Tamoxifène

Tamoxifène (Nolvadex)1 : pour empêcher
la gynécomastie des cures d’anabolisants
Daniel Duchaine, « expert » canadien en produits dopants, révèle dans son ouvrage Le
Livre clandestin des stéroïdes (mise à jour 1992) : « En 1981, avec le premier “underground
steroid handbook”, j’ai présenté aux athlètes le Nolvadex (tamoxifène), un antiestrogène.
Dix ans plus tard, le Nolvadex est devenu un produit standard dans le régime médicamenteux
de l’adepte du culturisme. J’ai également émis l’idée que le Nolvadex était la
thérapeutique idéale pour combattre les cas légers de gynécomastie chez l’homme
résultant de l’usage de testostérone ou de stéroïdes anabolisants. Je suis flatté que de très
nombreux médecins du sport à travers le monde aient rejoint mon idée. » La testostérone,
la nandrolone et la gonadotrophine chorionique peuvent être transformées en estrogène
et entraîner l’apparition d’une gynécomastie. Avec les doses élevées d’androgènes, le
risque de développer une gynécomastie augmente et les bodybuilders « prévoyants » ont
recours à un antiestrogène : le tamoxifène. On prend en général trois comprimés par
semaine pendant toute la durée de la cure mais ceux qui se sentent plus particulièrement
menacés, soit par une prédisposition, soit par l’usage d’androgènes qui s’aromatisent facilement,
prennent un à deux comprimés par jour (soit 10 à 20 mg de tamoxifène par jour).
Il faut savoir que si le Nolvadex peut prévenir une gynécomastie, il ne peut pas la guérir
lorsque le tissu fibreux est installé (fibrome). Il faut une petite intervention chirurgicale
pour supprimer le problème définitivement (de nombreux champions professionnels ont
eu recours à la chirurgie esthétique).
La gonadotrophine chorionique endo, utilisée pour relancer le fonctionnement testiculaire
à la fin d’une cure aux androgènes, favorise la production endogène d’estrogènes. Il
en résulte qu’une utilisation prolongée de gonadotrophine risque de provoquer chez les
hommes une modification de la répartition des réserves adipeuses et une gynécomastie.
Le Dr Robert Kerr, biochimiste à l’hôpital San Gabriel de Los Angeles, rapporte cependant
qu’il a fait régresser un cas de gynécomastie par des injections d’hCG. Le tamoxifène
est aussi utilisé par les femmes bodybuilders pour « sécher » à l’approche des compétitions,
évite la rétention d’eau due aux estrogènes et ainsi permet de surmonter plus facilement
les problèmes de répartition féminine du tissu adipeux. Mais son arrêt trop tôt
avant la compétition provoque, par effet rebond, une prise de poids.

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Synthol

Slogan publicitaire :
« Ça fait du bien là où ça fait mal»
Qui n’a pas utilisé du Synthol en gargarisme à la suite d’un problème de dent ou de bouche
mais aussi en application locale afin de calmer la douleur consécutive à un coup ?
En vérité, c’est le médicament familial par excellence : analgésique, antiseptique et
décongestionnant, agissant à la fois par pénétration locale directe des principes actifs et
par un phénomène physiothérapique réflexe qui lui confère, autre avantage inattendu,
des propriétés toniques et stimulantes. Afin de décider les hésitants, les publicités clament
haut et fort qu’il est bien sûr efficace et sans danger.
Le Synthol, mis sur le marché des médicaments dès 1925, était à l’origine commercialisé
sous différentes présentations : liquide, sirop, huileux, émulsion, etc. et paré d’attractives
propriétés. Par exemple ; le laboratoire du Synthol conseillait des frictions sur l’axe
cérébro-spinal le matin au réveil dans les asthénies, les cas de dépression, surmenage,
convalescence, dénutrition, etc. Au total, pour son fabricant, c’est le médicament type des
états de fatigue et de la douleur. Le sport et ses entraînements exposant les pratiquants au
surmenage et aux coups ne pouvait qu’être un bon client du Synthol. Tout est bon pour
stimuler les énergies défaillantes. De la diffusion par réclames de ces différents bonus, il
en est resté quelques traces dans les enceintes athlétiques…
Principales affaires (extraits de presse)
1960 — Rugby — Roger Blachon (France) : des pastilles et des vapeurs
« Roger Blachon (ancien capitaine et 3e ligne nous poser de questions. A posteriori, je me
du PUC dans les années soixante, aujourd’hui rends compte qu’on aurait pu nous donner
dessinateur humoristique) : Je me rappelle n’importe quoi. Nous nous contentions, en
qu’à la mi-temps, on nous distribuait des guise de drogue, de respirer du Synthol. »
pastilles de glucose. Nous les avalions sans L’Équipe, 30.11.1989.
1977 — Rugby — Jacques Fouroux (France) : des cotons dans les narines
Témoignage du capitaine du XV de France, joueur, je me suis dopé ! Avant d’entrer
Jacques Fouroux : « Mais quand j’étais dans l’arène, je me mettais des cotons de
Synthol dans les narines et je prenais deux ter car, maintenant, je suis allergique à
Cachets d’aspirine vitaminée. Au bout d’un l’aspirine. »
moment mon corps n’a plus voulu suppor- France-Soir, 13.01.2001.

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PIPÉRIDINES1 (LIDÉPRAN, MÉRATRAN, RITALINE)

« Des bricoles sans grand effet… »
Le groupe des pipéridines, produits psychostimulants apparentés aux amphétamines, a
eu chez les cyclistes son heure de gloire de 1966 à 1974. Ayant constaté de façon empirique
que le contrôle était incapable de démasquer le trio : Lidépran, Mératran, Ritaline, les stars
comme les anonymes, autrement dit une grande partie du peloton, carburaient aux pipéridines.
Cette « habitude » a été stoppée nette en 1974 lorsqu’un laboratoire belge a réussi à
maîtriser la détection des pipéridines.

. ASPECTS PHARMACOLOGIQUES
Spécialités pharmaceutiques (exemples)
Nom commercial DCI MSM RDM
Lidépran Lévophacétopérane 1960 1976
Mératran Pipradol 1957 1972
Ritaline’ Methylphénidate 1960 et 08.1995 1975
Spécialités étrangères
Aktilin, Alertol, Centedrin,
Luxidin, Meratonic, Meridilum,
Pipradol, Pipral, Pipralon,
Tableau
1957-1966 : tableau C.
1967 : tableau B.
Les amphétamines et leurs
du ministre des Affaires
ments. Ils seront désormais
L’ordonnance doit être faite
ministre, en somme, a soumis
de stimulation.
1975: le méthylphénidate
ment de l’enfant hyperkinétique
tion du ministre de la Santé.
1995 : stupéfiants (ex tableau
Historique
1944— Le méthylphénidate
(1907-) dans les laboratoires
1954 — La Ritaline (méthylphénidate)
Deux ans plus tard, la Ritaline
pour qu’elle soit commercialisée
Leandro Panizzon : Marguerite
courts raconte que Panizzon
les compétitions, le méthylphénidate,
Surnoms/autres noms
Pilule de l’obéissance (Ritaline),
Dangers
Effets indésirables
— Excitation, insomnie, vertige,
ment, palpitations, arythmie,
artérielle, suppression de
donc augmentation du risque
— Augmentation des transaminases
Detaril, Gadexyl, Gerodyl, Leptidrol, Levophacetoperano,
Metadin, Methylphénidylat, Phacetoperano, Phenidylate,
Plimasin, Rilatin, Ritalin, Sanil, Serpatonil, Stimolag, Vitazell.
apparentés (pipéridines) viennent de faire l’objet d’un arrêté
sociales dans le but de renforcer la législation de ces médicainscrits
à la section 2 du tableau B des substances vénéneuses.
sur un carnet à souche délivré par le conseil de l’Ordre. Le
au régime prévu pour les stupéfiants les médicaments dits
(Ritaline cp. à 10 mg) est depuis cette date réservé au traiteet
seulement disponible chez le fabricant après autorisa-
B).
a été synthétisé à Bâle par le médecin italien Leandro Panizzon
de recherche de Ciba.
a été mise sur le marché en Suisse et en Allemagne.
est arrivée sur le territoire américain. Il a fallu attendre 1979
au Canada. Ritaline doit son nom à l’épouse du Dr
s’est transformé en Rita, puis Ritaline. La chronique des
était aussi joueur de tennis et qu’à ce titre il a essayé avant
avec des résultats inespérés.
8228 R.P. (Lidépran).
nausées, vomissements douleurs abdominales, tremblechoc,
céphalées, amaigrissement, hypo ou hypertension
la perception de la fatigue. Diminution du seuil convulsif et
de survenue d’une crise chez l’épileptique.
(ALAT-ASAT) et des phosphatases alcalines.
Contre-indications
Anxiété, excitation, manie, mélancolie, paranoïa.
Interactions médicamenteuses
Le méthylphénidate augmente les niveaux sanguins de phénobarbital (Gardénal), phénytoïne
(Di-Hydan), imipramine (Tofranil) et désipramine (Perftoran) et ralentit le taux de
disparition sérique du biscoumacétate d’éthyle (Tromexane). L’augmentation de l’action
des anticoagulants peut toutefois se produire en présence de méthylphénidate. Des
épisodes d’hypersensibilité peuvent apparaître après la combinaison de méthylphénidate
et d’antidépresseurs tricycliques.
Surdosage
Granulome pulmonaire (Ritaline), érythème bulleux multiforme (Ritaline).
Propriétés et indications thérapeutiques
Lidépran (Vidal 1974)
> Propriétés
Dérivé du pipéridylacétoxyméthane, doué tant au laboratoire qu’en clinique, des
propriétés stimulantes centrales les plus pures.
> Indications
Dépressions névrotiques, en particulier de structure psychasthénique, dépressions réactionnelles,
asthénies banales consécutives à un surmenage physique ou intellectuel, à une
affection somatique, à certains traumatismes affectifs. Oligophrénies. Difficultés d’adaptation
scolaire. Facilitation de certaines psychothérapies. Neutralisation de certains effets
secondaires des neuroleptiques à type d’inertie, de passivité. Traitement de l’obésité.
Mératran (Vidal 1967)
> Action
Psychotonique à action centrale, assure la relève des amphétamines, il n’influe pas sur les
systèmes neurovégétatifs et cardiovasculaire.
> Indications
Surmenage, lassitude paradoxale du matin, asthénies, lenteur intellectuelle, indifférence
affective, apathie. Effets secondaires des hypotenseurs, des tranquillisants et des barbituriques.
Ritaline (Vidal 1967)
> Propriétés
Préparation d’action centrale accroissant le tonus psychomoteur, sans effet secondaire ni
accoutumance, la Ritaline diffère des amines psychogènes, ainsi que de la caféine. Par la
stimulation qu’elle détermine, elle constitue un complément utile au traitement de
nombreux troubles psychiques.
> Indications
État dépressif, effets secondaires des neuroleptiques, psychoses séniles, certaines psychothérapies,
psychoasthénie, convalescence. Dysfonctionnement cérébral (hyperkinésie) : le
méthylphénidate a un effet paradoxal chez l’enfant atteint d’un dysfonctionnement
cérébral. La Ritaline est un adjuvant aux autres interventions thérapeutiques, pédagogiques,
psychologiques et sociologiques. Elle a aussi été proposée dans le traitement de
la dépendance à la cocaïne.
Ritaline (Vidal 2001)
> Indications
— Troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité chez l’enfant de plus de six ans,
sans limite supérieure d’âge. La prescription est basée sur un diagnostic clinique :
– établi sur l’évaluation par plusieurs intervenants (parents, éducateurs, médecins) de
l’intensité et du caractère invalidant des troubles de l’attention, de l’impulsivité et de
l’hyperactivité de l’enfant ;
– et confirmé par un examen neuropsychologique.
– Il n’existe pas de test diagnostique unique de ce syndrome d’étiologie inconnue. Pour
l’établissement d’un diagnostic approprié, il convient de faire appel à des critères
médicaux, psychologiques ainsi qu’à une évaluation du retentissement scolaire et familial.
Les caractéristiques les plus fréquemment rencontrées incluent : manque d’attention
soutenue, incapacité à se concentrer, instabilité émotionnelle, impulsivité, hyperactivité
modérée ou sévère. Des signes neurologiques (légers) non localisés, des
difficultés d’apprentissage et un EEG anormal peuvent exister ; la présence d’un
dysfonctionnement du système nerveux central-est diagnostiquée dans certains cas. Le
diagnostic ne doit pas être posé de façon définitive si les symptômes sont récents. Il doit
se fonder sur une anamnèse et une évaluation complète et non pas seulement sur la
présence d’une ou de plusieurs de ces caractéristiques chez l’enfant. Le traitement médicamenteux
n’est pas indiqué pour tous les sujets atteints de ce syndrome. Les psychostimulants
ne conviennent pas aux enfants présentant des symptômes dus à des facteurs
environnementaux et/ou à des troubles psychiatriques primaires, psychose incluse. Si
les seules mesures correctives s’avèrent insuffisantes, la possibilité de prescrire un
psychostimulant sera étudiée en fonction de la chronicité et de la sévérité des
symptômes de l’enfant.
—N arcolepsie avec ou sans cataplexie, en cas d’inefficacité du modafinil chez l’adulte et
chez l’enfant de plus de 6 ans.
Chiffres
Aujourd’hui, la Ritaline est la seule pipéridine commercialisée et prescrite pour une seule
indication : l’enfant hyperactif.
—3 à 10 % de la population scolarisée aux États-Unis (1982).
—3 à 5 % (1,5 à 2,5 millions) des écoliers américains consomment de la Ritaline tous les
jours (Bureau international du contrôle des narcotiques, 1996).
— 10 fois plus fréquent chez les garçons que chez les filles.
► PRATIQUE SPORTIVE
Surnoms (appellations sportives)
Lili (Lidépran), Mémé (Mératran), Riri (Ritaline).
Effets allégués et recherchés par les sportifs et leur entourage médico-technique
(théoriques, empiriques et scientifiques)
—S timuler le système nerveux central.
—A ccroître l’éveil et la vigilance.
— Booster la confiance en soi.
—A ugmenter la volonté.
— Diminuer la sensation de fatigue.
—S upprimer la fringale.
Spécialités sportives les plus concernées (témoignages et contrôles antidopage)
Surtout le cyclisme mais aussi toutes les spécialités sportives qui sont déjà consommatrices
d’amphétamines.
Principales affaires (extraits de presse)
1957 — Athlétisme — Gaston Meyer (France) : des « amphets » non toxiques
Gaston Meyer (1905-1985), le n° 1 des journalistes
d’athlétisme, dans un article futuriste,
évoque l’an 2000 et les progrès de la
chimie sportive : « Nous n’en sommes plus
aujourd’hui au temps de l’arsenic et de la
strychnine. Les amphétamines règnent parfois
sous le nom de “pilules du bonheur”. Il ne fait
aucun doute que les amphétamines sont
dangereuses car elles ôtent, pour un temps
donné, la sensation de fatigue et qu’elles
permettent donc à l’organisme d’aller au-delà
de ses possibilités naturelles. L’organisme,
bien entendu, se venge tôt ou tard… Mais les
progrès sont foudroyants dans ce domaine
aussi bien aux États-Unis qu’en URSS, en
Allemagne et même en France. Il existe
actuellement plusieurs produits non toxiques,
que l’on ne saurait donc qualifier de
doping, tel le Mératran (NDLR : apparenté
amphétamine) dont l’usage peut être recom-
mandé (associé notamment à un “tranquillisant”
tel le procalmadiol) dans les cas exceptionnels
et après sérieuse expérimentation
préalable (selon le Pr André Ravina). »
MEYER G. L’histoire de l’athlétisme commence
demain. Sport et Vie, 1957, n° 15, août, 28-29.
1972 — Cyclisme,— Michel Scob (France) : « Du Mératran, presque un placebo »
Michel Scob, ancien champion de France de Le Mératran n’a rien à voir avec un placebo
demi-fond en 1970, révèle dans L’Événement puisqu’il émargeait dans le groupe des
du Jeudi daté du 1″ septembre 1988 : « Un -psychostimulants à action centrale et qu’il
jour, Brulard, l’entraîneur de Raymond figurait au tableau C dans lequel on classe les
Poulidor, m’a demandé une bricole pour son substances pharmaceutiques dangereuses. Sa
poulain. Je lui ai donné du Mératran, presque commercialisation a été arrêtée en 1972.
un placebo. Poulidor a gagné, mais le ,-I ue MONDENARD J.P. Dictionnaire des substances et proproduit,
un très léger euphorisant, n’y était cédés dopants en pratique sportive. Masson, Paris,
pour rien. » 1991, 280 (197).
1973 — Cyclisme — Jean-Pierre de Mondenard (France) : du Lidépran
à la « sauce homéopathique »
« En 1973, lors de la course contre la montre page. Le responsable du laboratoire, Jeanprofessionnelle
“le Grand Prix des Nations” Pierre Lafarge, nous prévenait quelques jours
qui se tenait à Saint-Jean-de-Monts (Vendée), plus tard que le “fortifiant” analysé contenait
un proche parent d’un des favoris de la course en fait une substance apparentée aux amphénous
a apporté une petite boîte de type tamines émargeant à la famille des pipéridines
homéopathique renfermant un médicament le Lidépran. Ce produit surnommé dans le
que le soigneur de l’équipe concernée voulait jargon des pelotons “Lili”, fait partie du
donner au coureur. Compte tenu des “réfé- groupe B de la liste des produits interdits
rences” du prescripteur, cette personne dans le cadre des compétitions sportives (liste
souhaitait savoir si dans la formule il n’y avait UCI, liste CIO).
rien de suspect, démarche normale car de De plus le Lidépran, en tant qu’apparenté aux
nombreux produits contiennent de l’éphé- amphétamines figure également au tableau B
drine et sur le conditionnement (la boîte ou le des substances vénéneuses, tableau qu’il ne
tube) le mot éphédrine bien souvent n’appa- faut pas confondre avec le groupe B de la liste
rait pas en clair mais sous sa dénomination des produits interdits, même si le médicommune
internationale peu compréhensible cament incriminé dans cette affaire se
pour les non-spécialistes. rapporte aux deux nomenclatures. En dehors
Après ouverture de la boîte, le médicament d’une prescription médicale, il fallait bien sûr
en question s’avérait être une capsule user de moyens illégaux pour se procurer
entourée d’un papier argenté et contenait une cette substance qui avait, malgré son interdicpoudre
blanche. Le tout ne correspondant tion sportive, un avantage inestimable à
pas au conditionnement de type homéopa- l’époque et cela jusqu’en 1974: elle ne
thique, nous décidâmes de le faire analyser pouvait être retrouvée dans les urines
par le laboratoire de toxicologie de la faculté l’analyse. »
de médecine de Paris habitué à ce genre de de MONDENARD J.P. Drogues et dopages.-Quel
recherches dans le cadre de la lutte antido- corps ?, Saint-Mandé, 1987, 315 (220).
1973 — Cyclisme — Jean-Claude Blocher (France) : « Des bricoles sans grand effet »
Jean-Claude Blocher, jeune professionnel, Chacun se dopait en cachette. Ce n’est
raconte dans les Joies de la bicyclette, son qu’après que j’ai compris. Que j’ai appris ce
expérience du dopage : « Pendant ces trois qu’étaient les amphétamines. Lors des critésemaines
(Tour de France 73) je m’étais riums d’après Tour, tous les gars marchent
contenté d’absorber des bricoles sans grand au super. Tous, oui sans exception. Il faut
effet, de la Deltamine, du Lidépran, du Méra- dire que les amphétamines, c’est un truc
tran… Rien de bien méchant. Remarquez épatant. Tu es à 30 % au-dessus de tes
qu’à l’époque, je n’étais pas encore au moyens. Tu es fatigué et tu as encore envie de
courant. J’étais novice en la matière. Je voyais faire du vélo. »
bien des petits tubes dans tous les cuissards SALVIAC P. et coll. Joies de la bicyclette. Hachette,
mais j’ignorais leur contenu. Paris, 1977, 245 (202).
1974 — Cyclisme — Coureur « anonyme » : pour un rhume de cerveau
Récit du Dr Jean-Pierre de Mondenard : « Il moins prohibé par les instances internatios’agit
d’un cycliste français, pincé en 1974 au nales. Peu après, interrogé par un téléreporter
Tour des Flandres avec un produit qui, français sur cette mésaventure, il déclare avoir
jusqu’alors, n’était pas décelable mais néan- soigné un rhume, situation bien anodine qui
montre à la, France entière à quel point les famille des pipéridines, généralement
coureurs sont abominablement traités par le employé en psychiatrie. Curieuse façon de
contrôle. L’ennui est que le produit décelé à soigner un rhume, fut-il “de cerveau” ! »
l’analyse et dont il avait eu garde de révéler le.e ,r m ,ONDENARD J.P., CHEVALIER B. Le dossier noir du
nom, était du Mératran, un produit de la dopage. Hachette, Paris, 1981, 270 (223).
1974 — Cyclisme — Classiques printanières : le peloton roule à la Ritaline
(1) Texte d’un journaliste anonyme de Jusqu’alors, ce médicament ne figurait pas
Minute : « Alors que le Tour d’Italie vient à sur la liste des 187 produits toxiques interdits
peine de commencer, un nouveau doping aux sportifs de haute compétition. Sur la
secoue le petit monde de la bicyclette. Il s’agit pression du Comité olympique, on y ajouta
de la Ritaline, un stupéfiant, autrefois en trois nouveaux dopings. Dont la Ritaline.
vente libre, maintenant délivré sur “bon Résultat : le Tour des Flandres, la Flèche
toxique” du médecin. Fabriqué par les labo- Wallonne, le Tour de Belgique et Liègeratoires
Ciba, c’est un “psychoanaleptique Bastogne-Liège révélèrent que de nombreux
euphorisant” à base de méthylphénidate. coureurs l’utilisaient, dont Walter Godefroot,
Utilisé à haute dose, il produit des effets Jean-Pierre Danguillaume, Charles Genthon,
semblables à ceux du LSD. Ce sont les méde- Raymond Delisle, Wilfried David, Ronald De
tins belges qui, les premiers, s’aperçurent de Witte, etc. »
l’emploi de la Ritaline par les coureurs. Minute, 1974, n° 632, 22 au 28 mai.
Commentaires (NDLA) : La Ritaline est interdite depuis la première liste établie par le
Décret du 10 juin 1966. Toutes les substances vénéneuses, c’est-à-dire celles appartenant
à l’un des trois tableaux, sont prohibées dans les compétitions sportives. En revanche le
groupe des pipéridines auquel appartient la Ritaline n’a été mis en évidence par les toxicologues
qu’à partir de 1974. Ce qui explique qu’en 1974 pratiquement tout le peloton
roulait aux pipéridines (Lidépran, Mératran, Ritaline).
(2) Témoignage de Freddy Maertens, cycliste Italie les médecins avaient décelé un nouveau
professionnel de 1972 à 1987: « Pendant les produit, toutes les équipes étaient mises au
classiques, de sérieux remous ont été provo- courant. Un coureur qui en abusait malgré
gués à cause d’un produit jusque-là autorisé tout savait ce qu’il risquait. En Belgique, on
et brusquement inscrit sur la liste des procédait différemment. On préférait taire la
dopants. Plusieurs coureurs, parmi lesquels découverte, laissant les coureurs agir à leur
des hommes connus, furent surpris : Walter guise, jusqu’au moment où plusieurs d’entre
Godefroot au Tour des Flandres et à la Flèche eux étaient pris. Voilà bien une manière
Wallonne, Ronald De Witte à Liège- d’agir typique pour les dirigeants de la Ligue
Bastogne-Liège, Joseph Bruyère, Éric Leman vélocipédique belge qui n’ont jamais reculé
et moi-même au Tour de Belgique. devant l’hypocrisie. C’est le Pr Michel Debac-
Je fus suspendu pour un mois avec sursis et kere, membre de la section vétérinaire de
privé de mon succès final au Tour de l’université royale de Gand, qui procédait au
Belgique, puisque pénalisé de dix minutes. contrôle et qui a décelé le nouveau produit en
Roger Swerts, 2 e, hérita ainsi de la victoire. question, le Ritalin. »
[…] MAERTENS F. Ce que j’ai vécu (propos recueillis par
Pourquoi cette série de cas de dopage au prin- Manu Adriaens). René Malherbe, Bruxelles,
temps 1974 ? Voici l’explication. Quand en 1988, 222 (61-62).
1974 — Cyclisme — Cyrille Guimard (France) : positif au Lidépran
« Depuis quelques jours, des bruits circulaient — “J’ai su, dans le peloton, par des coureurs,
dans la caravane du Tour de France. Le résultat que j’avais été pris. Or le télégramme officiel
du contrôle médical effectué sur Cyrille venant du laboratoire de Paris n’était pas
Guimard à l’issue de l’étape Avignon-Mont- encore parvenu à M. Dominico Menillo,
pellier était positif au Lidépran. Guimard, le l’inspecteur de l’Union cycliste internatioprésident
de l’Union nationale des coureurs nale. ‘ ;
professionnels, ne fait maintenant plus de — “À Aix-les-Bains, trois jours avant le prélèmystère
sur ce qu’il considère comme une vement, une personne du contrôle dont je
cabale. Le communiqué n’a pas encore été tairai le nom m’avait prévenu que l’on voulait
rendu public mais l’intéressé a été prévenu me piéger.” ;
officiellement, dimanche soir, à l’étape de Seo — “Avant de demander la contre-expertise,
de Urgel, et il a demandé sans trop d’espoir, je désirais savoir le produit que l’on avait
une contre-expertise. Beaucoup de points décelé dans l’analyse. On ne m’a pas laissé le
obscurs, selon Guimard, émaillent cette temps.” ;
nouvelle affaire de dopage. Voici les quatre — “Lorsque j’ai eu connaissance, finalement
principales accusations que porte la “victime” : de ce produit, j’ai su alors que c’était une
cabale. Je n’en prends pas. Et même si cela communiqué à Guimard. Il ne pouvait pas y
était, j’ai la preuve formelle que d’autres avoir de fuite.”
coureurs contrôlés et utilisant ce fameux Et il poursuit.
médicament n’ont pas été reconnus “Il est inexact que l’on ait voulu le piéger.
dopés.” (NDLR : Guimard ne veut citer aucun Lorsque Cyrille nous a révélé le nom du remède
nom). (Lidépran), qu’il utilisait, l’un de nous l’a mis
À ces accusations, les commissaires MM. André en garde : si tu es contrôlé avec ce produit, le
Chadelle (1910-1979), président du jury et résultat positif ne fait aucun doute.”
Dominico Menillo répondent : “C’est vrai Quant au Dr Pierre Dumas, il précise : “Si
que Guimard m’a demandé, le dimanche Guimard a des doutes, qu’il demande une
matin, si des coureurs, et lui en particulier, enquête judiciaire. Le laboratoire dépend de la
avaient été positifs, explique M. Chadelle. Je direction des Sports. Qu’il s’adresse… au
n’ai Pu lui répondre à ce moment-là. Le ministre.” »
télégramme n’est effectivement arrivé que
dimanche soir et, personnellement, je l’ai Fronce-Soir, 19.07.1974.
1982 — Cyclisme — Vuelta : le Ritalin a été décelé grâce à des machines plus fiables
« La Vuelta 1982: Angel Arroyo, Vicente ciel qui pratique les contrôles a changé à
Belda, Pedro Munos et Alberto Fernandez l’occasion de la Coupe du monde de football,
ont été déclarés positifs au contrôle antido- les précédentes machines ont été remplacées
ping de la 17e étape. Ils prenaient un produit par d’autres, plus fiables. Et le Ritalin a été
Ritalin, qui, jusqu’à ce jour, n’avait pas été décelé ».
décelé par les contrôles. Or, l’organisme offi- Collec-Cyclisme, 1982, n° 22, juin, 11.
Réglementation
1965 — Loi n° 65-412 du 1er juin 1965 (cf. décret d’application du 10 juin 1966)
Répression de l’usage des stimulants à l’occasion des compétitions sportives.
1966 — Décret n° 66-373 du 10 juin 1966
Il précise quelles sont les substances destinées à accroître artificiellement et passagèrement
les possibilités sportives et qui par conséquent sont interdites dans le cadre des
compétitions sportives : « 1/ Substances vénéneuses visées à l’article R.5149 du Code de
santé publique, c’est-à-dire toutes les spécialités inscrites aux tableaux A, B et C:
— tableau A : toxiques ;
— tableau B : stupéfiants ;
— tableau C : produits dangereux : pipéridines (Lidépran, Mératran, Ritaline). »
1967-1968 — Liste UCI
Les pipéridines figurent dans la liste A au paragraphe 2 qui regroupe les amines sympathomimétiques
(amphétamines, pipéridines et tous leurs dérivés, sous les différentes
formes et associations). Les substances mentionnées sur la liste A, quels que soient leur
présentation, nom commercial, association ou forme, sont totalement interdites, en toute
dose, par toute voie et ce à tout moment.
1968 — Liste CIO
Les pipéridines font partie de la toute première liste des produits interdits établie par la
Commission médicale du CIO à l’occasion des Jeux de Grenoble et de Mexico. Elles
appartiennent au groupe 1 : amines sympathomimétiques (ex : amphétamine), éphédrine
et substances apparentées (pipéridines).
1974 — Liste UCI
Un laboratoire belge parvient à maîtriser la détection du groupe des pipéridines (Lidépran,
Mératran, Ritaline), produits à effet amphétaminique que les coureurs utilisaient
sans souci après vérification empirique de leur impunité. Treize cas positifs sont révélés
dans les classiques belges du printemps. Un bastion du dopage est tombé. En clair, cela
veut dire que de 1966 (date des premiers contrôles officiels) jusqu’au printemps 1974
(soit 8 ans), l’on pouvait en toute impunité consommer des pipéridines.
2003 — Listes CIO, UCI et /4.15 (arrêté du 31.07.2003)
Les pipéridines sont interdites par l’ensemble des réglementations internationales et
décelables dans les urines par les laboratoires officiels.
2004 — Liste AMA
Depuis janvier, l’Agence mondiale antidopage édicte et publie au plan international, la
seule liste faisant désormais référence pour l’ensemble du mouvement sportif. Les pipéridines
appartiennent à la section des « Stimulants » (S1) et sont interdites uniquement
pendant les compétitïons. Flou réglementaire : le lévophacétopérane n’est pas mentionné
dans la liste ! Quant au pipradol il n’est plus considéré par l’AMA comme une substance
dopante. Signalons toutefois qu’il a été inclus dans la partie III de la réglementation dite
« Programme de surveillance ». Le Code de l’AMA spécifie que « L’AMA, en consultation
avec les autres signataires et les gouvernements, établira un programme de surveillance
portant sur d’autres substances ne figurant pas dans la liste des interdictions, mais qu’elle
souhaite néanmoins suivre pour pouvoir en déterminer les indices de mésusage dans le
sport. »
Références
COHEN D., CAILLOUX-COHEN S. Guide critique des médicaments de l’âme. Éditions de l’Homme, Montréal, 1995,
409 (223-244).
D’Avou-r F. Psychotropes. Ritaline… et les petits américains sont sages. 60 Millions de consommateurs, 1996,
n° 295, mai, 22-23.
DOYEN C., BOUVARD M.P. L’hyperactivité chez l’enfant. Thérapeutiques, 1996, n° 10, janvier-février, 18-22.
GUEDENEY N. Enfant hyperactif : faudrait ‘t’être s’agiter. Le Généraliste, 1987, n° 878, 16 janvier, 10-12.
KHANTZIAN E.J. et coll. [Traitement de la dépendance à la cocaïne par le méthylphénidate (Ritaline). Rapport
préliminaire.) J. Subs. Abuse Treat, 1984, 1, 107-112.
MOUREN M.C., DUGAS M. L’enfant hyperactif. Concours méd., 1982, 104, n° 7, 899-912.

