Ce sont les méde- Raymond Delisle, Wilfried David, Ronald De
tins belges qui, les premiers, s’aperçurent de Witte, etc. »
l’emploi de la Ritaline par les coureurs. Minute, 1974, n° 632, 22 au 28 mai.
Commentaires (NDLA) : La Ritaline est interdite depuis la première liste établie par le
Décret du 10 juin 1966. Toutes les substances vénéneuses, c’est-à-dire celles appartenant
à l’un des trois tableaux, sont prohibées dans les compétitions sportives. En revanche le
groupe des pipéridines auquel appartient la Ritaline n’a été mis en évidence par les toxicologues
qu’à partir de 1974. Ce qui explique qu’en 1974 pratiquement tout le peloton
roulait aux pipéridines (Lidépran, Mératran, Ritaline).
(2) Témoignage de Freddy Maertens, cycliste Italie les médecins avaient décelé un nouveau
professionnel de 1972 à 1987: « Pendant les produit, toutes les équipes étaient mises au
classiques, de sérieux remous ont été provo- courant. Un coureur qui en abusait malgré
gués à cause d’un produit jusque-là autorisé tout savait ce qu’il risquait. En Belgique, on
et brusquement inscrit sur la liste des procédait différemment. On préférait taire la
dopants. Plusieurs coureurs, parmi lesquels découverte, laissant les coureurs agir à leur
des hommes connus, furent surpris : Walter guise, jusqu’au moment où plusieurs d’entre
Godefroot au Tour des Flandres et à la Flèche eux étaient pris. Voilà bien une manière
Wallonne, Ronald De Witte à Liège- d’agir typique pour les dirigeants de la Ligue
Bastogne-Liège, Joseph Bruyère, Éric Leman vélocipédique belge qui n’ont jamais reculé
et moi-même au Tour de Belgique. devant l’hypocrisie. C’est le Pr Michel Debac-
Je fus suspendu pour un mois avec sursis et kere, membre de la section vétérinaire de
privé de mon succès final au Tour de l’université royale de Gand, qui procédait au
Belgique, puisque pénalisé de dix minutes. contrôle et qui a décelé le nouveau produit en
Roger Swerts, 2 e, hérita ainsi de la victoire. question, le Ritalin. »
[…] MAERTENS F. Ce que j’ai vécu (propos recueillis par
Pourquoi cette série de cas de dopage au prin- Manu Adriaens). René Malherbe, Bruxelles,
temps 1974 ? Voici l’explication. Quand en 1988, 222 (61-62).
1974 — Cyclisme — Cyrille Guimard (France) : positif au Lidépran
« Depuis quelques jours, des bruits circulaient — “J’ai su, dans le peloton, par des coureurs,
dans la caravane du Tour de France. Le résultat que j’avais été pris. Or le télégramme officiel
du contrôle médical effectué sur Cyrille venant du laboratoire de Paris n’était pas
Guimard à l’issue de l’étape Avignon-Mont- encore parvenu à M. Dominico Menillo,
pellier était positif au Lidépran. Guimard, le l’inspecteur de l’Union cycliste internatioprésident
de l’Union nationale des coureurs nale. ‘ ;
professionnels, ne fait maintenant plus de — “À Aix-les-Bains, trois jours avant le prélèmystère
sur ce qu’il considère comme une vement, une personne du contrôle dont je
cabale. Le communiqué n’a pas encore été tairai le nom m’avait prévenu que l’on voulait
rendu public mais l’intéressé a été prévenu me piéger.” ;
officiellement, dimanche soir, à l’étape de Seo — “Avant de demander la contre-expertise,
de Urgel, et il a demandé sans trop d’espoir, je désirais savoir le produit que l’on avait
une contre-expertise. Beaucoup de points décelé dans l’analyse. On ne m’a pas laissé le
obscurs, selon Guimard, émaillent cette temps.” ;
nouvelle affaire de dopage. Voici les quatre — “Lorsque j’ai eu connaissance, finalement
principales accusations que porte la “victime” : de ce produit, j’ai su alors que c’était une
cabale. Je n’en prends pas. Et même si cela communiqué à Guimard. Il ne pouvait pas y
était, j’ai la preuve formelle que d’autres avoir de fuite.”
coureurs contrôlés et utilisant ce fameux Et il poursuit.
médicament n’ont pas été reconnus “Il est inexact que l’on ait voulu le piéger.
dopés.” (NDLR : Guimard ne veut citer aucun Lorsque Cyrille nous a révélé le nom du remède
nom). (Lidépran), qu’il utilisait, l’un de nous l’a mis
À ces accusations, les commissaires MM. André en garde : si tu es contrôlé avec ce produit, le
Chadelle (1910-1979), président du jury et résultat positif ne fait aucun doute.”
Dominico Menillo répondent : “C’est vrai Quant au Dr Pierre Dumas, il précise : “Si
que Guimard m’a demandé, le dimanche Guimard a des doutes, qu’il demande une
matin, si des coureurs, et lui en particulier, enquête judiciaire. Le laboratoire dépend de la
avaient été positifs, explique M. Chadelle. Je direction des Sports. Qu’il s’adresse… au
n’ai Pu lui répondre à ce moment-là. Le ministre.” »
télégramme n’est effectivement arrivé que
dimanche soir et, personnellement, je l’ai Fronce-Soir, 19.07.1974.