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HYDROXYÉTHYLAMIDON (H ES)’

« Un agent de réhydratation accélérée
et un masquant d’ÉPO… éventé »
© MASSON. La photocopie non autorisée est un délit.
Deux ans après l’affaire Festina du Tour de France 1998, les Mondiaux 2001 de ski
nordique de Lahti ont plongé la discipline dans un séisme d’une ampleur équivalente. Au
centre de ce désastre, l’équipe finlandaise avec six athlètes contrôlés positifs. Le produit
incriminé responsable de cette épidémie porte le nom technique de hydroxyéthylamidon
dont l’objectif thérapeutique est d’accroître le volume sanguin pour traiter des problèmes
de santé avec pertes de liquides brutales.
Le HES n’est pas inconnu des enceintes sportives puisque au cours de l’année 1998 deux
athlètes allemands spécialistes du demi-fond, Damian Kallabis et Stephane Franke, avaient
été impliqués dans une affaire de substance fluidifiant le sang ayant pour nom hydroxyethyl
starch (en français amidon). Quand Kallabis, sur le 3 000 m steeple, a amélioré en 1998 à
Budapest (ville abritant les Championnats d’Europe d’athlétisme) son précédent record de
11 s (8.24.62 — 8.13.10) avec la médaille d’or à la clef, la rumeur de dopage a grimpé avec lui
sur la plus haute marche du podium. La suspicion s’est accrue lorsque, à Johannesburg
(Afrique du Sud), à l’occasion de la Coupe du monde qui était son dernier steeple de la
saison, il a battu le recordman du monde mais aussi le n° 1 mondial le Kenyan Bernard
Barmasaï, qui plus est en altitude. Dans les colonnes du quotidien allemand Frankfurter
Allgemeine Zeitung, les deux compères Kallabis et Franke, médaille de bronze sur 10 000 m,
ont admis avoir été perfusés avec du HES mais ont nié catégoriquement le dopage sanguin :
« Oui, nous avons utilisé du HES à Budapest. Mais, affirment-ils, nous n’avons jamais pris
d’ÉPO. Nous sommes prêts à faire tous les contrôles sanguins. »
Le HES, une solution injectable par voie veineuse, contient de l’amidon, de l’eau et des
sels minéraux (sodium et chlore). En médecine, on l’utilise comme traitement des
défaillances circulatoires aiguës lors des chocs hypovolémiques, hémorragiques, toxiinfectieux,
traumatiques ou au cours des brûlures étendues mais aussi pour diluer le sang
lorsque celui-ci est trop épais (hémodilution normovolémique). Lorsque les deux
coureurs allemands ont fait leur déclaration confirmant l’utilisation du HES, ce soluté de
remplissage n’était pas encore prohibé par la Fédération internationale d’athlétisme, mais
la Fédération allemande (DLV) l’avait ajouté à sa liste rouge et avait demandé à l’IAAF
d’en faire de même. Ce qu’elle a fait l’année suivante.
Pour se justifier, Kallabis et Franke ont expliqué qu’ils avaient subi des perfusions d’HES en
raison des conditions climatiques extrêmes sévissant à Budapest lors des Championnats
d’Europe, humidité et température de l’air élevées, mais depuis, ils ont compris à la suite des
déclarations du médecin chef de la DLV, Karl Heinz Graff, que l’HES pouvait être utilisé
pour limiter les risques de dopage à l’ÉPO et masquer la prise de cette dernière en faisant
baisser l’hématocrite. Stephane Franke a précisé qu’il avait pris pour la première fois de
l’HES en 1995 avant les Championnats du monde de Göteborg (Suède) où il s’était classé 7e
(1′ Européen du 10 000 m). Son médecin prescripteur, le Dr Wilfried Kindermann argumentait
son ordonnance en déclarant : « Les substituts du plasma sanguin comme l’HES
peuvent, entre autres, améliorer la circulation sanguine et permettre un meilleur refroidissement
du corps. » Un élément qui a probablement joué un rôle déterminant dans cette
hécatombe chez les fondeurs nordiques est, afin de mieux traquer les tricheurs à l’ÉPO,
l’abaissement du taux d’hémoglobine autorisé par la FIS. En ski, on n’utilise pas l’hématocrite
comme chez les cyclistes mais le taux d’hémoglobine. Rappelons que l’hémoglobine est
une protéine renfermant du fer sous forme d’une fraction appelée hème, contenue dans les
globules rouges auxquels elle donne sa couleur. Pour les sportifs, elle est surtout le véhicule
de l’oxygène dans le sang. Son taux oscille normalement entre 14 et 16 g pour 100 mL de
sang. Jusqu’alors, la concentration d’hémoglobine maximale permise était chez l’homme de
18,5 g de sang et, chez la femme, de 16,5 (cette dernière a un coeur plus petit et moins de
sang). En vue de la saison 2000-2001, le taux légal a été abaissé à 17,5 chez l’homme et 16
chez la femme:Pour masquer leur prise d’EPO, les spécialistes du skating ont été obligés
d’avoir recours aux fluidifiants les plus efficaces et, notamment, à l’HES qui, en 2000 encore,
n’était pas prohibé par la FIS.
Quoi qu’il en soit, depuis le 18 février 2001, il n’est plus possible de masquer l’EPO et
d’augmenter la fluidité du sang en utilisant la seule perfusion d’HES. Les six cas positifs
de Lahti lui ont porté un coup d’arrêt probablement définitif. Rappelons que la majorité
des sportifs recherché en priorité des substances efficaces mais indécelables. Ainsi, en
même temps que les médias se font l’écho de l’existence de ce nouveau produit dopant
dans la pharmacie de l’athlète, on assiste à son éradication probablement définitive en
raison de l’aptitude des laboratoires à détecter l’HES dans les urines.
► ASPECTS PHARMACOLOGIQUES
Spécialités pharmaceutiques (exemples)
Nom commercial DCI MSM RDM
Elohes 6 % Hydroxyéthylamidon 200 000 1990 2001
Heafusine Hydroxyéthylamidon 1997
Hesteril 6 % Hydroxyéthylamidon 240 000 1995
Tableau
Réservé à l’usage hospitalier.
Indications thérapeutiques (Vidai 2002)
— Hémodilution normovolémique.
— Traitement des défaillances circulatoires aiguës lors des états de chocs hypovolémique,
hémorragique, toxi-infectieux, traumatique ou au cours des brûlures étendues.
Dangers (Vidal 2002)
Contre-indications
— Hypersensibilité connue aux hydroxyéthylamidons.
— Surcharge circulatoire.
— Patients insuffisants rénaux chroniques en cours d’hémodialyse.
— Troubles de l’hémostase constitutionnels ou acquis, en particulier hémophilie et
maladie de Willebrand connue ou suspectée.
— Femme enceinte (fin de grossesse).
Effets indésirables
— Réactions anaphylactoïdes pouvant aller d’un simple érythème cutané jusqu’à l’apparition
de désordres circulatoires, états de choc, bronchospasmes et arrêt respiratoire et/ou
cardiaque. De rares cas de démangeaisons ont été signalés.
— En cas de réaction d’intolérance, la perfusion sera immédiatement arrêtée et un traitement
approprié sera administré : antihistaminiques en cas d’allergie cutanée ; antihistaminiques
et corticoïdes en cas de tachycardie, chute de la pression artérielle, nausées, vomissements.
L En cas de choc, bronchospasme, spasmes utérins, les procédures de réanimation appropriées
consistent en l’administration d’adrénaline, de corticoïdes.
— En cas d’arrêt cardiaque, les procédures de réanimation appropriées sont la ventilation,
le massage cardiaque, une perfusion d’une solution d’albumine à 4 %
— Des troubles de l’hémostase à type de maladie de Willebrand, se traduisant par un allongement
du TCA, du temps de saignement et une diminution des taux du complexe VIIIc/
vWF, ont été mis en évidence avec d’autres hydroxyéthlyamidons de même poids molé
culaire, en particulier en cas de traitement de durée supérieure à 24 heures et/ou d’une
dose cumulée supérieure à 80 mL/kg.
— Un dysfonctionnement hépatique (initialement traduit par une altération de l’état
général) et/ou l’apparition ou l’aggravation d’une hypertension portale ont été rapportés
lors de l’utilisation itérative et prolongée d’un hydroxyéthylamidon de même poids moléculaire
mais plus substitué.
— Une augmentation transitoire de l’amylasémie est habituelle. Elle résulte de la formation
d’un complexe entre le produit et l’amylase dont l’élimination est retardée.
Surdosage
Des doses supérieures à celles recommandées peuvent avoir une influence sur la coagulation,
l’hématocrite peut être significativement abaissée ainsi que le taux de protéines plasmatiques.
En cas de surdosage, arrêter la perfusion et administrer un diurétique.
► PRATIQUE SPORTIVE
Effets allégués et recherchés par les sportifs et leur entourage médico-technique
(théoriques, empiriques et scientifiques)
— Abaissement de l’hématocrite et de l’hémoglobine pour rester en-dessous du seuil autorisé.
— Réhydratation accélérée par perfusion.
Spécialités sportives les plus concernées (témoignages et contrôles antidopage)
— Cyclisme.
— Ski de fond +++.
— Toutes les spécialités entraînant une forte déshydratation, ainsi que les sports où le
contrôle d’hématocrite et/ou d’hémoglobine fait partie du règlement.
Principales affaires (extraits de presse)
1995 — Athlétisme — Stéphane Franke (Allemagne) : première utilisation
documentée
© MASSON. La photocopie non autorisée est un délit.
«Le 20 juin dernier (1999), le Français Gaël
Pencreach remportait de belle manière le
3 000 steeple de la coupe d’Europe des
nations, coiffant sur le poteau le favori allemand
Damian Kallabis. L’exploit est de taille.
Car Kallabis n’est pas n’importe qui ! Champion
d’Europe en titre après sa victoire à
Budapest l’année passée, il avait aussi battu le
n° 1 mondial de la discipline, le Kenyan
Bernard Barmasaï, lors de la dernière course
de la saison. Ce dernier succès acquis à Johannesburg,
c’est-à-dire en altitude (1 753 m) et
surtout la progression étonnante du coureur
(11 s en 1998) alimentèrent bientôt les
soupçons. Dans les colonnes du quotidien
allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung,
Damian Kallabis admit d’ailleurs avoir été
perfusé avec du HES ainsi que son entraîneur
et médaillé de bronze sur 10 000 m, le
Franco-Allemand Stéphane Franke. Le HES,
une solution injectable par voie veineuse,
contient de l’amidon, de l’eau et des sels
minéraux (sodium et chlore). En médecine,
on l’utilise comme traitement des défaillances
circulatoires aiguës lors des chocs
hypovolémiques, hémorragiques, toxi-infectieux
ou au cours des brûlures étendues. On
peut aussi l’utiliser pour diluer le sang
lorsque celui-ci est trop épais (hémodilution
normovolémqiue) ou pour faire baisser
l’hématocrite en cas de prise excessive d’EPO.
Évidemment, les deux coureurs jurent de leur
innocence. Ils n’ont jamais pris d’E,P0. Ces
perfusions de HES visaient simplement à
répondre aux conditions climatiques
extrêmes sévissant à Budapest. Stephane
Franke a précisé qu’il avait pris pour la
première fois de l’HES en 1995 avant les
Championnats du monde de Göteborg où il
s’était classé 7e et t er Européen sur 10 000 m.
Pour son prescripteur, le Docteur Wilfried
Kindermann : “Ces substituts du plasma
sanguin peuvent, entre autre, améliorer la
circulation sanguine et permettre un meilleur
refroidissement du corps.” Ce n’est que
récemment qu’ils auraient appris, à la suite
des déclarations du médecin chef de la DLV,
Karl Heinz Graff, que l’HES pouvait être
utilisé comme produit masquant. Et ils
promettent qu’on ne les y reprendra plus. Il
vaut mieux. Car l’HES a été ajouté à la liste
des produits interdits de l’IAAF à l’instigation
de la Fédération allemande. Le produit sera
recherché dès les prochains Championnats
du monde à Séville. »
de MONDENARD J.P. Sur le front du dopage : la fin
de l’HES. Sport et Vie, 1999, n° 55, juillet-août,
60-65 (61-62).
2001 — Ski nordique — Mondiaux de Lahti (Finlande) : six stars finlandaises
chutent dans la poudreuse
« L’HES est un médicament conçu pour
accroître le volume sanguin dans les situations
d’hémorragies brutales, de chocs hypovolémiques
ou de brûlures graves et étendues. Il
n’aurait normalement jamais dû sortir des
services d’urgence des grands hôpitaux. Mais les
sportifs lui ont découvert une autre qualité : celle
d’accroître la vélocité sanguine et de masquer la
prise d’ÈPO. Depuis le début de l’année 2000, le
produit est donc logiquement interdit par le
CIO et par la Fédération internationale de ski,
sans figurer encore sur les listes du ministère
français de la Jeunesse et des Sports. Comprenne
qui pourra’. A ce jour, l’HES est parfaitement
détectable dans les urines et sa présence a déjà été
à l’origine de sanctions en 1998 à l’encontre de
deux athlètes allemands spécialistes du demifond,
Damian Kallabis et Stephane Franke. Le
produit a également déjà été recherché aux
Championnats du monde d’athlétisme à Séville
en 1999 et en février 2001 aux Championnats du
monde de ski nordique à Lahti. Six stars du fond
finlandais furent pincées d’un seul coup ! Sans
doute avaient-elles eu recours à ce produit pour
pallier l’abaissement du taux d’hémoglobine
autorisé par la FIS : 17,5 g/L de sang contre 18,5
pour les hommes et 16 g/L plutôt que 16,5 pour
les femmes. Sans doute ignoraient-ils aussi le
changement de législation concernant l’HES qui
l’année dernière (2000) encore n’était pas
prohibé par la FIS. Mal leur en a pris. »
de MONDENARD J.P. Sur le front du dopage : des
skieurs pleins au HES. Sport et Vie, 2001, n° 66,
mai-juin, 58-63 (61).
2001 — Ski nordique — Finlande : deux ans aux athlètes et radiation à vie
pour l’entraîneur
(1) « Deux ans après l’affaire Festina qui a
bouleversé la France, c’est au tour de la
Finlande de subir le traumatisme dopage.
Tout a commencé par des embrassades avec
les victoires conquises dans les épreuvesphares
de ces jeux, notamment les relais 4 x
10 km masculin et 4 x 5 km féminin. Ensuite
ce furent les révélations des contrôles positifs
des quatre hommes (Janne Immonen, Jari
Isometsa, Mika Myllyla et Harri Kirvesniemi)
et des deux femmes (Milla Jauho et Virpi
Kuitunen) ; l’incrédulité et puis une chasse
aux sorcières forcément hypocrite puisque
ceux qui la mènent sont en grande partie
responsables des dérives d’un système qui
rend le dopage quasiment inéluctable. Ainsi,
le 20 avril 2001, la Fédération finlandaise de
ski réunie en conclave a imposé deux ans de
suspension aux six athlètes et radié à vie
l’entraîneur principal (Kari-Pekka Kyro),
celui des dames (Jarmo Riski), ainsi que les
médecins qui ont administré le produit
(Pirkka Makela et Jukka-Pekka Turpeinen).
Entre-temps les sponsors se sont barrés et le
gouvernement a demandé une enquête
approfondie. On doit s’attendre à présent à ce
que, comme pour le cyclisme en France, cette
vigilance se traduise par un net recul des
fondeurs finlandais dans la hiérarchie
mondiale. C’est peut-être cela le plus triste. »
de MONDENARD J.P. Sur le front du dopage : la Finlande
touchée par la Festina. Sport et Vie, 2001,
n° 66, mai-juin, 58-63 (61).
(2) « Les six skieurs de fond finlandais
contrôlés positifs lors des Championnats du
monde de Lahti (Finlande), en février,
s’étaient dopés sur ordre de leur entraîneur et
avec l’assentiment du médecin de l’équipe
nationale et de leur Fédération, selon un
rapport d’enquête remis mercredi 23 mai au
gouvernement finlandais. D’après ce rapport,
les six fondeurs, parmi lesquels le vétéran
Harri Kirvesniemi, véritable héros national, et
Mika Myllylae, champion olympique et
quadruple champion du monde, ont tenté de
dissimuler des prises d’érythropoïétine avec
un autre produit interdit, l’Hemohes.
“L’Hemohes, qui dilue le plasma, a été utilisé
par les skieurs avec l’assentiment de leur
entraîneur. Les deux parties savaient qu’il
s’agissait d’une substance interdite” affirme
l’un des rédacteurs du rapport. La Fédération
finlandaise de ski (FSA) avait connaissance de
ces pratiques et n’a rien fait pour les empêcher,
poursuit le document, tandis que “les médecins
ont donné leurs concours à l’injection de
l’Hemohes tout en sachant qu’ils administraient
un produit interdit.” Le médecin de la
sélection nationale, le docteur Juha-Pekka
Turpeïnen, qui avait dû démissionner en
février de son poste et qui a, par la suite été
renvoyé de l’Institut de recherche finlandais
pour le sport de haut niveau, était au courant
de ces prises de substances interdites, selon les
conclusions du rapport. “Nous n’avons cependant
aucune preuve que l’Hemohes permette
aux athlètes de transcender leurs performances.
Nous pensons donc qu’il a été utilisé
pour cacher d’autres produits interdits,
comme l’ÉPO”, ajoutent les experts dans leurs
conclusions. A Lahti, les athlètes finlandais
avaient été contrôlés positifs au HES par
l’Agence mondiale antidopage (AMA). Ce
rapport ne prouve rien, estime pour sa part
Jan Piirainen, qui doit prendre en juin la direction
opérationnelle de la FSA. “En concluant
que les skieurs ont pris de l’ÉPO, ils (les
auteurs du rapport) ont choisi d’extrapoler” at-
il ajouté. Jan Piirainen a également démenti
que la FSA ait été au courant des pratiques
incriminées. Les auteurs du rapport recommandent
au gouvernement de réduire d’un
million de markkas finlandais (168 188 euros)
la subvention annuelle de la FSA. Cette affaire
de dopage avait créé un traumatisme en
Finlande, au point que la présidente finlandaise
Tarja Halonen avait publiquement
-condamné l’utilisation de produits dopants et
reconnu que l’affaire avait eu “des effets négatifs
sur la réputation du pays” ».
Agence France-Presse. 23.05.01.
2001 — Cyclisme — Réglementation : l’Union cycliste internationale sonde
a posteriori les urines de l’année 2000
« L’Union cycliste internationale a lancé
auprès du laboratoire de Cologne la
recherche de l’HES, le produit utilisé par les
skieurs de fond finlandais déclarés positifs à
l’occasion des récents Championnats du
monde. Cette recherche s’est révélée négative
dans l’analyse de près d’un millier d’échantillons
provenant de coureurs cyclistes
contrôlés au cours de la saison 2000. L’HES
est un produit prohibé qui augmente le
volume du plasma sanguin. »
L’Équipe, 03.03.2001.
2002 — Cyclisme — Raimondas Rumsas (Lituanie) : dans le coffre de l’Audi conduite
par Edita, son épouse
Pas moins de 54 produits différents ont été
saisis le 28 juillet 2002, par les douanes françaises
à Chamonix dans la voiture d’Edita
Rumsas, l’épouse du coureur lituanien
Raimondas Rumsas, arrivé troisième du Tour
de France 2002, a-t-on appris mercredi
18 septembre de sources judiciaires. Dans le
coffre de l’Audi d’Edita Rumsas qui rentrait
d’Italie, les douaniers ont découvert 54 médicaments
différents et six seringues ayant
contenu de l’ÉPO. Mis à part ce matériel injectable
déjà utilisé, on dénombre également dans
la pharmacie de la famille Rumsas six produits
totalement interdits, véritablement dopants, et
six autres prohibés suivant la dose et/ou la voie
d’administration. Parmi ces derniers un flacon
de 500 mL d’ Haes-Steril (hydroxyéthylamidon).
Cette spécialité pharmaceutique est utilisée
dans le domaine sportif pour accélérer la
récupération lors d’efforts avec pertes hydriques
importantes (étapes de cols, etc.) et pour
masquer la prise d’ÉPO en abaissant le taux
d’hématocrite sous la barrière des 50.
Dr J.P. de MONDENARD.
2002 — Détection — LNDD : recherche systématique…
« Depuis le 1″ janvier 2002, le HES est systématiquement
recherché dans les échantillons
urinaires destinés à la détection de l’ÉPO par
le laboratoire de Châtenay-Malabry (LNDD).
Ce diluant sanguin, dont la principale action
est de faire baisser les taux hématocrite et
hémoglobine, avait été à l’origine du scandale
ayant éclaboussé la délégation finlandaise lors
des Championnats du monde de ski de fond
à Lahti, en Finlande, en février 2001. »
L’Équipe, 05.01.2002.
Réglementation
2003 — Listes CIO, UCI et MJS (arrêté du 31.07.2003)
L’hydroxyéthylamidon est prohibé par l’ensemble des réglementations internationales.
Les laboratoires officiels le détectent facilement dans le cadre d’un contrôle urinaire.
Flou réglementaire : pour l’édition 2003 du dictionnaire Vidal, les deux spécialités contenant de l’HES figurent
bien dans la liste du ministère des Sports placée au début de ce dictionnaire, mais le résumé des
caractéristiques du produit (RCP) du même Vidal consacrées à l’Heafusine et l’Hesteril ne comportent
toujours pas la mise en garde aux sportifs !
2004 — Liste AMA
Depuis janvier, l’Agence mondiale antidopage édicte et publie au plan international, la
seule liste faisant désormais référence pour l’ensemble du mouvement sportif. L’hydroxyéthylamidon
(HES) appartient à la section des « Agents masquants » (S8) pouvant modifier
les paramètres hématologiques. Il est interdit pendant et en dehors des compétitions.
Dans le milieu de la petite reine, alors que généralement les effets pervers des dopants sont
occultés, à l’inverse, l’EPO bénéficie d’un régime de faveur. On ne manque pas une occasion
de la diaboliser.
Ainsi, Antoine de Caunes, l’ex-journaliste et aujourd’hui comédien, raconte dans le
Journal du Dimanche du 18 juillet 1999: « Je me souviens d’une discussion l’an dernier
avec Bernard Hinault sur le Tour, lors de l’étape de Grenoble. Il me racontait que si un
type qui prenait de l’t,P0 avait un accident grave, il fallait attendre deux jours avant de
pouvoir l’opérer. Pour que le taux d’hématocrite redescende. »
Le problème pour les anesthésistes et chirurgiens, c’est qu’ils sont très peu sur la planète
A être confrontés à des interventions sur des accidentés ayant des hématocrites supérieurs
A 60. Lorsque c’est la première fois, ils sont toujours un peu paniqués.
Rappelons le cas du « Divin Chauve », Marco Pantani, heurté le 18 octobre 1995 par une
jeep à l’arrivée de la classique Milan-Turin. Relevé avec une double fracture de la jambe
gauche, il fut opéré dans la foulée après avoir subi les examens sanguins d’usage destinés
A prévenir toute hémorragie ou incompatibilité de transfusion. Le rapport d’hospitalisation
révèle que la prise de sang a été effectuée 24 min après l’accident. Stupeur de l’anesthésiste
qui, devant le taux d’hématocrite culminant à 60,1 %, décide de renforcer la
surveillance opératoire. Il faut savoir que dans un contexte de course cycliste, ce chiffre
n’a rien d’exceptionnel. Or, c’était le cas pour le futur vainqueur de la ÎGrande Boucle.
Après 207 km sur une bicyclette — distance parcourue en course le 18 octobre par Pantani
— une déshydratation entraînant une perte hydrique de plusieurs litres est inévitable avec,
A la clé, une hémoconcentration et, bien évidemment, un hématocrite très supérieur à
celui d’un sujet sédentaire opéré après un accident de la circulation.
Comme c’était à prévoir, l’ostéosynthèse de la jambe de Pantani s’est déroulée sans anicroche.
Après une saison de réadaptation, il revenait à la compétition en 1997 et retrouvait son
meilleur niveau à l’occasion du Tour de France où il montait sur la 3e marche du podium.
La plupart des autres médicaments peuvent être poursuivis jusqu’à l’intervention, il suffit de
le signaler à l’anesthésiste, lequel pourra anticiper sur les effets potentiellement indésirables.
Néanmoins, dans le cas d’une intervention d’urgence et si le sportif blessé n’était pas
conscient, il est recommandé à tous les compétiteurs de tenir régulièrement au courant
leur médecin de groupe ou d’équipe de la liste des substances pharmaceutiques utilisées
afin que le praticien mis dans la confidence puisse informer son confrère anesthésiste.
Références
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ECOFFEY C. Les médicaments qu’il faut arrêter avant une anesthésie générale. Le Quotidien du Médecin,
1994, n° 5531, 8 décembre, 22-24.
LEDOUX X. Traitement anticoagulant et sports à risque. Le Quotidien du Médecin, 1999, n° 6468, 1 er avril, 25.
LEDOUX X., DAYEZ J., GAUTHERON J. Sports à risque et troubles de la crase sanguine. Méd. Sport, Paris, 1995,
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STANOZOLOL’ (STROMBA, STROMBAJECT)