1982 — Cyclisme — Vuelta : le Ritalin a été décelé grâce à des machines plus fiables
« La Vuelta 1982: Angel Arroyo, Vicente ciel qui pratique les contrôles a changé à
Belda, Pedro Munos et Alberto Fernandez l’occasion de la Coupe du monde de football,
ont été déclarés positifs au contrôle antido- les précédentes machines ont été remplacées
ping de la 17e étape. Ils prenaient un produit par d’autres, plus fiables. Et le Ritalin a été
Ritalin, qui, jusqu’à ce jour, n’avait pas été décelé ».
décelé par les contrôles. Or, l’organisme offi- Collec-Cyclisme, 1982, n° 22, juin, 11.
Réglementation
1965 — Loi n° 65-412 du 1er juin 1965 (cf. décret d’application du 10 juin 1966)
Répression de l’usage des stimulants à l’occasion des compétitions sportives.
1966 — Décret n° 66-373 du 10 juin 1966
Il précise quelles sont les substances destinées à accroître artificiellement et passagèrement
les possibilités sportives et qui par conséquent sont interdites dans le cadre des
compétitions sportives : « 1/ Substances vénéneuses visées à l’article R.5149 du Code de
santé publique, c’est-à-dire toutes les spécialités inscrites aux tableaux A, B et C:
— tableau A : toxiques ;
— tableau B : stupéfiants ;
— tableau C : produits dangereux : pipéridines (Lidépran, Mératran, Ritaline). »
1967-1968 — Liste UCI
Les pipéridines figurent dans la liste A au paragraphe 2 qui regroupe les amines sympathomimétiques
(amphétamines, pipéridines et tous leurs dérivés, sous les différentes
formes et associations). Les substances mentionnées sur la liste A, quels que soient leur
présentation, nom commercial, association ou forme, sont totalement interdites, en toute
dose, par toute voie et ce à tout moment.
1968 — Liste CIO
Les pipéridines font partie de la toute première liste des produits interdits établie par la
Commission médicale du CIO à l’occasion des Jeux de Grenoble et de Mexico. Elles
appartiennent au groupe 1 : amines sympathomimétiques (ex : amphétamine), éphédrine
et substances apparentées (pipéridines).
1974 — Liste UCI
Un laboratoire belge parvient à maîtriser la détection du groupe des pipéridines (Lidépran,
Mératran, Ritaline), produits à effet amphétaminique que les coureurs utilisaient
sans souci après vérification empirique de leur impunité. Treize cas positifs sont révélés
dans les classiques belges du printemps. Un bastion du dopage est tombé. En clair, cela
veut dire que de 1966 (date des premiers contrôles officiels) jusqu’au printemps 1974
(soit 8 ans), l’on pouvait en toute impunité consommer des pipéridines.
2003 — Listes CIO, UCI et /4.15 (arrêté du 31.07.2003)
Les pipéridines sont interdites par l’ensemble des réglementations internationales et
décelables dans les urines par les laboratoires officiels.
2004 — Liste AMA
Depuis janvier, l’Agence mondiale antidopage édicte et publie au plan international, la
seule liste faisant désormais référence pour l’ensemble du mouvement sportif. Les pipéridines
appartiennent à la section des « Stimulants » (S1) et sont interdites uniquement
pendant les compétitïons. Flou réglementaire : le lévophacétopérane n’est pas mentionné
dans la liste ! Quant au pipradol il n’est plus considéré par l’AMA comme une substance
dopante. Signalons toutefois qu’il a été inclus dans la partie III de la réglementation dite
« Programme de surveillance ». Le Code de l’AMA spécifie que « L’AMA, en consultation
avec les autres signataires et les gouvernements, établira un programme de surveillance
portant sur d’autres substances ne figurant pas dans la liste des interdictions, mais qu’elle
souhaite néanmoins suivre pour pouvoir en déterminer les indices de mésusage dans le
sport. »
Références
COHEN D., CAILLOUX-COHEN S. Guide critique des médicaments de l’âme. Éditions de l’Homme, Montréal, 1995,
409 (223-244).
D’Avou-r F. Psychotropes. Ritaline… et les petits américains sont sages. 60 Millions de consommateurs, 1996,
n° 295, mai, 22-23.
DOYEN C., BOUVARD M.P. L’hyperactivité chez l’enfant. Thérapeutiques, 1996, n° 10, janvier-février, 18-22.
GUEDENEY N. Enfant hyperactif : faudrait ‘t’être s’agiter. Le Généraliste, 1987, n° 878, 16 janvier, 10-12.
KHANTZIAN E.J. et coll. [Traitement de la dépendance à la cocaïne par le méthylphénidate (Ritaline). Rapport
préliminaire.) J. Subs. Abuse Treat, 1984, 1, 107-112.
MOUREN M.C., DUGAS M. L’enfant hyperactif. Concours méd., 1982, 104, n° 7, 899-912.

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