« L’élixir des TGV du tartan »
Le stanozolol, comme la nandrolone, son concurrent le plus acharné dans « l’amour » que
les sportifs portent aux substances ergogéniques top niveau pour supporter l’accroissement
maximal des cadences d’entraînement, appartient à la grande famille des stéroïdes
anabolisants. Son nom, popularisé par le Canadien Ben Johnson aux JO de Séoul en 1988,
est connu de l’ensemble de la planète sportive, même des compétiteurs de catégories
amateurs. S’il n’est plus commercialisé en France depuis 1985, en Belgique depuis
août 2001, il est toujours disponible dans de nombreuses pharmacies de la Communauté
européenne, notamment chez nos proches voisins espagnols.
N. ASPECTS PHARMACOLOGIQUES
Spécialités pharmaceutiques (exemples)
Nom commercial Composition MSM RDM
Stromba Stanozolol (cp.) 1964 1985
Strombaject Stanozolol (inj.) 1972 1985
Spécialités étrangères
Stromba (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Pays-Bas, Hongrie, Angleterre,
Suède, Suisse), Strombaject (Allemagne, Belgique), Winstrol (Canada, Espagne, Italie,
Grèce, Portugal, États-Unis).
Tableau
Jusqu’à son retrait en 1985, le stanozolol appartenait au tableau C.
Surnom
Substance laiteuse blanche (préparation injectable).
Propriétés et indications thérapeutiques
Vidal 1967
> Propriétés
Stromba, par son action métabolique :
— Corrige les désordres nutritionnels et en particulier les troubles de l’utilisation du
calcium.
— Supprime les douleurs osseuses des décalcifiés.
— Freine la fuite urinaire du calcium et de l’azote au cours des poussées évolutives.
— Provoque une sensation de bien-être.
— Améliore dans tous les cas l’état général.
> Indications thérapeutiques
— Ostéoporoses post-ménopausiques.
— Décalcifications préséniles et séniles.
— Décalcification des traitements cortisoniques.
— Décalcification des malades immobilisés.
— États de dénutrition.
— Asthénie.
Vidal 1983
> Propriétés
Le stanozolol présente une activité anabolique prédominante avec une composante
androgénique modérée. Le rapport activité anabolisante/activité androgénique du stanozolol
vaut 30, la.référence étant la méthyltestostérone : étude faite chez le rat, méthode de
Hershberger, Shipley et Meyer. Le stanozolol positive la balance azotée en augmentant la
synthèse protéique à partir des acides aminés et en diminuant leur catabolisme vers l’urée.
Il diminue la clairance et augmente le taux de réabsorption du calcium urinaire. Il
s’oppose aux effets catabolisants des corticoïdes. Il stimule l’érythropoïèse.
> Indications
—C héz le sujet âgé : cachexie, état de dénutrition.
—S uites d’interventions chirurgicales majeures.
— Brûlures étendues, escarres.
— Proposé dans le traitement de certaines ostéoporoses séniles ou iatrogènes.
Dangers
Vidal 1967
Aucune intolérance digestive ou hormonale n’a été observée à la posologie moyenne
conseillée. Cependant Stromba ne doit pas être utilisé chez les enfants (moins de 15 ans),
ni dans les cas de grossesse ou de présomption de grossesse. Classiquement contreindiqué
dans le carcinome de la prostate.
Vidal 1983
> Contre-indications
—S ujets prépubertaires, femmes jeunes.
—F emme enceinte ou susceptible de le devenir en raison des risques virilisant sur la
femme et le foetus.
—A llaitement.
— Cancers hormono-dépendants chez l’homme et adénome prostatique.
—I nsuffisance hépatique, hépatite chronique ou récente.
> Mise en garde
La prescription des anabolisants stéroïdiens doit être mûrement pesée : ces substances
conservent une activité de même type que la testostérone et peuvent donc provoquer des
effets androgéniques parfois irréversibles. Leur administration doit être discontinue, à
posologie réduite.
Précautions
Comme pour toute thérapeutique hormonale, il importe de respecter la posologie usuelle
et de surveiller la tension artérielle chez les insuffisants cardiaques et rénaux, en raison du
risque de rétention hydrosodée.
Interactions médicamenteuses
Possibilité de potentialisation de l’action des anticoagulants et des sulfamides antidiabétiques.
Effets indésirables
—E ffets androgéniques généralement réversibles à l’arrêt du traitement : acné, séborrhée,
augmentation de la libido.
—E ffets androgéniques pouvant être irréversibles : masculinisation avec hirsutisme,
modification du timbre de la voix, chute des cheveux.
—E ffets antiestrogéniques : irrégularités menstruelles, dysovulatiOn, aménorrhée.
—E ffets métaboliques : augmente la cholestérolémie chez des sujets présentant une hyperlipidémie
préexistante ; diminue la tolérance aux glucides chez des sujets prédisposés ;
possibilité d’hépatite cholestatique.
Effets allégués et recherchés par les sportifs et leur entourage médico-sportif
(théoriques, empiriques et scientifiques Spécialités sportives les plus concernées
Cf. Anabolisants (stéroïdes).
Principales affaires (extraits de presse)
1976 — Cyclisme — Dr François Bellocq (France) : au nom du père
Rachel Dard, le cycliste de l’équipe Peugeot,
mis en cause dans l’affaire dite du courrier de
Dax (tentative de fraude le 21 octobre lors
de la 4′ étape Dax-Dax), présente pour sa
défense une ordonnance de François Bellocq 1,
médecin de son groupe sportif ou figurent
différents médicaments destinés à accroître les
performances.
L’ordonnance en question est un vrai
condensé des égarements du cyclisme des
années soixante-dix. On y trouve du Coltramyl
pour atténuer les contractures dues aux
stéroïdes anabolisants, du calcium pour lutter
contre la résorption osseuse due aux prises de
cortisone, ainsi que trois produits interdits, à
savoir du Célestène, un corticoïde synthétique
prescrit sous deux formes et du Strombaject, un
stéroïde anabolisant. On aurait tort de croire
que de telles ordonnances appartiennent au
passé. Après tout, le Strombaject contient du
stanozolol, qui fit plonger Ben Johnson.
Dr Jean-Pierre de MONDENARD.
1987 — Athlétisme — Birgit Dressel (RFA) : l’overdose de stanozolol
0 Le 10 avril 1987, l’athlète ouest-Allemande
Birgit Dressel, l’une des meilleures spécialistes
de l’heptathlon, décédait d’une overdose
de médicaments. Le professeur Armin
Klümper, le médecin de très nombreux
sportifs de haut niveau ouest-allemands, la
suivait depuis 1981. D’après l’enquête du
parquet, le spécialiste aurait ordonné à la
championne, sur une durée de cinq ans, pas
moins de quatre cents injections de produits
médicamenteux, pour la plupart de type
anabolisant ! En 1986, Dressel avait adopté
le stanozolol — comme Ben Johnson donc —
dont la toxicité hépatique est parfaitement
reconnue. Le dernier acte de cette consternante
histoire apparaît particulièrement
sordide lorsqu’on apprend que le fameux
thérapeute Armin Klümper a été traîné en
justice pour avoir détourné pour environ
soixante-dix millions de francs de produits
pharmaceutiques et pour avoir indûment
perçu vingt millions d’honoraires. Pour
toute défense, il essaie de minimiser ses
fautes : “Cela n’était que quelques irrégularités”.
Il est temps que tout le monde
comprenne que le dopage n’est pas seulement
une question de gouttes dans le nez ou
de sirop pour la toux. »
de MONDENARD J.P. La mort sur ordonnance. Le
Figaro, 01.10.1988.
1988 — Athlétisme — Ben Johnson (Canada) : un contrôle positif aux éclaboussures
planétaires
(1) Communiqué du CIO — « Voici le texte du
communiqué publié le mardi 27 septembre à
Séoul, par le Comité international olympique
pour annoncer la disqualification du canadien
Ben Johnson, après la finale du 100 m
plat.
Recommandation de la Commission médicale
du CIO à la Commission exécutive du
CIO qui l’a approuvée à l’unanimité:
“L’échantillon d’urine de Ben Johnson
(Canada, athlétisme, 100 m) recueilli le
samedi 24 septembre 1988, a révélé la
présence de métabolites d’une substance
interdite, le stanozolol (stéroïde anabolisant).
La Commission médicale du CIO a discuté
les arguments avancés par la délégation canadienne
et plus particulièrement la déclaration
selon laquelle cette substance aurait pu être
administrée par une tierce personne après la
compétition. Néanmoins, le profil stéroïdien
ne permet pas de maintenir une telle allégation.
La Commission médicale du CIO
recommande la sanction suivante : disqualification
de ce concurrent des Jeux de la XXIV’
olympiade à Séoul. Cette décision est indépendante
de toute sanction que la Fédération
internationale concernée pourrait adopter en
application de ses propres règles.” »
Le Monde, 28.09.1988.
(2) Les aveux de Ben Johnson — « Le sprinter
canadien, Ben Johnson, disqualifié après sa
victoire au 100 m des Jeux de Séoul pour
dopage au stanozolol, a admis devant la
Commission d’enquête canadienne sur le
dopage à Toronto, qu’il avait pris des
stéroïdes anabolisants au cours de sa carrière d’athlète. Mais il s’est défendu d’avoir
consommé des produits dopants de son
propre chef, et a bien insisté sur le fait qu’il
l’avait fait seulement parce que son entraîneur
et son médecin, en qui il avait totalement
confiance, le lui avaient conseillé.
Lorsque Charlie Francis, son unique entraîneur,
à qui il a été présenté alors qu’il n’avait
que quinze ans, lui a conseillé quatre ans plus
tard, en 1981, de prendre des stéroïdes
anabolisants, il a été réticent au début a-t-il
dit. Ce n’est qu’en 1983, a-t-il raconté, qu’il a
pris conscience que les pilules bleues de
Dianabol ou roses de stanozolol que Francis
lui donnait de la main à la main, étaient des
substances interdites par les règlements de
l’athlétisme. Puis, le docteur Jamie Astaphan
a pris en main son “programme de stéroïdes”
et lui a injecté régulièrement de 1984 à 1986,
trois fois par semaine, cette substance blanchâtre
que le médecin appelait furazabol.
Contredisant les déclarations de Francis et
d’Astaphan selon qui le champion savait très
bien çe qu’il prenait et qu’il était même
curieux, Ben Johnson a affirmé qu’il ne
portait à ces substances qu’un intérêt limité.
On lui disait de les prendre car il pourrait
ainsi courir plus vite, récupérer plus rapidement,
soulever plus de fonte à l’entraînement.
Alors, il les prenait. Parfois, il
manquait certaines injections et était
sermonné par Charlie Francis, a-t-il dit. »
Le Figaro, 14.06.1989.
(3) L’énigme du furazabol — Charlie Francis,
l’entraîneur de Ben Johnson, s’interroge sur
le fameux contrôle positif du 24 septembre :
« Je supposais que Ben avait été épinglé à
cause d’un stéroïde anabolisant mais cela
n’avait aucun sens. Ces trois dernières
années, certains de mes sprinters avaient pris
de l’Estragol, une forme injectable de furazabol,
un stéroïde. Je savais que ce produit ne
pouvait être détecté car l’équipement des
laboratoires du CIO n’était pas conçu pour
identifier les métabolites du furazabol, substances
également sécrétées par l’organisme en
cas de fatigue. (Quelques mois plus tard, le
médecin mandaté par le CIO confirmerait la
chose.) Qu’est-ce qui s’était donc passé ? […]
Quelques semaines plus tard une autre
nouvelle est venue me troubler un peu plus.
La commission Dubin avait remis à un laboratoire,
à des fins d’analyse, un échantillon de
stéroïde injectable, fourni par Angella Issajenko,
que les membres de mon groupe de
sprinters prenaient depuis trois ans. En
novembre, le laboratoire rendit publiques ses
conclusions ; elles révélaient que l’échantillon
n’était pas du furazabol (le stéroïde indécelable
que nous connaissions sous le nom
d’Estragol). C’était du stanozolol, le stéroïde
très largement utilisé, qui avait été trouvé
dans les urines de Ben à Séoul. Je n’en revenais
pas. J’étais consterné. Je n’aurais jamais
permis à mes sprinters d’utiliser une solution
injectable connue du CIO. J’aurais eu peur
que les métabolites du produit n’aient pas le
temps de disparaître de leur organisme. (Les
stéroïdes absorbés par voie orale que nous
avions utilisés jusqu’à ce que Astaphan, en
1985, nous mette à l’Estragol, étaient éliminés
par l’organisme beaucoup plus rapidement
que les injectables.)
Cependant, cette révélation ne résolvait pas le
mystère du contrôle positif de Ben. Autant
que j’en savais, il avait reçu sa dernière injection
le 28 août à Toronto, soit vingt-six jours
avant la finale du 100 m. Il y avait là un intervalle
de temps amplement suffisant pour que
le produit disparaisse. Nos expériences en la
matière le prouvaient. Avec le même stéroïde,
Ben avait été contrôlé à vingt-neuf reprises
sans être déclaré positif. Et souvent, le délai
d’élimination de la substance avait été inférieur
à vingt-six jours. Plusieurs fois, il avait
même reçu une injection treize ou quatorze
jours seulement avant un meeting. Pourquoi
donc s’était-il fait prendre cette fois à
Séoul ? »
FRANCIS C. Le piège de la vitesse. Robert Laffont, Paris,
1992, 303 (23-24).
(4) L’intime conviction du juge canadien
Dubin — « En dépit de ses protestations, je
suis convaincu que, lorsque le Dr Jamie Astaphan
a proposé l’Estragol à ses patients en
1985, il leur administrait en fait du stanozolol
et, ce qui est plus inquiétant, ce stanozolol
était le stéroïde injectable Winstrol-V
qu’il avait acheté à la Sterling Drug Ltd. Je
suis également convaincu que le Dr Astaphan
n’a jamais informé les athlètes que la
drogue qu’il leur fournissait était en fait un
produit vétérinaire. Les injections que
M. Francis et le Dr Astaphan ont donné à
M. Johnson à Toronto en août 1988 étaient
des injections de stanozolol. Les analyses de
l’échantillon prélevé à Séoul indiquant une
utilisation à long terme de stéroïdes par M.
Johnson sont conformes à la preuve qui
précède. »
DUBIN C.L. Commission d’enquête sur le recours aux
drogues et autres pratiques interdites pour améliorer
la performance athlétique. Centre d’édition du
gouvernement du Canada. Approvisionnement
et services Canada, Ottawa, 1990, 714 (347).
Commentaires (NDLA) : On peut s’interroger sur les raisons qui ont poussé Ben Johnson
à utiliser du stanozolol, détectable assez facilement par les laboratoires du CIO alors que
le furazabol (nom commercial : Miotolon) était alors parfaitement indécelable par un
contrôle antidopage olympique. Il était même possible de le consommer le jour même de
la finale du 100 m ! Comme l’estime le juge canadien Dubin, il est probable que le
médecin de Big Ben, Jamie Astaphan, lui fournissait à son insu du stanozolol à la place du
furazabol. Il aurait voulu le piéger qu’il n’aurait pas agi autrement. Aujourd’hui, le furazabol,
selon les experts de la dope, bien que détectable, peut être encore utilisé sans risque
de test positif si l’on interrompt la cure 5 à 7 jours avant la compétition.
,,••••••
(5) Des sanctions « à rebours » — Pas de surprise
samedi à Tokyo. Dès la première journée du
conseil de la Fédération internationale (IAAF),
le sort du canadien Ben Johnson, convaincu de
dopage aux Jeux de Séoul, a été réglé. Effacés
ses 9″83 sur 100 m à Rome en août 1987 et ses
records du 50 m (5″55) et du 60 m (6″41) en
salle. Les ‘riouveaux temps de référence sont
ceux de l’Américain Carl Lewis (9″92) pour le
100 m, de l’Allemand de l’est Manfred Kokot
et de l’Américain James Sanford sur 50 m en
salle (5″61) et d’un autre américain, Lee
McRea, sur 60 m en salle (6″50). Ces changements
sont la conséquence directe de la règle
adoptée en septembre 1989 à Barcelone lors
du congrès de la IAAF : un athlète qui admet
avoir utilisé un produit dopant lors des six
années précédant sa « confession » sera privé
des titres et des records obtenus au cours de
cette période. Tel était le cas de Ben Johnson.
Il convient cependant de préciser que le
Canadien avait reconnu ses torts avant
l’adoption de cette nouvelle règle. Logiquement,
elle n’aurait donc pas dû lui être appliquée
rétroactivement. Les dirigeants internationaux
en ont décidé autrement. »
Le Figaro, 22.01.1990.
(6) CIO : la mise à l’index du prince
Alexandre de Merode par Juan Antonio
Samaranch — « Il est cependant un homme
qui échappe à l’influence trop prononcée du
milieu depuis que Brundage lui demanda à
brûle-pourpoint, en 1968, de devenir président
de la Commission médicale. Alexandre
de Merode a tout pour irriter Samaranch.
Bien que beaucoup plus jeune que lui, il l’a
précédé au CIO. Ses quartiers de noblesse
remontent au me siècle, pas au 28 décembre
1991. Disposant d’une fortune personnelle, il
n’attend aucune faveur de personne et a
d’autres intérêts que sportifs dans la vie. Il est
devenu parfaitement compétent dans un
domaine dont il ignorait absolument tout.
Enfin, son sourire narquois se transforme
fréquemment en un grand rire irrespectueux
témoignant de son indépendance d’esprit.
Grâce à sa constance et au concours bénévole
de sommités du monde médical et scientifique,
Samaranch a longtemps pu affirmer
très sérieusement que, disposant des services
des plus éminents spécialistes, le CIO était à la
pointe de la lutte antidopage. A la suite de
circonstances qu’il faudra bien raconter un
jour dans leur exacte vérité, il se trouva
qu’aux Jeux de Séoul, le cas de dopage
concernant un certain Ben Johnson fut
connu de l’Agence France-Presse. Avant de
publier l’information, l’agence en demanda
confirmation, comme il se doit, à de Merode.
Le président de la Commission médicale
n’avait, selon les règles, ni à confirmer ni à
infirmer, mais à transmettre à la Commission
exécutive, seule habilitée à prendre une décision,
l’entière responsabilité de communiquer
cette décision ou non appartenant au
président du CIO. Pour des raisons sur
lesquelles il conviendra également tôt ou tard
de faire toute la lumière historique, et dont
l’origine remonte aux Jeux de Los Angeles, en
1984, de Merode confirma. L’Agence France-
Presse publia. Aussitôt, ce fut un beau charivari
planétaire ! Ainsi donc, l’athlète le plus
rapide du monde, le champion olympique du
100 m, le vainqueur de Carl Lewis, n’était
qu’un vil tricheur. Jusqu’au dernier moment,
Carol Anne Letheren, chef de la délégation
canadienne, avait cru que cette affaire-là
s’arrangerait aussi. Mais Alexandre de
Merode avait mis sa démission sur la balance.
Si bien que, devant la tournure des événements,
il fut bientôt impossible de faire
machine arrière. S’il lui est arrivé d’enfiler des
gants de boxe, Samaranch nourrit surtout
une grande admiration pour la technique du
judo. Celle qui permet d’utiliser la force de
l’adversaire à son profit. Aux petites natures
d’entretenir l’espoir de retourner des
colosses. “J’ai tenté d’appliquer dans ma vie la
théorie du judo, qui nous conseille de ne
jamais aller en sens contraire, mais d’accompagner
la force qui nous pousse”, a-t-il
déclaré en 1992 au quotidien El Periodico.
Ainsi fit-il à Séoul. Au lieu de chercher
s’opposer à une tempête médiatique qui l’eût
de toute façon submergé, il se laissa porter
par elle et en tira avantage. “Voyez, dit-il,
comme le CIO est courageux ! Admirez son
efficacité ! Il est tombé sur un très gros gibier
et n’a pas hésité à le sanctionner”. Cet exercice
de style avait évidemment ses limites. Un
cas Johnson, passait ! Deux cas, bonjour les
dégâts ! La crédibilité du sport de haut niveau
n’y eut pas résisté et il ne fallait pas risquer de
faire fuir les précieux sponsors devant la
révélation d’un spectacle certes magnifique,
mais truqué. Mauvais pour la sincérité d’un
produit, ça ! Moyennant quoi d’autres
athlètes, à commencer par l’Américaine
Florence Griffith -Joyner, super championne
parfaitement surfaite, purent en prendre
leur aise dans la confusion qui suivit immédiatement.
Quelques semaines plus tard avait
lieu en URSS une conférence internationale
sur les problèmes du dopage. Dans l’avion de
Moscou, le Dr Maurice. Vrillac rencontra Me
François Carrard, directeur du CIO. “Qu’est-ce que vous faites là ?” lui demanda le
médecin du Comité olympique français. Et le
corpulent avocat, qui ne brille pas particulièrement
par sa subtilité, de répondre
finement : “C’est Samàranch qui m’a envoyé
pour surveiller de Merode”. Trop tard ! Car
les faits sont têtus et toutes les précautions du
président du CIO n’y pourront jamais rien.
En 1989, devant la Commission d’enquête
canadienne présidée par le juge Charles
Dubin, Johnson déclara, en effet, qu’il se
dopait régulièrement depuis 1981 et avait été
contrôlé dix-neuf fois avant de se faire pincer
à Séoul. Tous ces contrôles, y compris celui
effectué après sa troisième place aux Jeux
précédents de Los Angeles, en 1984 (à moins
qu’il n’y en ait pas eu !), avaient été déclarés
négatifs. En 1991, Brigitte Berendonk, une
ancienne pentathlonienne est-allemande passée
à l’Ouest et mariée à un biologiste de Heildeberg,
démontra, documents à l’appui, que le
dopage avait été une véritable institution
dans l’ancienne RDA. Or en dix-sept ans,
deux athlètes seulement, parmi les bataillons
est-allemands fournis des médaillés et des
briseurs de records à répétition, avaient été
déclarées positives. En dehors des Jeux,
encore ! En bonne logique, on pouvait en
tirer deux conclusions : ou bien les grands
spécialistes de M. Samaranch ne valaient pas
tripette, ou bien le CIO, préférant jeter le
voile sur de trop nombreux cas positifs, avait
souvent retenu son bras vengeur de champion
de la lutte antidopage et s’était tu piteusement.
Dans les deux cas, les proclamations
de guerre ouverte de l’olympisme contre le
dopage étaient à jeter aux orties. Le Pr Claus
Clausnitzer, biologiste de talent, directeur du
laboratoire accrédité par les autorités olympiques
de Kreischa, en RDA, avait fait longtemps
partie de la Commission médicale du
CIO, et plus précisément de la sous-commission
“dopage et biochimie”, autrement
appelée “antidopage”. Le livre de Brigitte
Berendonk (Doping Dokumente von der Forschung
zum Betrug, Springer-Verlag, 1991),
révéla la part de responsabilité qui lui revenait
dans la vaste entreprise de dopage estallemande.
Éliminé de cette Commission, où
il avait longtemps joué le double rôle du
gendarme et du délinquant, l’ancien représentant
de la RDA a été remplacé par le Dr
Jordi Segura, jeune médecin catalan responsable
du laboratoire antidopage de Barcelone.
Avant même la cérémonie d’ouverture, le
Dr Segura avait prédit, sur la foi d’on ne sait
quelle certitude scientifique, qu’il n’y aurait
pas plus de dix cas de dopage aux derniers
Jeux olympiques. Il n’y en eut effectivement
que cinq. Ce qui prouve que le CIO, pourtant
placé devant la tâche impossible d’encourager
des performances surhumaines pour le
spectacle et de réprimer en même temps le
dopage pour ne pas discréditer le sport,
maîtrise parfaitement la situation.
C’est-à-dire que, s’il contrôle très imparfaitement
le dopage, il a en revanche un parfait
contrôle du… contrôle antidopage. Après
l’éclat qu’il avait provoqué, Alexandre de
Merode fut plus ou moins mis à l’index,
Samaranch restant près de trois ans sans
pratiquement lui adresser la parole. Quand il
arriva à la session de Porto Rico, en 1989, il
venait d’avoir un petit problème cardiaque.
Ses collègues du CIO, le regardant comme un
miraculé, s’étonnèrent de le trouver en aussi
bonne forme. Le bruit avait, en effet, déjà
couru qu’il était quasiment moribond. En
tout cas très diminué. Au cours de cette
session, on l’élimina, “par erreur”, avec un an
d’anticipation, de la Commission exécutive
avant de lui présenter des excuses. Quand il se
présenta de nouveau à l’élection pour faire
partie de cette Commission, en 1991, il fut
malencontreusement battu par le jeune
Hongrois Pal Schmidtt, ancien champion
d’escrime. Cette situation ne pouvait toutefois
s’éterniser, le président de la Commission
médicale ayant eu le temps d’apprendre
beaucoup de choses en près d’un quart de
siècle. Samaranch y mit donc fin, en vertu du
principe qu’il faut savoir composer avec
certaines réalités, aussi dures soient-elles. »
Boix J., ESPADA A., POINTU R. Juan Antonio Samaranch,
l’héritage trahi. Romillat, Paris, 1994, 192
(144-147).
1988 — Haltérophilie — Kevin Roy (Canada) : épinglé lors d’un précontrôle
« L’haltérophile canadien Kevin Roy a été
reconnu positif après un contrôle antidopage
effectué au début du mois de septembre par
un laboratoire de Montréal. Il est reparti
lundi au Canada afin d’être sur place pour la
contre-expertise, dont les résultats devraient
être connus sous dix jours.
Kevin Roy, qui fut médaillé d’or aux Jeux du
Commonwealth 1986 dans la catégorie des
100 kg, aurait utilisé un stéroïde anabolisant
dénommé stanozolol. »
L’Équipe, 13.09.1988.
1993 — Haltérophilie — Ron Laycock (Australie) : maintenu dans la sélection par
sa fédération
« L’Australien Ron Laycock, huitième en tests ayant été effectués avant ces Champion-
76 kg, a été déclaré positif. Non pas avant- nats du monde de Melbourne. Positif au
hier à l’issue de la compétition mais lors des stanozolol, produit que Ben Johnson a renducélèbre en 1988, Laycock avait pourtant reçu
les résultats ainsi que sa fédération trois jours
avant le début des Championnats. Sa fédération
l’a tout de même maintenu dans la
formation. La fédération internationale, par
l’intermédiaire de son secrétaire général, a
hier réagi vigoureusement contre la fédération
australienne et envisage des sanctions
exemplaires. »
L’Équipe, 18.11.1993.
1994 — Athlétisme — Horace Dove-Edwin (Sierra Leone) : stupéfiant deuxième
du 100 m
« La belle histoire du coureur de Sierra Leone
Horace Dove-Edwin — “stupéfiant” deuxième
du 100 m mardi dernier (23.08) en 10″02 et
juste derrière le champion olympique et du
monde Linford Christie ! — n’aura pas duré
plus de cinq jours. Dove-Edwin en effet a été
convaincu de dopage après que des traces de
stanozolol eurent été décelées dans ses urines.
L’athlète venu de nulle part, sans la moindre
référence chronométrique avant les Jeux du
Commonwealth et qui fit la une de tous les journaux
canadiens avec sa performance spontanée,
devra rendre sa médaille d’argent, ce qui donne
d’ores et déjà la médaille de bronze au Namibien
Frankie Fredericks, quatrième de la course. »
L’Équipe, 29.08.1994.
1996 — Athlétisme — Dean Capobianco (Australie) : suivez le boeuf
(1) « Le sprinter australien Dean Capobianco
a été reconnu coupable de dopage et
suspendu jusqu’au 27 mai 2000 par la
commission d’arbitrage de l’IAAF. Capobianco,
vingt-six ans, avait été contrôlé
positif au stanozolol (stéroïde anabolisant) le
27 mai 1996, à Hengelo (Pays-Bas). Il avait
cependant pu participer aux Jeux d’Atlanta,
la fédération australienne ayant estimé que
les conditions d’acheminement de l’échantillon
d’urine de l’athlète entre Hengelo et le
laboratoire de Cologne ne présentaient pas
toutes les garanties nécessaires de sécurité.
Mais l’IAAF avait déclaré que de nouveaux
éléments apportés au dossier prouvaient la
culpabilité du sprinter australien. Dean
Capobianco a toujours maintenu avoir été
victime d’une erreur dans les échantillons
d’urine et a déclaré qu’il entendait se pourvoir
devant un tribunal civil. »
L’Équipe, 18.03.1997.
(2) « Dans un premier temps, Dean Capobianco
s’est défendu en arguant avoir été
victime d’une erreur dans les échantillons
d’urine. Ensuite, les 15 et 16 mars 1997, lors
d’une audition par le jury d’arbitrage
Monte Carlo, les défenseurs du sprinter
australien ont soulevé la possibilité que le
fait de manger de la viande contaminée
pouvait conduire à un résultat positif lors
d’un contrôle antidopage. Selon le jury
d’arbitrage, la règle de mise en défaut du
test urinaire ne s’applique pas à la consommation
de nourriture. De plus, à ce jour, il
n’existe aucune preuve démontrant que la
consommation de viande provenant de bétail
traité aux stéroïdes et autres produits de
croissance, peut entraîner un contrôle antidopage
positif au stanozolol. Dans ce cas
précis, un expert scientifique a démontré
qu’il y a moins d’une chance sur un million
pour que Capobianco ait pu ingérer autant
de stanozolol en mangeant du boeuf ! Au
final, le jury a décidé que le sprinter
kangourou devait bien observer une suspension
de 4 ans à partir de la date de la première
infraction. »
IAAF News, 1997, n° 19, mai, 11.
Commentaires (NDLA) : Rappelons qu’avant Capobianco, de nombreux athlètes pris aux
anabolisants ont eux aussi invoqué l’ingestion de viande dopée pour expliquer leur
contrôle positif. Il est probable que cette excuse récurrente des spécialistes du tartan va
devenir aussi connue que, chez le cycliste, le bidon « contaminé » proposé par un spectateur
sur le bord de la route.
1996 — Athlétisme — Lulia Negura (Roumanie) : dopée par son entraîneur…
« La Fédération roumaine d’athlétisme a
annoncé que la championne d’Europe de
cross-country, Lulia Negura, a été contrôlée
positive au stanozolol (stéroïde anabolisant)
et risque une suspension de 4 ans. Il y a eu
deux contrôles positifs : le premier hors
compétition, en Roumanie (décembre 1994),
le second lors des Championnats d’Europe
1996 à Charleroi (Belgique) le 15 décembre
où Negura a gagné la médaille d’or individuelle
et la médaille d’argent avec l’équipe
féminine de Roumanie. Si le titre devait être
retiré à Negura, c’est Sara Wedlund qui serait
championne. Negura, 8e aux JO d’Atlanta sur
10 000 m (en 31″26’46 record personnel), a
été championne du monde des 15 km sur
route en 1990 et 1991. Negura prétend
qu’elle a été dopée par son entraîneur Dorin
Melinte (ex-mari de Doina) qui, avec la
complicité de son ex-femme, a mis des
stéroïdes dans sa nourriture. Doina Melinte a
réagi : “Negura a été également contrôlée
positive en 1996, au Japon, mais sans être
sanctionnée. Cette affaire est une honte pour
la Roumanie.” »
Athletics International, 29.01.1997, 2.
1997 — Bobsleigh — Nathan Wheldon (Australie) : sortie de piste pour deux ans
« Un membre de l’équipe d’Australie, dopage positif au stanozolol, un stéroïde
Nathan Wheldon, vient d’être suspendu anabolisant. »
pour deux ans à la suite ‘d’un contrôle anti- L’Équipe, 18.11.1997.
1998 — Basketball — Jose Ortiz (Porto Rico) : sur ordonnance du médecin de la
sélection nationale
« La Fédération internationale de basketball Avant sa décision d’aujourd’hui, la FIBA
(FIBA) a levé mardi soir la suspension de avait suspendu Ortiz en décembre pour
deux ans infligée pour dopage à l’interna- toute rencontre, nationale comme international
portoricain Jose Ortiz à la suite du tionale.
Championnat du monde à Athènes, en juillet Convaincu d’avoir absorbé du stanozolol
1998. (stéroïde anabolisant), lors du Cham-
La FIBA, dont le siège est à Munich, a ainsi pionnat du monde, Ortiz avait reconnu les
suivi le jugement d’un tribunal civil grec qui, faits mais expliqué qu’il avait pris ce produit
le 8 janvier, avait lavé le joueur de tout uniquement pour des raisons médicales et
soupçon de dopage lors que la Fédération sur prescription du médecin de l’équipe
grecque de basketball lui avait infligé l’été portoricaine. »
dernier deux ans de suspension. Agence Fronce-Presse, 26,01.1999.
1999 — Athlétisme — lita Pavlysh (Ukraine) : médaille d’or retirée
« Monaco — L’Ukrainienne Vita Pavlysh, a annoncé que Pavlysh a été prise au stanospécialiste
du lancer du poids a été contrôlée zolol, le stéroïde anabolisant découvert
positive après avoir obtenu la médaille d’or dans les urines du sprinter Ben Johnson à
aux Championnats du monde en salle Séoul en 1988. Les deux échantillons étaient
d’athlétisme, le mois dernier à Maebashi positifs. L’Ukrainienne s’est vu retirer sa
(Japon). Elle a été suspendue deux ans par sa médaille d’or, rétrocédée à la Russe Irina
fédération. Anna Magnani, une porte-parole Korshaeneko. »
de la Fédération internationale d’athlétisme Associated Press (AM, 18.03.1999.
1999 — Cyclisme — Gary Edwards (Angleterre) : suspendu à vie pour 3 contrôles
positifs
« Londres — Un pistard britannique, Gary tion. Elle lui a également interdit d’exercer
Edwards, a été suspendu à vie par la Fédé- toute fonction d’organisateur, de promoration
britannique de cyclisme (BCF) pour teur ou de responsable dans le cyclisme. Le
avoir été contrôlé trois fois positif, depuis président de la BCF, Brian Cookson, a
juin 1998. affirmé que sa fédération continuerait à se
Edwards a été contrôlé positif à l’hydroxysta- montrer inflexible dans tous les cas de
nozolol-3, un dérivé du stanozolol, stéroïde dopage, en liaison avec le “directoire de la
anabolisant, lors des Championnats du lutte contre le dopage et pour l’éthique spormonde
vétérans de Manchester en septembre tive du Royaume-Uni”, en “procédant à des
dernier (1999). Il avait remporté le sprint contrôles fiables, en mettant en place des
dans la catégorie 30-34 ans. La BCF a décidé programmes éducatifs et en décourageant
de lui retirer son titre de Manchester et de les tricheurs.” »
suspendre Edwards à vie de toute compéti- Agence France-Presse, 07.02.2000.
2001 — Athlétisme — Burger Lambrechts (Afrique du Sud) : le poids de la récidive
(1) «Le champion du lancer du poids du directeur de l’ASA. »
Commonwealth a été suspendu pour avoir Athletics International, 06.03.2001, 18-19.
été contrôlé positif au stanozolol (stéroïde (2) « La Fédération d’athlétisme d’Afrique du
anabolisant) a annoncé l’ASA (Fédération Sud a annoncé le 10 septembre que le chamd’athlétisme
d’Afrique du Sud). Il a été pion du Commonwealth du lancer du poids,
contrôlé lors d’un meeting le 23 février, à Burger Lambrechts avait été suspendu 2 ans
Port Elizabeth où il avait établi un nouveau après avoir été contrôlé positif au stanozolol,
record d’Afrique du Sud et d’Afrique avec lors des meetings de Port Elizabeth le
un jet de 20,90 m. “Il est suspendu pour 16 février et de Stellenbosch le 23 février.
toutes compétitions et activités sportives Comme il est déjà sous le coup d’une suspenavec
effet immédiat, en attendant les résul- sion de 6 mois, Lambrechts sera suspendu
tats de l’analyse de l’échantillon B et une éven- jusqu’au 5 mars 2003. »
tuelle audition”, a déclaré Banele Sindani, Athletics International, 19.09.2001, 2.
2001 — Athlétisme — Bobsleigh — Jeff Laynes (États-Unis) : cumulard et falsificateur
« L’Américain Jeff Laynes, compétiteur en lors de contrôles antidopage, le 26 août à
athlétisme et en bobsleigh, a été suspendu Calgary (Canada) lors d’un stage de préparapour
deux ans dans les deux disciplines par tion de bobsleigh et les 20 et 27 octobre à Park
l’Agence américaine antidopage (USADA). City (Utah) aux sélections américaines de
Laynes, 31 ans, a été contrôlé positif au stano- bobsleigh.
zolol, lors de réunions d’athlétisme en L’Agence antidopage américaine a retenu
Espagne, le 14 juillet dernier, puis à la contre lui la sanction maximale au vu des
réunion de Lausitzer (Allemagne) quatre règlements des Fédérations internationales
jours plus tard. L’Américain a en outre falsifié concernées. »
à trois reprises des formulaires de l’USADA Agence France-Presse, 08.12.2001.
2002 — Athlétisme — Mikulas Konopka (Slovaquie) : cinq essais à plus de 20 m…
« La contre-expertise du lanceur de poids 3e place alors que sa meilleure performance
slovaque Mikulas Konopka, médaillé de bronze de l’année n’était que 19,61 m avant les
aux Championnats d’Europe d’athlétisme en Championnats, a rappelé l’agence slovaque.
salle, le 2 mars à Vienne, a confirmé le premier Le lanceur de poids slovaque, qui clame son
test positif au stanozolol (stéroïde anabolisant), innocence, risque une suspension de deux
a annoncé vendredi 26 avril l’agence Tasr. ans, qui devrait être prononcée lors d’une
Konopka, 23 ans, avait créé la surprise à Vienne réunion du comité exécutif de l’Association
en réussissant cinq essais à plus de 20 m dont slovaque d’athlétisme, prévue le 22 mai. »
un à 20,87 m qui lui avait fait remporter la Agence France-Presse, 26.04.2002.
2002 — Boxe — Fernando Vargas (États-Unis) : une addition « féroce »
(1) «La commission athlétique de l’État du comme des stéroïdes anabolisants.” »
Nevada a annoncé que Fernando Vargas a Le Parisien, 28.09.2002.
été contrôlé positif aux stéroïdes anabolisants
(stanozolol), après son combat pou r (2) « L’Américain Fernando Vargas a été
le titre unifié WBA-WBC des super-welters suspendu pour neuf mois et condamné à
contre son compatriote Oscar de La Hoya, payer une amende de 100 000 dollars (autant
le 14 septembre à Las Vegas. Ce dernier d’euros), suite à son contrôle positif aux
était venu à bout de son compatriote à la stéroïdes anabolisants (stanozolol), a annoncé
11e reprise. Vargas, 24 ans, surnommé le la commission athlétique de l’État du
féroce, nie pour sa part avoir pris sciem- Nevada. La suspension est rétroactive au
ment cette substance interdite. “Je suis très 14 septembre, date du contrôle antidopage
en colère à propos des premiers résultats de effectué à l’issue de sa défaite contre Oscar
mon contrôle, a-t-il expliqué. Je veux que de La Hoya pour le titre WBC-WBA des
les gens sachent que jamais je n’absorberai super-welters. »
volontairement de substances chimiques L’Équipe, 21.11.2002.
2002 — Skeleton — Thomas Platzer (Allemagne) a reconnu les faits
(1) «Le pilote allemand Thomas Platzer a été champion du monde, avant de retourner au
contrôlé positif aux stéroïdes anabolisants skeleton cette année. »
(stanozolol) lors d’un contrôle à l’entraî- L’Équipe, 24.11.2002.
nement à Altenberg, le 1” novembre, a (2) «La Fédération allemande de bobsleigh et
annoncé la Fédération allemande de bobsleigh de luge a suspendu le pilote allemand de
et luge (BDS). Platzer, âgé de trente-trois ans, skeleton Thomas Platzer pour un an de toutes
ancien pousseur du pilote de bobsleigh Chris- compétitions nationales, une peine à laquelle
toph Langen, le champion olympique 2002, a s’ajoute une suspension de deux ans en ce qui
reconnu les faits et a renoncé à l’ouverture de concerne les championnats internationaux.
l’échantillon B (contre-expertise). Les statuts « Mon objectif est maintenant le Championnat
de la BDS prévoient une suspension minimale du monde 2005 à Calgary» a déclaré Platzer,
d’un an. Platzer, qui avait débuté en skeleton, trente-trois ans, contrôlé positif au stanozolol
a rejoint ensuite le bobsleigh, où il est devenu (stéroïde anabolisant) le le` novembre. »
avec Langen champion d’Europe et vice- L’Équipe, 29.11.2002.
Réglementation
(cf. rubrique : anabolisants (stéroïdes)
2003 — Listes CIO, UCI et MJS (arrêté du 31.07.2003)
Le stanozolol, en tant que stéroïde anabolisant, est prohibé par l’ensemble des réglementations
internationales dans le cadre des compétitions mais, également, lors des contrôles hors compétition.
2004 — Liste AMA
Depuis janvier, l’Agence mondiale antidopage édicte et publie au plan international, la
seule liste faisant désormais référence pour l’ensemble du mouvement sportif. Le stanozolol
appartient à la section des «Agents anabolisants» (S4) et plus précisément, à la
sous-section (1 : ‘a) des stéroïdes anabolisants androgènes (SAA) qui peuvent être
d’origine exogène. Il est interdit pendant et en dehors des compétitions.
Références
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GONADOTROPHINE CHORIONIQUE’ (hCG)

« Une indication peut en cacher une autre
Hormone sécrétée en abondance par le chorion et le placenta (annexes du foetus) dès le
sixième jour après la fécondation et pendant les trois premiers mois de la grossesse.
Jusqu’alors impossible à synthétiser, la forme commercialisée depuis 1948 provient exclusivement
de l’urine des femmes enceintes. Elle est utilisée en thérapeutique par voie intramusculaire
comme stimulant de l’ovaire et du testicule. Chez l’homme, elle stimule la
production d’androgènes et plus spécialement de testostérone. Trois raisons « non
contrôlées » poussent les sportifs à consommer de l’hCG :
— stimuler la production de testostérone par le testicule ;
— augmenter la sécrétion d’épitestostérone parallèlement à celle de testostérone. Cela a pour
avantage de ne pas modifier le rapport testostérone/épitestostérone et donc de passer à
travers le contrôle antidopage ;
— lutter contre l’effet dépressogène de l’arrêt des stéroïdes anabolisants. À la fin d’un cycle
de dopage, l’administration de gonadotrophine chorionique « relance » la production
endogène de testostérone freinée pendant la cure de stéroïdes hormonaux. En revanche,
en favorisant aussi la production endogène d’estrogènes, une utilisation prolongée de
gonadotrophine chorionique risque de provoquer chez l’homme une modification de la
répartition des graisses et une gynécomastie inopportune, notamment chez les culturistes
exposés aux regards des juges.
► ASPECTS PHARMACOLOGIQUES
Spécialités pharmaceutiques (exemples)
Nom commercial DCI MSM RDM
Gonal-F Follitropine alfa (gonadotrophine FSH
recombinante)
1995
Gonadotrophine Chorionique
– Endo »
Hormone gonadotrope d’origine
placentaire (hCG)
1948
HumOgon Ménotropine 1967 1999
Inductor Gonadotrophine ménopausique humaine 1967 1996

Lutrelef Gonadoréline (secrétagogue
de gonadotrophines2
1986
Menopur Ménotropine 2001
Néo-Pergonai Gonadotrophine ménopausique humaine 1984 1997
Stimu-LH Gonadoréline (secrétagogue
de gonadotrophines)2
1974
Tableau
— Placentaire : en vente libre jusqu’en 2000. Depuis elle est soumise à la réglementation de
la liste I.
— Ménopausique : liste I.
— Gonadoréline : liste I.
Historique
1928— Le gynécologue et endocrinologue français d’origine allemande Selmar Aschheim (1878-
1965) et le gynécologue allemand Bernhard Zondek (1891-1966) démontrent, dans les urines de
femmes enceintes, la présence d’une substance ayant la même action que l’agent hormonal
sécrété par le lobe antérieur de l’hypophyse qui agit sur les ovaires. Sa mise en évidence dans les
urines constitue la base du test de diagnostic de grossesse publié en 1928 par ces deux auteurs.
Propriétés et indications thérapeutiques
Chez la femme
— Menaces d’avortement et fausses couches à répétition liées à une dose insuffisante de hCG.
— Stérilité par anovulation (en association avec les hMG).
— Diagnostic de l’origine de certaines aménorrhées et de certains troubles de la réceptivité
ovarienne.
Chez l’homme
— Cryptorchidie.
— Hypogonadisme hypogonadotrophique.
— Stérilité masculine lorsqu’elle est sans rapport avec une lésion organique primitive du
testicule ou des voies excrétrices : en association hMG-hCG.
Dangers
Chez la femme sportive
Pas d’intérêt pour accroître la « vigueur musculaire ».
Chez l’homme
— Manifestations allergiques.
— Puberté précoce.
— Impression d’être « enceint » : nausées, vomissements, malaise « matinal ».
— Modifications dans le sens de la féminisation de la répartition adipeuse (après un abus
prolongé).
— Gynécomastie avec sécrétion lactée possible (liée à une stimulation excessive des estrogènes).
— Voir rubrique anabolisants (hormone mâle, stéroïdes).
► PRATIQUE SPORTIVE
Effets allégués et recherchés par les sportifs et leur entourage médico-technique
(théoriques, empiriques et scientifiques)
— Augmenter la masse musculaire par stimulation de la production de testostérone (en
association avec une alimentation supplémentée en protéines).
— Accroître la capacité à supporter des charges d’entraînement maximales.
— Stimuler la volonté et l’agressivité.
— Reculer le seuil de la fatigue.
— Lutter contre l’effet dépressogène de l’arrêt des stéroïdes anabolisants. À. la fin d’un cycle
de dopage l’administration de gonadotrophine chorionique 0 relance » la production
endogène de testostérone freinée pendant la cure de stéroïdes hormonaux.
— Faciliter la désaccoutumance après une cure prolongée de stéroïdes anabolisants.
— Augmenter la sécrétion testiculaire de testostérone sans modifier — de façon perceptible
aux analyses — le rapport testostérone/épitestostérone.
— Relayer une cure de stéroïdes anabolisants interrompue dans la période précompétitive
afin d’être négatif au contrôle (depuis l’interdiction en 1988 de l’hCG, avec cette
« tactique » le risque d’être positif n’est pas nul).
Efficacité
L’action effective de l’administration de hCG n’est pas certaine puisque l’insuffisance
gonadique liée au surentraînement correspond surtout à une absence ou au moins à une
diminution de réponse des cellules testiculaires à la stimulation par la LH (hCG).
Spécialités sportives les plus concernées (témoignages et contrôles antidopage)
— Sports de « masse » :
– culturisme (bodybuilding) ;
– football américain ;
– haltérophilie.
— Sports d’endurance :
– athlétisme de fond (marathon) ;
– aviron ;
– boxe ;
– cyclisme sur route.
Toutes les spécialités sportives où l’effet testostérone est recherché (stimulant de la
volonté et accroissement de la capacité de s’entraîner).
Principales affaires (extraits de presse)
1967 — Cyclisme — Piet Rentmeester (Pays- Bas) : « Vous êtes enceinte, Monsieur ! »
Commentaires du Dr Jean-Pierre de Mondenard
: « Dans une série d’articles parus dans
France Dimanche en plein Tour de France
1967, Jacques Anquetil “déballe” les dessous du
cyclisme de haut niveau : dopage, magouilles…
Le monde officiel du cyclisme qui a peu
apprécié les confidences du Normand va le
sanctionner en l’interdisant de Championnat
de France et de Championnat du monde. À
propos des carences du contrôle antidopage,
Anquetil est le premier à révéler l’histoire du
coureur qui était “enceinte”. Le quintuple vainqueur
de la grande boucle des années 1960
raconte : “Après une course dans sa ville, on
avait demandé au coureur néerlandais Piet
Réntmeester d’uriner dans un flacon.
— Je n’ai pas envie, avait-il répondu.
— Bon, lui dit un dirigeant, on ne va pas
attendre ici. Rentrez chez vous. Remplissez le
flacon le plus vite possible et portez-le nous.”
Trois heures après, Rentmeester apportait le flacon
plein. Quinze jours plus tard, après l’analyse, on ne
découvrait pas trace de produits dopants dans le
flacon. Par contre, la personne qui avait uriné était
indiscutablement… enceinte, pour la bonne raison
que c’était Mme Rentmeester »1
« Ce résultat inattendu est invraisemblable
pour deux raisons. À l’époque (on est à la fin
des années 1960), les analyses des laboratoires
antidopage ne recherchent et ne
détectent que les stimulants et les stupéfiants.
La méthode de diagnostic de la grossesse,
qui est basée sur la mise en évidence de
la gonadotrophine chorionique contenue
d’abondance dans l’urine des femmes
enceintes, ne fait pas partie des méthodes
d’exploration des urines des sportifs des
deux sexes. L’hCG en tant que substance
dopante n’a été interdite, et donc recherchée
par le Comité international olympique et
l’Union cycliste internationale qu’à partir de
1988, soit plus de vingt ans après la fin de la
carrière de Piet Rentmeester. La gonadotrophine
chorionique est utilisée chez le sportif
masculin pour stimuler la production
d’hormone mâle ou testostérone, un puissant
anabolisant. Les premiers positifs sanctionnés
l’ont été lors des Championnats
d’Europe d’athlétisme à Split en
août 1990. »
de MONDENARD J.P. Dopage : l’imposture des performances.
Chiron, Paris, 2000, 287 (93).
1983 — Détection — Tests urinaires : mise en évidence pour la « toute » première fois
Récit du journaliste anglais John Penycate :
« Une de ces façons est de prendre de la gonadotrophine
chorionique humaine. Ce dérivé de
l’urine des femmes enceintes est utilisé pour
traiter la stérilité. Les sportifs le prennent pour
stimuler la production de testostérone par le
corps, qui est interdite si cette dernière est prise
en tant que substance exogène. L’hCG a été
détectée chez les sportifs depuis 1983. Cet été,
dans deux compétitions britanniques (une de
vélo, une d’haltérophilie) il a été constaté que
non moins de 10 % des participants qui ont été
contrôlés avaient pris de l’hCG. Il n’y a pas de
raison pour eux de ne pas en prendre :1′ hCG ne
figure sur aucune liste de produits interdits et
alors qu’on la recherche aux contrôles, on en est
encore à débattre si elle peut être consommée
en toute impunité — en trichant ou pas. »
PENYCATE J. [Comment les athlètes ont toujours une
longueur d’avance sur les contrôles antidopage.]
The Listener, 1987, 118, n° 3030,
24 septembre, 4-5 (5).
1984 — Réglementation — JO de Los Angeles (États-Unis) : la parade aux tests
antitestostérone
« Quant à l’hCG, dérivée de l’urine des femmes
enceintes, elle est utilisée dans le but de stimuler
la production de testostérone, l’hormone mâle
naturelle. Celle-ci est réputée pour améliorer
le potentiel musculaire. Elle agit également sur
le système nerveux, rendant l’athlète à la fois plus
agressif et plus apte à un entraînement poussé.
Étant donné que l’injection de testostérone
sera interdite cette année aux Jeux olympiques
de Los Angeles, les médecins disent que
l’hCG pourrait fournir indirectement aux
athlètes le même excitant et les aider ainsi à
éviter le risque de disqualification. »
Nice Matin, 02.04.1984.
1986 — Marathon — S.E. McConnie (Angleterre) : la chute de GRH chez les athlètes
de sexe masculin
« Chez les femmes soumises à un entraînement
physique intense, il a été décrit une “aménorrhée
hypothalamique” liée à un défaut de sécrétion
de GRH (Gonadotrophine Releasing Hormone).
S.E. Mac Connie et coll. ont étudié le fonctionnement
hypothalamique de 6 hommes courant
habituellement entre 125 à 200 km par
semaine. Les auteurs ont apprécié les taux de
testostérone, de LH et de FSH plasmatiques à
l’état basal et après injection de doses croissantes
de GRH. Ils ont de plus étudié l’effet sur
ces paramètres d’un effort physique quantifié
(équivalent à 75 % de la consommation maximale
d’oxygène). Alors que les taux de FSH, LH
et testostérone des marathoniens sont comparables
à ceux de sujets témoins à l’état basal, ils
montrent que les pics de sécrétion induits par
l’injection de GRH sont moins nombreux et
moins in-tenses chez les coureurs.
De plus, lors de l’effort quantifié, les marathoniens
ont des taux de testostérone plasmatique,
de cortisol et de prolactine plus élevés que les
témoins. Le défaut de sécrétion de GRH chez
ces marathoniens serait lié à une relative baisse
de la sensibilité hypothalamique à la testostérone,
en rapport avec une élévation plus
fréquente du taux circulant de cette hormone,
mise en évidence lors d’efforts quantifiés. »
MCCONNIE S.E., BARKAN A., LAMPURAN R.M., SHORK
MA., BEn-INs I.Z. [Défaut de secrétion de facteur
hypothalamique stimulant la libération de
gonadotrophine chez les marathoniens de sexe
masculin.] N.E.J.M., 1986, 315, n° 7, 14 août,
411-417.
1987 — Haltérophilie — Patrick Van Rode (Belgique) : se faire rembourser
les médicaments dopants
« L’haltérophile belge Patrick Van Rode a été dérés comme dopants, notamment de la
suspendu 12 mois par le Comité olympique gonadotrophine chorionique. »
et interfédéral belge pour avoir tenté de se Sport 90, n° 26, 13.04.1988.
faire rembourser une série de produits consi-
1988 — Effets ergogéniques — G. Harrisson (États-Unis) : pour lutter contre la déprime
post-cure anabolisants
« Lors d’une étude effectuée sur 41 sportifs âgés
en moyenne de 26 ans, il a été noté des complications
psychiatriques fréquentes et sévères
chez ce groupe de consommateurs réguliers de
stéroïdes anabolisants [.. .] À l’arrêt des engrais
musculaires d’origine hormonale, plusieurs cas
de dépression majeure sont apparus. Afin de
lutter contre l’effet dépressogène de l’arrêt des
anabolisants, nombre d’athlètes s’administrent,
à la fin du cycle de dopage, de la gonadotrophine
chorionique. Ils tentent ainsi de stimuler leur
production endogène de testostérone qui avait
été freinée par l’intoxication. »
HARRISON G. et coll. Affective and psychotic symptoms
associated with anabolic steroid use. Amer. J. Psychiat.,
1988, 145, n° 4, 487-490.
1990 — Athlétisme — Borut Bilac (Yougoslavie) : 1″ positif officiel à l’hC6
« Trois athlètes, parmi lesquels deux médaille de bronze du poids messieurs, et la
médaillés de bronze, ont été contrôlés posi- Roumaine Felicia Tilfa, neuvième au javelot
tifs à l’occasion des Championnats d’Europe dames. Les substances décelées dans les trois
qui se sont déroulés à Split (Yougoslavie) du contrôles positifs sont la gonadotrophine
27 août au lei septembre. pour Bilac, la norpseudoéphédrine dans le
Les trois athlètes sont le Yougoslave Borut cas de Lykho, et la nortestostérone pour
Bilac, médaille de bronze du saut en longueur Tilfa. »
messieurs, le Soviétique Viacheslav Lykho, L’Équipe, 05.10.1990.
1993 — Athlétisme — Ben Johnson (Canada) : piégé par une poudre apocryphe
« Étant donné que la substance sèche de Johnson en janvier 1993, lors de son
l’hCG ressemble légèrement à la substance deuxième contrôle antidopage qui a décelé
sèche de l’hormone de croissance, on essaye un rapport testostérone-épitestostérone hors
souvent de faire passer de l’hCG “bon norme. »
marché” pour de la somatropine (autre nom GRUNDING P., BACHMANN M. Stéroïdes anabolisants
de l’hGH). C’est ce qui a été fatal à Ben 1996. Powerstar 2000, Achen, 288 (101).
1993 — Cyclisme — Alberto Volpi (Italie) : positif à la Leeds International Classic
« Une contre-expertise pratiquée vendredi a hormone élevant la production de testostéconfirmé
le contrôle antidopage positif subi rone. Volpi a été déclassé, privé de ses points
par Alberto Volpi (Mecair) à l’issue de sa au classement de la coupe du monde et frappé
victoire dans l’épreuve de Coupe du monde, d’une amende de 3 000 francs suisses
la Leeds International Classic, le 15 août (environ 12 000 francs) ainsi que d’une
dernier. La contre-expertise a confirmé la suspension de trois mois avec sursis. »
présence de gonadotrophine chorionique, une L’Équipe, 07.09.1993.
1994 — Cyclisme — Marco Velo (Italie) : en arrêt de course pendant deux ans
« L’Italien Marco Velo (22 ans), champion du la Leeds International Classic, est d’augmenter
monde contre la montre par équipes, a subi un la concentration des globules rouges dans le
contrôle antidopage positif. Lors d’un contrôle sang (NDLA : en réalité l’hCG stimule la
du CONI, il a été décelé de la gonadotrophine production d’hormone mâle par les testicules).
chorionique dans ses urines. La propriété de Velo a immédiatement écopé d’une suspencette
hormone qui avait été retrouvée dans les sion de deux ans ferme, le tarif en Italie. »
urines d’Alberto Volpi, vainqueur en 1993 de L’Équipe, 07.06.1994.
1996 — Athlétisme — Markus Koïstinen (Finlande) : dopage ou maladie ?
« Le champion de Finlande de lancer de poids, 28 jours pour présenter une explication au
Markus Koïstinen, a été contrôlé positif lors sujet de ces hormones, faute de quoi il risque
du récent championnat national et n’ira pas une suspension de quatre ans, a précisé la
aux Jeux olympiques d’Atlanta, a annoncé SUL. Lors du dernier championnat de Finlande
hier la Fédération finlandaise d’athlétisme d’athlétisme, disputé il y a deux semaines à
(SUL), après l’audition de l’intéressé. Koïs- Tampere (150 km au nord d’Helsinki), la
tinen, 26 ans, aurait absorbé des hormones de SUL avait décidé de contrôler 20 athlètes, en
placenta (NDLA : gonadotrophines chorioni- particulier ceux qualifiés pour les Jeux d’Atlanta.
ques) qui stimulent le niveau de testostérone Interrogé au sujet de ces hormones, Koïsdes
testicules. Ce traitement donne un effet tinen a affirmé “n’avoir pas utilisé de produit
semblable à celui des stéroïdes anabolisants, a interdit”. Il avait par ailleurs indiqué qu’il
expliqué de Dr Tapio Kallio, représentant du souffrait d’une blessure au dos. Markus Koïs-
Comité finlandais contre le dopage. “Le tinen a établi cette année un record personnel
produit décelé est clairement une substance avec un lancer de 20,50 m et a remporté le
dopante. On la trouve dans le corps dans titre national finlandais après une perfordeux
cas : le dopage ou la maladie” a souligné mance de 20,03 m. »
le médecin finlandais. L’athlète nordique a L’Alsace, 23.07.1996.
2002 — Cyclisme — Fabio Sacchi (Italie) : à son domicile
« Le cycliste italien Fabio Sacchi a été suspendu police avait perquisitionné la maison du coureur
par son équipe, la Saeco-Longoni, ce lundi dimanche matin et y avait trouvé de la gona-
18 mars, après que des produits dopants ont dotrophine, une hormone naturellement sécrétée
été retrouvés à son domicile près de Milan. par les femmes enceintes et utilisée par les
Un porte-parole de la Saeco a révélé que la athlètes pour augmenter artificiellement le
taux de testostérone dans le corps. “Nous
avons pris note de la découverte présumée de
substances dopantes au domicile de Fabio
Sacchi […1 L’équipe a décidé aujourd’hui de
notifier au coureur sa suspension préventive,
accompagnée du gel de son salaire” explique
la Saeco dans un communiqué.
Sacchi, professionnel depuis 1997, participait à
Tirreno-Adriatico. La brigade des stupéfiants
n’a trouvé aucun produit dopant sur lui et il a
pu prendre le départ des étapes de dimanche et
lundi. Les 7 et 8 mars, Sacchi avait remporté
deux étapes du Tour de Murcie (Espagne).
Son équipe a fait savoir que la suspension
durerait le temps de l’enquête mais que Sacchi
aurait la possibilité de démontrer son innocence.
“Dans le cas contraire, et comme prévu
dans le contrat entre la Saeco et ses coureurs,
l’équipe prendrait les dispositions nécessaires
pour licencier le coureur”, précise le
communiqué. »
Agence Reuters, 18.03.2002.
Réglementation
1988 — Listes CIO et secrétariat d’État de la Jeunesse et des Sports
Il est bien connu que l’administration de gonadotrophine chorionique humaine et autres
composés apparentés conduit à une augmentation de la production de stéroïdes androgènes
naturels et est considérée comme équivalente à l’administration exogène de testostérone.
C’est parce que l’hormone mâle depuis 1984 ne passait plus à travers les mailles
du filet du contrôle antidopage que le monde sportif s’est mis à consommer des gonadotrophines
chorioniques. La Commission médicale du CIO a testé l’efficacité d’une technique
d’analyse lors des JO de Calgary 1988. Depuis cette date (février 1988) et devant la
fiabilité de la méthode d’investigation biologique, les hCG ont été incluses dans le groupe
F des substances prohibées : hormones peptidiques et analogues.
-1989 — Liste CIO
Concernant la réglementation des hormones peptidiques et analogues, est ajoutée une
précision incluant « tous les facteurs de libération des substances susmentionnées sont
également interdits », en conséquence, même s’ils ne sont pas inscrits en toutes lettres
dans les exemples de la liste CIO, la gonadoréline, le clomifene et le tamoxifène sont
prohibés.
1990 — Liste secrétariat d’État chargé de la Jeunesse et des Sports (édition
juin 1990)
Dans cette liste des spécialités pharmaceutiques françaises contenant des substances
dopantes apparaît, au plan des nouveautés, un stimulant de la sécrétion de lutéostimuline
hypophysaire ou gonadoréline avec ses trois spécialités pharmaceutiques : Lutrelef,
Pulstim, Stimu-LH.
1990 — Liste UCI
La présente édition a été établie par la Commission médicale de l’UCI, conformément à
l’article 2 du Règlement contrôle médical UCI et approuvé par le Comité directeur de
l’UCI le 12 août 1989. Cette liste valable pour l’année 1990, est basée sur celle du Comité
international olympique, mais n’est pas complètement identique. En effet, il faut attendre
deux ans de réflexion pour que l’UCI ajoute les hormones peptidiques et analogues au
paragraphe E des classes de substances dopantes, parmi elles la gonadotrophine chorionique
humaine : « Il est bien connu que l’administration de gonadotrophine chorionique
humaine et autres composés apparentés conduit à une augmentation de la production des
stéroïdes androgènes naturels et est considérée équivalente à l’administration exogène de
testostérone. »
Figure une précision supplémentaire : « Tous les facteurs de libération des substances
susmentionnées (dont l’hCG) sont également interdits ». Cette réglementation n’a que
peu de portée dans la mesure où les facteurs de libération sont indécelables.
2003 — Listes CIO, UCI et f435 (arrêté du 31.07.2003)
Les gonadotrophines chorioniques humaines et leurs facteurs de libération sont interdits
pendant et en dehors des compétitions par toutes les instances internationales.
Flou réglementaire : les résumés des caractéristiques des produits (RCP) figurant dans le
Vidal 2003 pour les spécialités Gonal-F et Lutrelef ne comportent pas la mise en garde aux
sportifs pourtant réglementaire pour les substances interdites depuis 1989 et la mise en
place de cette information !
200.4 — Liste AMA
Depuis janvier, l’Agence mondiale antidopage édicte et publie au plan international, la seule
liste faisant désormais référence pour l’ensemble du mouvement sportif. La gonadotrophine
chorionique (hCG) appartient à la section des « Hormones peptidiques » (S5). Elle est
interdite, y compris ses mimétiques, analogues et facteurs de libération, seulement chez le
sportif de sexe masculin, pendant et en dehors des compétitions.
Références
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n° 32, 8 octobre, 2679-2683.
BONNAIRE Y. et LAFARGE J.P. Peptides et dopage : un nouveau challenge pour les laboratoires. Science et
Sports, 1995, 10, n° 2, 83-85.
GOLDMAN B. ]La mort dans le vestiaire : stéroïdes et sports.] Century Publishing, Londres, 1984, 370 (263).
KICMAN A.T., BROOKS R.V. (Gonadotrophine chorionique et sport.] Brit. J. Sports Med., 1991, 25, 73-80.
MAHOUDEAU J.A., BRICAIRE H. La stimulation de la sécrétion testiculaire par la gonadotrophine chorionique. .
Résultats chez l’homme normal et les hypogonadiques. Nouv. Presse méd., 1976, 5, 767-770.
POPE H.C., KA-rz D.L. (Effets psychiatriques du dopage aux stéroïdes anabolisants.] Amer J. Psychiat., 1988,
145, n° 4, 487-490.
RAYNAUD E. La détection du dopage par les hormones peptidiques. Exemple de l’hCG. Mémoire Biologie médicale,
1992, Montpellier 1 (Pdt A. Orsetti).
WRIGHT J. IhCG : miracle ou mirage ?] Muscle et Fitness, États-Unis, 1983, n° 2, février, 82-84.
p.- CONTRE-ENQUÊTE : LE CANCER DE LANCE ARMSTRONG
OU LA DOUBLE CARENCE DU SUIVI MÉDICAL ET DU CONTRÔLE
ANTIDOPAGE
Début octobre 1996, Lance Armstrong, le cycliste américain champion du monde sur
route 1993, âgé de 25 ans, et futur quintuple vainqueur du Tour de France de 1999 à 2003,
a révélé qu’il était atteint d’un cancer du testicule et dès le diagnostic porté, il avait été
opéré de la tumeur glandulaire primitive et de métastases au cerveau, autrement dit de la
dissémination à distance de cellules cancéreuses. Les médecins, compte tenu de l’extension
du processus, lui donnaient 50 °A) de chances de s’en sortir.
Le cas d’Armstrong nous paraît exemplaire dans la mesure où on a du mal à comprendre
pourquoi le cancer n’a pas été détecté plus tôt alors qu’en raison de son statut de sportif
de haut niveau, l’ex-leader des Motorola se devait de passer des bilans médico-physiologiques
et biologiques réguliers ; de même, en tant que cycliste professionnel souvent sur
un podium, il était contraint de subir de fréquents contrôles antidopage.
Dans les faits, il a fallu qu’il crache du sang et qu’il se plaigne d’une douleur au bas ventre traînante
depuis plusieurs semaines pour consulter enfin la faculté et que le diagnostic soit porté
à partir d’une échographie (examen destiné à identifier des pathologies des tissus mous) et
d’analyses sanguines mettant en évidence le principal marqueur biologique d’un cancer du
testicule : un taux élevé d’une hormone appelée bêta gonadotrophine chorionique humaine.
Alors que chez un homme sain, ce taux est voisin de zéro, chez Lance Armstrong, il culminait
à 90 000. Or, l’hCG est une hormone interdite par la législation antidopage du CIO
et des fédérations internationales telles que l’UCI depuis 1988, pour la simple raison
qu’elle permet d’augmenter efficacement la production de testostérone ou hormone mâle
et donc de faciliter la performance. C’est parce que depuis 1984, l’hormone mâle ne
passait plus à travers les mailles du filet du contrôle antidopage, que le monde sportif s’est
mis à consommer aussi des gonadotrophines chorioniques.
Tout au long de la saison 1996, le coureur américain a passé plusieurs tests urinaires,
notamment après sa victoire dans la Flèche Wallonne et, plus significatif, après sa
deuxième place au Grand Prix Eddy Merckx le 1″ septembre, soit un mois seulement
avant la découverte de son cancer.
Malheureusement pour Lance Armstrong, l’hCG n’est pas systématiquement recherchée
dans les urines pour la simple raison qu’aucun seuil formel de positivité n’a été défini et
admis. Comme pour toutes les hormones (hGH, ACTH, etc.) qui, par définition, sont
sécrétées par l’organisme lui-même, il existe des variations individuelles de sécrétion
endogène très importantes, expliquant pourquoi encore aujourd’hui, en l’absence d’un
seuil officiel, elles sont toujours indécelables dans le cadre d’un contrôle antidopage.
Alors que l’on sait que de nombreux sportifs utilisent à des fins dopantes l’hCG (en 1987, le Pr
Raymond Brooks révélait que 10 % des sportifs en prenaient), depuis la date de son interdiction
en 1988, aucun cas positif n’a été enregistré par le laboratoire français. Selon le responsable
d’un laboratoire agréé par le Comité international olympique, l’hCG n’est recherchée
que lorsque la concentration de testostérone urinaire dépasse les chiffres considérés comme
normaux. Comme la phipart des cancers du testicule, et notamment le choriocarcinome (celui
d’Armstrong) n’entraînent pas une production accrue de testostérone malgré une hCG très
élevée, cette dernière n’est jamais recherchée, mis à part dans certains pays, tels la Grande-
Bretagne (voir encadré).
Cancer du testicule : un jeune athlète anglais sauvé
par un contrôle antidopage positif
En 1989, on a trouvé dans les urines d’un sportif anglais choisi pour être contrôlé aux championnats
scolaires d’athlétisme, une forte dose de gonadotrophine chorionique qui n’est sécrétée
normalement que par les femmes enceintes (grossesse ou maladies du placenta) et les sujets
atteints de tumeurs cancéreuses, notamment au niveau du testicule.
Le jeune athlète souffrait en effet d’un cancer du testicule qui a été opéré rapidement et avec
succès. Cet adolescent britannique peut adresser un grand merci à la lutte antidopage lorsqu’on
sait qu’ils ne furent que 8 sur 1 800 participants à être contrôlés.
Ce cas démontre que les Anglais recherchent l’hCG et que les tests biologiques, en dehors de
démasquer les tricheurs, peuvent contribuer efficacement au suivi médical de sportifs de compétition.
Dans certaines formes de cancer du testicule — celui d’Armstrong en fait partie — l’hCG augmente
de façon considérable, c’est pourquoi les spécialistes considèrent sa présence comme l’un des
deux marqueurs tumoraux biologiques (l’autre est l’alpha-fcetoprotéine) dont la fiabilité
du dosage permet un diagnostic sûr et, parallèlement, un suivi précis de l’efficacité du
traitement associant l’ablation du testicule atteint et des métastases, et la chimiothérapie.
Le 1′ septembre 1996, Lance Armstrong, lors du contrôle antidopage effectué à la suite de sa
seconde place au Grand Prix Eddy Merckx, avait très certainement un taux déjà très élevé
d’hCG (tensions inguinales depuis des semaines, extension ganglionnaire du cancer un mois
plus tard) alors que les résultats transmis par le laboratoire de l’UCI furent classés négatifs.
Même si en 1996, il n’existait pas de seuil admis par tous pour définir le dopage à l’hCG’, il faut
la rechercher systématiquement, ce qui apparemment est rarement fait, afin de signaler les cas
suspects aux fédérations qui se chargeront dans les meilleurs délais de contacter les intéressés.
Si des laboratoires adoptent cette stratégie, l’exemple du Sanglier d’Austin — tel est le
surnom d’Armstrong — n’aura pas été vain ; le contrôle antidopage permettra alors
d’ajouter à son rôle purement répressif, une action préventive dont la finalité ne peut que
réjouir ceux qui militent pour un suivi plus efficace des athlètes de haut niveau.

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ÉRYTHROPOÏÉTINE (ÉPO)

« Coup de “sang”… à la lignée rouge »
L’érythropoïétine est une hormone qui augmente la fabrication des globules rouges (GR) et
permet par la même occasion d’améliorer les performances des sportifs d’endurance
(cyclistes, skieurs de fond, marathoniens) mais aussi nageurs, footballeurs. En revanche, les
risques d’accidents cardiaques à la suite d’une utilisation non contrôlée d’EPO sont loin
d’être exceptionnels. L’EPO, qui stimule la moelle osseuse afin de produire plus de GR, a
montré une efficacité spectaculaire dans le traitement de l’anémie chez les patients souffrant
de graves atteintes rénales. Cette action thérapeutique encourageante, notamment pour les
dialysés, a aussi un côté moins réjouissant. Depuis la fin des années 1980, elle a pénétré
progressivement les enceintes athlétiques. La contamination massive du cyclisme avec,
parallèlement, la domination sans partage des coureurs italiens, date des années 1994-1995.
Duis lors, sa diffusion dans de nombreuses spécialités sportives n’a fait que croître.
L’ËPO booste la performance sportive selon le même processus que la transfusion
sanguine : en améliorant le transport de l’oxygène jusqu’à la fibre musculaire et, par-là
même, l’endurance. Mais l’ET° présente un avantage déterminant en permettant de
remplacer le processus long et quelque peu compliqué de la transfusion par une série
d’injections sous-cutanées ou intraveineuses. En 1990,1e médecin suédois 13jiirn Ekblom,
qui avait mis au point vingt ans plus tôt la transfusion sanguine « sportive », a expérimenté
1113 0 sur une dizaine d’athlètes. D’après les résultats enregistrés, le chercheur
scandinave estime qu’elle améliore l’endurance de 10 % en seulement trois semaines.
Commentaires de l’un des cobayes : « J’avais l’impression d’avoir un turbo. »
Le dopage au sang classique, qui fut médiatisé à partir des exploits surprenants du Finlandais
Lasse Viren (quadruple champion olympique des 5 000 et 10 000 m des Jeux de 1972
et 1976), consiste à prélever du sang huit à douze semaines avant l’objectif sportif. On
sépare ensuite les GR du plasma et on les conserve par congélation. Pendant la période
qui suit, l’athlète continue à s’entraîner tandis que le corps fabrique de nouveaux GR et
refait le plein de sang. Environ un à quatre jours avant la compétition, les cellules rouges
congelées sont alors décongelées et reconstituées avec une solution physiologique saline.
Ils sont alors réintroduits par voie veineuse, lentement, pendant 60 à 120 minutes. Au
total, l’athlète se retrouve pour une dizaine de jours avec un surplus de GR et d’oxygène.
Actions de I’ÉPO
L’EPO est une hormone normalement fabriquée par les reins qui possèdent un mécanisme
très sensible leur permettant de contrôler en permanence le taux d’hémoglobine
ainsi que sa teneur en oxygène. Lorsque le nombre de GR est trop faible, les reins fabriquent
et libèrent dans le sang plus d’EPO. Cette dernière stimule la moelle osseuse pour
produire un surplus de GR.
Les techniques du génie génétique ont permis aux chercheurs d’isoler et de recueillir le
gène humain de 11130. Qu’elle soit fabriquée par le corps humain ou en laboratoire, son
action est identique : elle provoque une augmentation de l’hématocrite, autrement dit du
pourcentage des GR sanguins. Sur les résultats d’une analyse de sang communiqués par
le laboratoire, figure le chiffre d’hématocrite dont la norme varie de 42 à 50 %. Lorsque
ce taux subit une hausse, il autorise un transport d’oxygène plus important vers les
muscles concernés par la spécialité sportive. Un athlète utilisant de l’EPO ressent une
impression de supplément d’énergie après l’injection du médicament. Mais si l’hématocrite
continue à grimper, le sang deviendra plus épais. À un certain niveau que beaucoup
de spécialistes situent à 55 % ou plus, les dangers d’accident apparaissent. En effet, le sang,
devenu plus épais, commence à se déplacer plus lentement vers les organes vitaux. Il se
coagule également plus rapidement et majore ainsi les risques d’attaque cardiaque et de
collapsus. Il est à remarquer que les sportifs d’endurance, les plus concernés par le dopage
à 111)0, à la fin d’un effort prolongé, ont souvent, de façon naturelle, des hématocrites
élevés en raison des pertes d’eau considérables enregistrées au cours d’un exercice de
longue haleine. Toute personne qui roule plusieurs heures perd de grandes quantités de
liquides pouvant aller jusqu’à 4 ou 5 L lorsque les conditions ambiantes associent chaleur
et degré hygrométrique élevé. Dans un ville à ville, un cycliste de haut niveau de sexe
masculin commence l’épreuve avec un hématocrite de 42 à 43 %. Si la température extérieure
est de 25 à 30 °C, il terminera, en raison de la perte de fluide, avec un hématocrite
proche de 55 %. Ce qui reste dans le sang, ce sont essentiellement des GR surnommés par
un scientifique américain des « GR boueux ». Si le même cycliste utilise de 11130, il
commencera probablement la course avec un taux d’hématocrite de 52 à 58 % et ce
dernier atteindra les 60 %, voire plus, lorsqu’il franchira la ligne. En principe, ce
« dépassement » pourrait se produire aussi avec la transfusion sanguine. Mais, avec cette
dernière technique, on est limité par la quantité de sang que l’on peut prélever et il serait
alôrs difficile d’atteindre un taux d’hématocrite supérieur à 60 %. En revanche, avec un
excès d’EPO on peut, en théorie, faire monter le taux de GR jusqu’à 80 %.
Plus risquée que la transfusion sanguine
Certains experts estiment que l’EPO est indiscutablement plus dangereuse que le dopage
sanguin. Le Dr Robert Voy, ancien médecin du comité olympique des Etats-Unis, partage
cet avis : 0 Nous ne savons pas jusqu’à quel point et pendant combien de temps, l’EPO va
stimuler la production de globules rouges. Si cela dépasse ce qui est physiologiquement
tolérable pour le système cardiovasculaire et pulmonaire, ces sportifs développeront des
crises cardiaques et des oedèmes pulmonaires. On peut même s’attendre à des décès. »
Si l’on en croit une dépêche de l’Associated Press datée du 18 mars 1990,11130 par le passé
a déjà tué : « La Fédération néerlandaise de cyclisme vient d’ouvrir une enquête au sujet
d’une possible utilisation abusive de “stimulants” de la part de 15 ou 20 de ses meilleurs
coureurs., La mort suspecte de sept compétiteurs néerlandais est à l’origine de cette
enquête entreprise sous la pression des médias, selon Ad Nuijten, le porte-parole de la
Fédération hollandaise. La plupart de ces décès, dont le plus récent concerne l’équipier de
Sean Kelly, chez PDM, Johannes Draaijer, 27 ans, mort dans son lit d’un arrêt cardiaque
le 27 février dernier (NDLR : 1990), de même que ceux de Bert Oosterbosch, 32 ans, vainqueur
des trois étapes du Tour de France ou de Connie Meijer, 25 ans, médaillé de bronze
aux Championnats du monde sur route 1987, pourraient être liés à la prise d’EPO. » Quoi
qu’il en soit, la problématique du risque, difficile à maîtriser même par les meilleurs
experts, proviendrait du fait que l’hématocrite continuerait à augmenter pendant cinq à
dix jours après la dernière injection d’EPO. Un cycliste participant à une course un
dimanche pourrait avoir son hématocrite qui continue à grimper jusqu’au milieu de la
semaine suivante. En d’autres termes, le danger ne s’arrête pas au moment où l’on franchit
la ligne d’arrivée. Qui plus est, certains sportifs obtiennent de l’EPO au marché noir,
son utilisation se faisant alors en dehors de tout encadrement médical. Avec la transfusion
sanguine, le système D n’était guère possible, il fallait obligatoirement s’entourer de
médecins ayant l’expérience nécessaire à la manipulation des flacons de sang. En effet, le
prélèvement, la centrifugation, la séparation, le stockage, la congélation et la réintroduction
du sang nécessitaient la présence de personnes compétentes et habituées au stockage
du sang. La plupart de ceux qui se sont dopés avec la transfusion ont bénéficié d’une
telle équipe. Mais, à l’inverse, l’EPO peut être injectée en dehors de tout milieu médicalisé
sans qu’il soit nécessaire de mettre quiconque dans la confidence.
L’ÉPO hors la loi
Pendant une bonne décennie, cette hormone fabriquée par le rein mais aussi par les laboratoires
pharmaceutiques, bien que prohibée par le Comité international olympique et
toutes les instances internationales, n’était pas détectable ni dans l’urine ni dans le sang.
Cette interdiction, malgré l’absence de contrôle efficace pour déceler le dopage à l’EPO,
signifiait implicitement que les pouvoirs sportifs espéraient que les athlètes se basent sur
un jugement moral pour freiner leur propension à se donner un avantage illégal.
Dans le contexte du sport de haut niveau où, très souvent, « la fin justifie les moyens », il
était totalement illusoire d’espérer une limitation de la course aux armements biologiques
du type de l’EPO. Heureusement pour ceux qui militent pour un sport propre, depuis le
23 mai 2000 l’horizon des tricheurs s’est quelque peu assombri. En effet, à cette date, le
Laboratoire national de dépistage du dopage de Châtenay-Malabry a annoncé qu’il était
prêt à détecter directement dans les urines l’EPO recombinante (exogène). Cette incontestable
avancée dans la lutte antidopage est le fruit des recherches menées depuis
plusieurs années par Jacques de Ceaurriz, le patron du LNDD, et Françoise Lasne, sa
collaboratrice : « La présence d’E,P0 dans l’urine est facile à déceler. La difficulté réside
dans la différenciation entre les molécules endogènes et les molécules exogènes (NDLR :
dopantes) explique cette dernière. Nous avons développé une technique qui l’établit et
réalisé un test qui permet d’obtenir la preuve tangible d’une prise éventuelle d’EPO. » La
technique a été testée sur les échantillons urinaires prélevés lors du Tour de France 1998,
édition de la Grande Boucle qui avait vu l’exclusion de toute l’équipe Festina de Richard
Virenque. Sur les 102 échantillons testés qui ne proviennent pas forcément de
102 coureurs différents (souvent le maillot jaune est porté plusieurs jours d’affilée par le
même homme et certains vainqueurs d’étape récidivent), un certain nombre d’entre eux
se sont révélés positifs. Selon Françoise Lasne, l’instigatrice de la technique, les résultats
étaient hautement significatifs : « Alors que pour un individu témoin, on peut quantifier
à 0,5 UI/mL la présence d’EPO, certains coureurs présentaient des taux de 20 UI. Ce jourlà,
au vu de ces analyses, nous avons su que notre technique était viable. »
Au départ on pensait que l’hormone synthétique était la copie conforme de l’EPO naturelle,
alors qu’en réalité les deux substances présentent de minimes différences tant au
point de vue moléculaire que de la charge électrique. Les deux chercheurs du LNDD ont
montré que l’EPO naturelle et recombinante ne possédaient pas le même point isoélectrique
(0), c’est-à-dire que le pH pour lequel ces deux substances sont électriquement
neutres sont différents. Le point isoélectrique de l’EPO naturelle est compris entre 3,92 et
4,42 tandis que celui de l’EPO recombinante est compris entre 4,42 et 5,11.
Il est donc possible de différencier l’EPO naturelle de l’EPO recombinante sur des gels d’électrophorèse
en gradient de pH :l’EPO naturelle stoppe sa migration à un pH compris entre 3,92 et 4,42 tandis que l’ÉPO recombinante est « arrêtée » à un pH compris entre 4,42 et 5,11.
Cette variation des profils de migration sur ce type de gels (isoelectric focusing) a été utilisée
pour ré-analyser des échantillons d’urine de coureurs du Tour de France 1998. A posteriori,
les résultats font apparaître clairement que de nombreux géants de la route continuaient à
carburer à l’E,P0 même après l’exclusion de l’équipe Festina. Avec cette méthode, on peut
donc identifier les différentes sortes d’tP0, qu’elles soient naturelles (il en existe une bonne
vingtaine dans le corps) ou synthétiques. Il est donc possible de faire la distinction analytique
entre Eprex, l’EPO commercialisée par le laboratoire Janssen Cilag, et NeoRecormon du laboratoire
Boehringer-Mannheim. La détection se fait sur 5 mL d’urine et il faut trois jours pour
obtenir un résultat. Seul bémol, mais d’importance : l’effet stimulant d’une cure d’EPO sur
la multiplication des globules rouges se prolonge quinze à vingt jours après la prise. Dès lors,
un coureur peut faire une «préparation efficace» avant une épreuve de longue haleine telle
que le Tour de France. Il en aura les effets positifs surtout s’il y associe corticoïdes et hormone
de croissance dont les effets potentialisent l’action cardiorespiratoire de l’EPO, mais ne
risquera rien puisque le produit aura disparu des urines s’il a pris la précaution élémentaire
de stopper les injections d’EPO trois à quatre jours avant le prologue.
Pour être vraiment efficace, il faudrait pratiquer des contrôles inopinés dans les semaines
précédant les grands rendez-vous athlétiques : championnats et Coupe du monde, Jeux
olympiques, Tour de France, Tournois du Grand Chelem.
► ASPECTS PHARMACOLOGIQUES
Spécialités pharmaceutiques1 (exemples)
Nom commercial DCI MSM RDM
Aranesp Darbepoetin alfa 2001
Dynepo Epoetin delta En instance de mise sur le marché
Epomax2 Epoetin oméga
Eprex Epoetin alfa 1989
Eprex 4000 Epoetin alfa 1989
NeoRecormon3 Epoetin beta 1998
Neupogen 4 Filgrastim 1991
Peptides mimétiques
de l’ÉP05
Non commercialisé (en phase 3
d’expérimentation)
Recormon 3 Epoetin-bêta 1990 1998
Tableau
Liste I (ex-tableau A). Médicament
annuelle. La prescription
domicile est également autorisée.
soumis à une prescription initiale hospitalière
initiale par un médecin exerçant dans un service de dialyse à domicile est également autorisée.

Historique
1890— Le physiologiste français Paul Bert (1833-1886) et son compatriote le médecin
Denis Jourdanet émettent l’hypothèse d’une régulation de la production des globules
rouges par l’hypoxie.
1906 — Les Français Paul Carnot (1869-1954) et C. Deflandre suggèrent que l’hypoxie
tissulaire génère un facteur hormonal capable de stimuler la production des globules
rouges : ils lui donnent le nom d’hémopoïétine.
1949— E. Bonsdorff la baptise à son tour du terme anglais erythropoietin.
1950— K. R. Reissmann démontre chez l’animal la réàlité de la régulation hormonale de
l’érythropoïétine.
1957 — L. Jacobson et coll. prouvent que le rein est le principal organe responsable de la
synthèse de l’érythropoïétine.
1977 — Eugène Goldwasser, professeur de biochimie à l’université de Chicago, considéré
comme le père de l’érythropoïétine, réussit à obtenir l’hormone purifiée à partir des
urines de malades anémiques.
1983 — La compagnie de génie génétique AMGEN (Californie) avec Fu-Kuen Lin et son
équipe, parvient à cloner la première le gène humain de l’érythropoïétine.
1987 — Premières suspicions d’utilisation en milieu sportif.
1988 — Autorisation de mise sur le marché en France.
1989— La Food and Drug Administration, l’agence américaine, accorde le l’ juin, l’autorisation
de mise sur le marché de l’t,P0 recombinante.
1990— Au mois d’avril, le Comité international olympique l’inclue dans sa liste au
groupe F.
2000 — Deux scientifiques français, la biologiste Françoise Lasne et le directeur du laboratoire
antidopage de Châtenay-Malabry, Jacques de Ceaurriz, publient dans la revue
Nature du 8 juin une méthode détectant directement dans les urines l’ÉPO recombinante
dite exogène.
Chiffres
1988: La complication la plus dangereuse réside certainement dans l’influence de la
thérapie sur la tension artérielle : 60 % des patients normotendus voient, en effet, leur
tension artérielle systolique et diastolique augmenter et la plupart des patients hypertendus
auront besoin, sous traitement, d’une intensification de la thérapie hypotensive.
Les effets secondaires de cette thérapie ne semblent pas négligeables et consistent en une
augmentation des thrombocytes avec agrégation plaquettaire augmentée, de même que la
viscosité sanguine. 5 % de l’ensemble des patients de l’étude de référence ont développé
une thrombose.
Le Quotidien du Médecin, 05.05.1988.
Le coût du traitement sera en moyenne, par mois, de 4 000 à 4 300 francs (610 à
655 euros). Mais les quantités nécessaires sont fonction du poids du patient et de la
sévérité de l’anémie. D’où des dépenses qui peuvent varier de 3 000 à 5 000 francs (457 à
762 euros) par mois. Une étude récente (docteur Philippe Rousseau, thèse Paris, 1988) a
cherché à comparer les coûts respectifs du traitement par érythropoïétine, d’une part, et
par transfusions, d’autre part. Il estime que les transfusions chez les dialysés reviennent
2 500 francs (381 euros) par mois.
L’érythropoïétine est administrée pour la première fois chez l’homme en août 1985, pour
les essais dits de phase 1, où le produit est donné à très faibles doses, le but étant de tester
la tolérance. Une commercialisation intervenant aussi rapidement (seulement trois ans
après le début de la phase 1) est tout à fait exceptionnelle.
Le Figaro, 20.08.1988.
À la dose de 24 à 48 UI/kg administrées en intraveineuse trois fois par semaine après la
dialyse, l’amélioration du taux d’hématocrite se chiffre à environ 10 % au bout de trois
semaines et ce quel que soit le degré d’atteinte rénale.
Le Quotidien du Médecin, 26.08.1988.
1989 : Le traitement revient à 50 000 francs par an et par malade. Il faudrait donc débloquer
environ 900 millions de francs (137 millions d’euros) pour traiter les 18 000 hémodyalisés
français.
Une centaine de médecins spécialistes de la dialyse ont lancé un «cri d’alarme» et signé une
pétition dans laquelle ils protestent tout à la fois contre le principe du quota fixé par les autorités
sanitaires et contre la proportion des dialysés autorisés à recevoir le médicament : 10 %,
taux qui aurait été fixé dans un télex adressé aux Drass (Directions régionales des affaires sanitaires
et sociales). Pour les spécialistes, la proportion de dialysés devant recevoir l’ÉPO se situe
sans doute dans une fourchette de 30 à 40 %. En République fédérale d’Allemagne, où le
produit est en vente libre, les prises en charge étant fonction d’accords locaux avec les caisses
de sécurité sociale, environ 30 % des dialysés reçoivent de l’érythropoïétine.
Le Figaro, 27.01.1989.
Les critères définis dans la circulaire comportaient, par exemple, une hémoglobine inférieure
à 8 g/dL mais aussi « une mauvaise tolérance à l’anémie » par le patient.
Le Quotidien du Médecin, 19.061989.
1991: Par voie sous-cutanée, les doses d’érythropoïétine, pour obtenir un taux d’hématocrite
stable, sont 30 à 50 % inférieures que par voie intraveineuse. Une équipe française
de Nîmes a montré que l’administration sous-cutanée quotidienne effectuée par le
malade lui-même était encore plus efficace que l’administration sous-cutanée trois fois
par semaine à l’occasion de dialyses. Les conséquences économiques d’une telle mise au
point sont évidentes : deux fois plus de malades pourraient être traités si l’ensemble des
équipes françaises adoptait cette nouvelle voie d’administration.
Panorama du Médecin, 15.02.1991.
1993 : Des Finlandais (Juhani Janne et coll.) annoncent avoir fait naître un veau transgénique
qui devrait, lorsqu’il aura atteint l’âge de 2 ans, produire du lait contenant des
taux importants de la très coûteuse érythropoïétine. Il est estimé que, devenu vache
laitière, cet animal pourra produire environ 80 kg d’érythropoïétine par an. Or, la
demande annuelle pour les dialysés sidéens et pour les autres usages hématologiques est
actuellement limitée à 20 kg. Une livre d’érythropoïétine coûte actuellement près de
80 millions de dollars américains (73 millions d’euros), celle provenant du veau serait
évidemment beaucoup plus économique.
Le Quotidien du Médecin, 23.12.1993.
1995 : Le taux d’EPO en circulation, lié au taux d’hémoglobine circulante, se situe normalement
entre 5 et 25 mU/mL. Pour autant, en dépit de l’existence d’une réelle anémie, un
taux d’hémoglobine se situant entre 10 et 12 g n’est pas suffisant pour stimuler la production
d’EPO endogène.
Impact médecin quotidien, 26.10.1995.
2002 : Chez 80 à 90 % des insuffisants rénaux chroniques dialysés et chez plus de 67 % des
patients en prédialyse existe une anémie arégénérative persistante. Son mécanisme essentiel
est lié à l’incapacité du rein à synthétiser des quantités suffisantes d’érythropoïétine
pour stimuler l’érythropoïèse en réponse à des modifications de l’oxygénation tissulaire.
L’EPO recombinante est administrée par voie intraveineuse ou sous-cutanée mais sa
demi-vie d’élimination relativement courte (entre 4 et 8 heures) impose deux ou trois
injections par semaine, de sorte que les patients traités par voie sous-cutanée ont besoin
de plus de 156 injections par an.
Le Quotidien du Médecin, 05.09.2002.
Indications thérapeutiques
— Anémie secondaire à une insuffisance rénale chronique chez les enfants et les patients
adultes hémodyalisés et les patients adultes en dialyse péritonéale.
— Anémie sévère d’origine rénale accompagnée de symptômes cliniques chez les patients
adultes insuffisants rénaux non encore dialysés.
— Anémie et réduction des besoins transfusionnels chez les patients adultes recevant de la
chimiothérapie pour une tumeur solide, un lymphome malin ou des myélomes multiples
et présentant un risque accru de transfusion selon l’évaluation de leur état général (par
exemple : situation cardiovasculaire, anémie préexistante au début de la chimiothérapie).
— Augmenter les dons de sang autologues chez des malades participant à un programme
de transfusions autologues différées. L’utilisation dans cette indication doit tenir compte
du risque accru d’accidents thromboemboliques. Le traitement est indiqué chez les
malades présentant une anémie modérée (Hb 10-13 g/dL soit 6,2-8,1 mmol/L et sans carence martiale) s’il n’existe pas ou peu de méthodes d’épargne du sang lorsqu’une intervention
chirurgicale programmée importante nécessite de grandes quantités de sang
(4 unités de sang ou plus chez les femmes et 5 unités de sang ou plus chez les hommes).
— Réduire l’exposition aux transfusions de sang homologue chez les patients adultes, sans
carence martiale, devant subir une intervention chirurgicale orthopédique majeure
programmée, ayant un risque présumé important de complications transfusionnelles.
L’utilisation devra être réservée aux patients ayant une anémie modérée (par exemple Hb
10-13 g/dL) qui n’ont pas accès à un programme de prélèvement autologue différé et chez
lesquels on s’attend à des pertes de sang modérées (900 à 1 800 mL).
— Prévention de l’anémie du nouveau-né prématuré, de poids de naissance compris entre
750 et 1 500 g et dont l’âge gestationnel est inférieur à 34 semaines.
Dangers
— Adultes et enfants en hémodialyse, adultes en dialyse péritonéale et en prédialyse : l’effet
secondaire le plus fréquent lors du traitement par EPO est une augmentation dosedépendante
de la pression artérielle ou l’aggravation d’une hypertension préexistante. Cette
augmentation de la pression artérielle peut être traitée médicalement. Par ailleurs, une
surveillance de la pression artérielle est conseillée en particulier en début de traitement. Les
réactions suivantes peuvent également survenir chez certains patients ayant une tension artérielle
normale ou hypotensifs : crise hypertensive avec symptôme à type d’encéphalopathie
(c’est-à-dire céphalée et confusion mentale) et crises tonicocloniques généralisées, nécessitant
un traitement médical immédiat et la prise en charge en soins intensifs. Des céphalées à type
de migraines violentes et à débuts brutaux peuvent être un signal d’alarme. Des symptômes
grippaux tels que céphalées, douleurs articulaires, sensation de faiblesse, de vertige et asthénie
peuvent survenir, en particulier en début de traitement. Il est très rare de voir une thrombocytose.
L’augmentation modérée et dose-dépendante du nombre des plaquettes dans les
limites de la normale peut être observée surtout après l’administration intraveineuse d’EPO.
Ce phénomène régresse au cours d’un traitement prolongé. Il est recommandé de contrôler la
numération plaquettaire régulièrement au cours des 8 premières semaines de traitement. La
fistule peut se thromboser, en particulier chez les patients ayant tendance à l’hypotension ou
présentant des complications au niveau de leur fistule artérioveineuse (c’est-à-dire sténoses,
anévrisme, etc.). La révision précoce de la fistule avec une prophylaxie antithrombotique par
administration d’acide acétylsalicylique, par exemple, est conseillée chez de tels patients.
— Patients cancéreux adultes traités par chimiothérapie contenant du platine : une hypertension
peut survenir chez les patients traités par EPO. De ce fait, le taux d’hémoglobine
et la tension artérielle doivent être suivis de près.
— Patients adultes participant à un programme de prélèvement autologue différé avant
chirurgie : chez des patients présentant une maladie cardiovasculaire sous-jacente et subissant
une intervention chirurgicale, des accidents thrombo-vasculaires peuvent survenir du fait des
prélèvements sanguins itératifs, indépendamment du traitement par EPO. Pour cette raison,
il est conseillé, chez ces patients, de compenser systématiquement le volume prélevé.
► PRATIQUE SPORTIVE
Chiffres
2 : La production endogène d’EPO est d’environ 2 UI/kg/24 heures.
4: Selon Sandro Donati, maître de recherches au Comité olympique national italien (CONI),
l’ÉPO qui est d’un usage peu courant en médecine (anémie de l’insuffisant rénal chronique
dialysé et non-dialysé, anémie des cancers traités par chimiothérapie, prévention de l’anémie
du prématuré) occupe un surprenant 4e rang mondial en terme de chiffres d’affaires.
4 : Parmi les 24 coureurs composant en 1998 le team Festina, seulement 4 ne prenaient
par d’EPO (16,5 %).
5 : L’action de l’érythropoïétine continue cinq à dix jours après la dernière injection.
5,3: Pour toute augmentation du taux d’hémoglobine (Hb) d’une unité, le VO2max
s’élève de 5,3 mL/min/kg. Cela équivaut pour un sportif dopé à l’EPO qui fait passer son
taux d’Hb de 13 à 17 dg/100 mL de faire grimper son VO2max de 70 à 91,2 mL/min/kg.
6 : Le taux plasmatique d’EPO, généralement exprimé en unités internationales, s’étend
de 2 à 24 (UI/L) (ou 6 à 32 UI/L selon le kit de dosage utilisé) mais 95 % des sujets se
situent entre 6 et 10 UI/L.

10 : Pendant la vie foetale et la période néonatale, la synthèse a lieu principalement dans
le foie. Bien que, plus tard, le rein prenne le relais de la production, à l’âge adulte le foie
continue d’assurer 10 % de cette production.
15 : Selon le cycliste belge Eddy Planckaert, professionnel de 1980 à 1991, l’ÉPO donne
— sur la condition physique — un bonus de 15 %.
40 : La molécule d’ÉPO est composée à 40 % de glucides et à 60 % d’acides aminés.
50 : La dose classique d’un sportif qui se dope à l’ÉPO est de 50 UI/kg trois fois par
semaine pendant 30 à 45 jours. Lorsque l’hématocrite souhaité est obtenu et pour le
maintenir à un niveau compétitif, on passe à l’administration d’une dose plus faible deux
fois par semaine.
60 : « Monsieur 60 % », tel était le surnom que le peloton donnait à Bjarne Riis, le stupéfiant
vainqueur de la montée d’Hautacam sur le Tour de France 1996. Un tel chiffre
d’hématocrite ne pouvait être que surnaturel.
99 : L’Écossais Graeme Obree, ex-recordman de l’heure cycliste, estime que 99 % des
coureurs d’élite prenaient de l’ÉPO pendant la saison 1996.
120: Les effets obtenus par un dopage à l’ÉPO se prolongent pendant 120 jours. L’efficacité
maximale concerne surtout les vingt premiers.
150: Dans son expérience de terrain, le soigneur belge Willy Voet comptabilise qu’un
coureur adepte de l’ÉPO en consomme 100 à 150 doses par an.
165 : L’EPO est une glycoprotéine constituée d’une chaîne de 165 acides aminés. Ils représentent
60 % de la molécule.
168 : C’est le prix officiel en euros d’une boîte d’ÉPO (NeoRecormon 2000 avec 6 seringues).
234 : C’est le nombre de doses d’ÉPO saisies le 8 juillet 1998 dans le coffre de la voiture de
Willy Voet lorsqu’il s’est fait intercepter par les douaniers à la frontière franco-belge.
1989: L’EPO fait son apparition sur la liste des substances interdites. En juin, elle figure
dans la mise à jour publiée par le secrétariat d’État de la Jeunesse et des Sports. Dix mois
plus tard, en avril 1990, elle est prohibée par le CIO.
2000: C’est le prix officiel, en francs, d’une boîte d’ÉPO de 6 ampoules (Eprex 4000) en
1999 (305 euros).
2 millions : En situation physiologique, la masse des globules rouges est maintenue à un
niveau constant grâce à l’équilibre entre leur formation et leur destruction, soit 2 à
3 millions par seconde.
Effets allégués et recherchés par les sportifs et leur entourage médico-technique
(théoriques, empiriques et scientifiques)
—A ugmenter la concentration du nombre des globules rouges et, théoriquement,
accroître la capacité de transport de l’oxygène. Il a été noté une majoration de 10 % de
l’hématocrite après trois semaines de « traitement ».
— Améliorer l’endurance et raccourcir le temps d’adaptation aux stages et compétitions en
altitude.
Spécialités sportives les plus concernées (témoignages)
—A lpinisme.
—A thlétisme : demi-fond (1 000 m, 1 500 m, mile anglais), fond (3 000 m, 5 000 m,
10 000 m) et grand fond (marathon) +++.
—C yclisme sur route (surtout étapes de montagne) +++.
—F ootball.
—N atation.
—R ugby.
— Ski de fond +++.
Principales affaires (extraits de presse)
1912 — Historique — Dr Barret (France) : l’auto avant l’ÉPO
Récit et commentaires du Dr Jean-Pierre de
Mondenard : « En 1912, un praticien du sport,
le Dr Barret, publiait un ouvrage intitulé
Conseils du Docteur sportif (Nilsson). Il y était
déjà question d’améliorer l’oxygénation du
sang. On n’y parlait pas encore d’élythropoïétine
— bien que l’hormone soit déjà connue à
l’époque sous sa désignation d’hémopoïétine —
mais des vertus d’une petite promenade en
automobile. “Les effets psychophysiologiques
de la pratique automobile ont pour corrélatifs
des effets thérapeutiques évidents chez l’homme
normal, écrit le docteur Barret. On remarque
notamment ‘une forte augmentation des hématies,
c’est-à-dire des globules rouges du sang,
parallèlement à une élévation du taux de
1987 — Effets ergogéniques — Altitude :
« Plusieurs biologistes ont montré que l’altitude
provoquait une fabrication accrue d’une
hormone — l’érythropoïétine — entraînant une
production accélérée de globules rouges. Or, les
globules rouges sont les véhicules de l’oxygène
dans l’organisme. On imagine l’intérêt pour un
coureur de fond, par exemple, de disposer d’un
l’hémoglobine. De telle sorte que l’auto à vitesse
modérée constitue un traitement de choix pour
l’anémie.” »
de MONDENARD J.P. Sur le front du dopage Sport et
Vie, 1998, n° 49, septembre-octobre, 29-33 (32).
un dopant « naturel » indétectable
moyen accru de stockage d’oxygène. Si un
athlète, à la fin d’un séjour en altitude, se fait un
prélèvement sanguin pour se réinjecter plus
tard, quand il est au niveau de la mer, le sérum
bourré d’érythropoïétine, il disposera alors d’un
dopant “naturel” indétectable. »
L’Express Aujourd’hui, 15.05 au 19.06.1987.
1988 — Jeux olympiques — Dr Henry Mandin (Canada) : censée disparaître
en quelques heures
« Le Calgary Herald a révélé mercredi 17 février
qu’un médicament expérimental, l’érythropoïétine,
testé dans un hôpital de la ville, pourrait
révolutionner le dopage. L’tP0 permettrait
d’obtenir les mêmes résultats que le “blood
doping” (accroître la capacité de stockage
d’oxygène dans le sang) sans qu’il soit nécessaire
d’avoir recours à la transfusion sanguine.
De plus, toute trace de ce produit est censée
disparaître de l’organisme en quelques heures.
Le docteur Henry Mandin (faculté de
médecine de l’université de Calgary, état
d’Alberta au Canada) qui a bien choisi son
moment pour faire sa révélation, a quand
même tenu à faire savoir aux délégations
intéressées que la pharmacie de l’hôpital
était probablement la place la mieux gardée
de l’hôpital. Donc, pas d’EPO pour ces
Jeux-ci. »
Libération, 19.02.1988.
1988 — Réglementation — CIO : la Commission médicale enquête !
(1) Récit du journaliste Llibert Tarrago : « Le
CIO effectue aujourd’hui des recherches sur
une hormone naturelle produite artificiellement :
l’érythropoïétine. Une hormone susceptible de
produire des effets similaires à ceux des transfusions
sanguines, un procédé illicite qui améliore
les performances d’un athlète. “Nous connaissons
ce produit depuis longtemps mais il n’existe
encore aucune méthode de détection fiable à
100 %, déclare Mme Michèle Verdier, porteparole
du CIO. Il est donc encore impossible de
la mettre sur la liste des substances interdites.”
Selon le docteur Bruce Challis, principal
responsable médical du Comité d’organisation
des Jeux de Calgary (000-88), la Commission
médicale du CIO pourrait statuer sur l’EPO
avant la fin des Jeux d’hiver. Le 28 février
seulement !
D’après les spécialistes, l’EPO produirait des
effets similaires à ceux des transfusions
sanguines, interdites par le CIO mais encore
impossibles à détecter. »
TARRAGO L. Le serpent de mer. L’Équipe, 19.02.1988.
(2) « La Commission médicale du CIO va
enquêter sur l’existence d’un nouveau produit :
l’érythropoïétine (hormone favorisant la fabrication
des globules rouges) qui, pour l’instant,
n’est pas sur la liste interdite, mais pourrait
avoir l’effet “suractivant” de la transfusion
sanguine. »
L’Équipe, 20.02.1988.
Commentaires (NDLA) : Alors que l’EPO est officiellement sur la liste depuis avril 1990,
les laboratoires, en avril 1996, sont toujours incapables de détecter un apport exogène.
1989 — Effets ergogéniques — Dr 8j6rn Ekblom (Suède) : un bonus de 10 %
(1) Commentaires du Dr Bjorn Ekblom, professeur
d’éducation physique, Karolinska Institute,
Stockholm, Suède : « En matière de dopage,
l’ÉPO est la dernière trouvaille. Il s’agit d’une
hormone naturelle, qui porte le nom compliqué
d’érythropoïétine et qu’on peut fabriquer de
façon synthétique. Elle fabrique les globules
rouges et par voie de conséquence facilite le
transport de l’oxygène dans le sang et aurait
donc les mêmes effets que les transfusions ou
autotransfusions sanguines. Le Dr suédois
Bjorn Ekblom, qui l’a expérimentée avec une
dizaine d’athlètes, estime qu’elle améliore
l’endurance de 10 %. Commentaire d’un de ces
athlètes : “J’avais l’impression d’avoir un turbo”.
Autres “avantages”, si l’on peut dire, de ce
dernier cri du dopage : l’EPO disparaît rapidement
alors que ses effets durent, et on ne peut la
détecter qu’en effectuant une prise de sang. Il
paraît que des athlètes l’auraient déjà utilisée aux
Jeux olympiques de Séoul en 1988. Seuls
inconvénients : on ne connaît pas les effets
secondaires, qui peuvent être dangereux, et une
dose (NDLA : probablement une cure car une seule injection n’a que peu d’intérêt) coûte
environ 3 000 dollars (2 750 euros), jusqu’à
15 000 dollars (13 720 euros) au marché noir. »
VO2 Magazine, 1990, n° 10, janvier, 7.
(2) « L’érythropoiétirie est testée comme dopant
chez les sportifs. Cette hormone impliquée dans
l’érythrogenèse fait actuellement l’objet d’une
expérimentation chez des sportifs suédois de
haut niveau. Palmgren, un des piliers de
l’équipe suédoise de ski de fond affirme que
l’érythropoïétine améliore significativement ses
performances, notamment en endurance. Il a
reçu 18 injections d’érythropoïétine six
semaines avant de courir le marathon de Stockholm.
Il affirme avoir eu l’impression d’être
propulsé par un système turbo, notamment sur
des terrains ascendants. Le Pr Bjorn Ekblom,
qui dirige cette étude auprès de sept autres
1990 — Cyclisme — Pays-Bas : la Fédérat
(1) Texte du journaliste Laurent Liscia :
Epogen (érythropoïétine obtenue par génie
génétique), d’ores et déjà l’un des grands succès
de l’industrie biotechnologique, est une bénédiction
pour les patients anémiques à qui on
l’administre, mais une malédiction pour les
quelques cyclistes hollandais qui l’auraient
utilisé comme dopant. Selon le Comité international
olympique, ils en seraient morts. Alors
que l’érythropoïétine est utilisée en thérapeutique
avec de bons résultats, on suppose que,
administrée à un athlète sain, elle améliorerait la
performance en stimulant brièvement les capacités
respiratoires. “Malheureusement, explique
le Pr Thomas H. Murray, du Comité olympique
américain contre les dopants, le sang de l’athlète
va s’en retrouver épaissi. Le coeur va devoir
travailler beaucoup plus dur et l’athlète court le
risque d’un accident cardiaque. Les cyclistes
hollandais sont tous morts d’un arrêt du coeur
alors qu’ils étaient très entraînés, tout à fait
habitués à l’effort… très bizarre et on ne peut
s’empêcher de penser qu’Epogen est responsable”.
Responsabilité qui reste particulièrement
difficile à déterminer. Selon Daniel
Vatnek, chercheur à Amgen — la société productrice
d’Epogen — “en l’état actuel de la science,
vous ne pouvez pas détecter notre molécule,
parce qu’elle imite parfaitement le comportement
d’EPO. Ou plutôt si, vous pouvez vous
rendre compte que quelqu’un est en train de se
doper à l’Epogen si vous lui faites des analyses
de sang quotidiennes pendant les six mois qui
précèdent la compétition. Pas très pratique.
Aussi, il existe un test qui permet de déterminer,
à l’instant T ce niveau d’EPO mais comme ce
niveau varie en permanence, le test ne veut pas
dire grand-chose.”
Le dopage à l’Epogen est une variation récente
sur un thème plus ancien qui consistait, pour
l’athlète, à se faire prélever du sang quelques
mois avant la compétition puis à se faire injecter
athlètes suédois, estime à 10 % l’aug-mentation
de leur endurance à la fin du test. L’érythropoïétine
augmente la réserve en oxygène du
sang. Cette hormone, qui disparaît de l’organisme
au bout de quelques heures, ne laissera
aucune trace détectable, en dehors d’une
augmentation des globules rouges pendant des
mois. Paradoxalement, Palmgren, qui est un
opposant à l’utilisation de dopants, déclare qu’il
participe à cette expérimentation pour que
l’érythropoïétine soit interdite aux athlètes.
Le Comité international olympique expérimente,
lui aussi, l’érythropoïétine. Pour l’instant,
Palmgren pense qu’aucun athlète n’utilise
l’érythropoïétine, notamment en raison de son
coût : une dose au marché noir revient à
environ 15 000 dollars ! (13 720 euros). »
Le Quotidien du Médecin, 07.11.1989.
ion enquête sur des morts suspectes
le sang prélevé. Pratique interdite par le CIO au
milieu des années quatre-vingt à cause des
risques cardiaques qu’elle entraînait. “Avec
Epogen, vous pouvez doper votre sang sans
transfusion” déclare le Pr Thomas H. Murray.
Faut-il pour autant interdire la molécule de
synthèse ? “Epogen a fait des miracles pour une
centaine de milliers d’anémiques, proteste
Daniel Vatnek, vous avez des gens grabataires
qui ont enfin pu quitter le lit et mener une vie
sociale normale. Et vous voudriez qu’on l’interdise
parce que certains se dopent avec ? Autant
interdire les euphorisants !” Dans un communiqué
officiel, le CIO déclare n’avoir rien contre
Epogen en soi mais vouloir mener campagne
contre “l’utilisation abusive de la substance”. »
LISCIA L. Cri d’alarme aux États-Unis : le dopage à
l’Epogen fait des ravages chez les cyclistes.
Le Quotidien du Médecin, 28.05.1990.
(2) Récit de la journaliste scientifique Michèle
Douek : « L’grythropoiétine recombinante
humaine, médicament développé grâce au
génie génétique depuis 1985, est utilisée dans le
traitement des anémies des insuffisants rénaux
chroniques. Comme le rappelle le Dr Allan
J. Ersley dans un article du New England Journal
of Medicine du 9 mai, cette thérapeutique
permet, à un prix raisonnable, de restaurer un
hématocrite normal, d’éviter les transfusions
et d’améliorer sensiblement la qualité de vie
des patients. Chez les patients souffrant d’une
anémie d’origine non rénale, le dosage de
l’érythropoïétine endogène permet de connaître
ceux qui en sont justiciables.
Les propriétés de l’érythropoïétine, capable
d’augmenter le nombre de globules rouges et
donc le transport d’oxygène, l’ont faite
adopter par des sportifs de haut niveau, en
vue d’améliorer leurs performances.
D’autant qu’en raison de son caractère
naturel, le médicament n’est pas détectable
par les tests antidopage L’augmentation du nombre de globules rouges
s’accompagne cependant d’une élévation de la
viscosité sanguine, surtout au décours d’un
effort prolongé ayant entraîné une déshydratation.
Comme le souligne le Dr Ersley, la prise
d’érythropoïétine par les athlètes n’est pas
seulement dommageable pour la fonction
musculaire, mais elle “peut être responsable de
thromboses mortelles”.
En 1987, 5 coureurs cyclistes néerlandais sont
décédés subitement ; en 1988, un Belge et deux
Néerlandais ; en 1989, 5 autres Néerlandais ; en
1990, 3 Belges et 2 Néerlandais. L’un d’eux,
Johannes Draaijer, un coureur de 27 ans, qui a
terminé 130e dans le Tour de France 1989, est
décédé d’un arrêt cardiaque en février 1990
après une course en Italie. Une autopsie pratiquée
alors, n’avait pas clairement établi la cause
de la mort, mais son épouse avait déclaré espérer
que sa mort servirait d’avertissement pour tous
les autres coureurs prenant ce médicament.
L’entraîneur de l’équipe cycliste des États-Unis
a récemment déclaré : “Il faut que les coureurs
cyclistes sachent que l’érythropoïétine améliore
leur capacité physique, mais qu’elle peut
également les tuer”. »
DOUEK M. L’étythropdfetine, responsable du décès
de dix-huit coureurs cyclistes. Impact médecin
quotidien, n° 58, 22.05.1991.
(3) o “Les morts en série de cyclistes hollandais
avaient été imputées à tort à l’utilisation
d’érythropoïétine, une hormone qui multiplie
le nombre de globules rouges”, a déclaré samedi
22 février le Dr Manfred Donike. Une enquête
de la Fédération hollandaise de cyclisme, qui a
commandé une étude sur la question, affirme
que l’érythropoïétine n’est pour rien dans cette
affaire. »
L’Équipe, 24.02.1992.
1993 — Cyclisme — Festina : les débuts du « soutien biologique » organisé…
sous contrôle médical
Attendus du jugement de l’affaire Festina du
Tour de France 1998: « Au cours de la même
période, se produit un enchaînement qui
conduit Bruno Roussel (directeur sportif de
l’équipe Festina) à accepter la mise en place
d’un système de dopage organisé, sous contrôle
médical, au sein de la nouvelle équipe Festina.
Au cours du Tour d’Italie de mai-juin 1993, les
dirigeants de la société Festina avaient eu vent,
selon Bruno Roussel et Willy Voet (le soigneur)
de 1′”embauche” du directeur sportif de
l’équipe Jan Gisbers, par l’équipe Banesto dont
le chef de file se trouvait être le champion espagnol
Miguel Indurain ; ce terme d'”embauche”
signifie que, moyennant subsides, Jan Gisbers
aurait accepté de mettre les coureurs de son
équipe au service de l’équipe concurrente, la
Banesto ; il se voit en conséquence écarté par les
dirigeants de Festina qui nomment à sa place
Bruno Roussel auquel ils demandent de créer,
ce qui sera fait le 1′ janvier 1994, une société
autonome par rapport à la société Festina qui en
restera le principal parrain, la société Prosport,
établie à Andorre et qui exploitera le groupe
sportif sous le nom de Festina.
Aussitôt après sa nomination, Bruno Roussel qui
s’était comporté comme un adepte de la préparation
naturelle des coureurs cyclistes, s’est, selon
lui, vu proposer par Eric Rijckaert auquel il
s’était étonné de l’importance des médicaments
destinés aux coureurs, le choix du dopage.
Bruno Roussel, qui avait alors la possibilité de
refuser ce choix — ce qui aurait entraîné probablement
la renonciation à ses fonctions — ne l’a
pas fait et a accepté de prendre la direction du
système de dopage de l’équipe. Selon Willy
Voet, les coureurs de l’équipe qui n’avaient pas
encore utilisé d’ÉPO, se montraient impatients
d’y avoir recours quelques jours avant le départ
du Tour de France 1993, la raison devait en être,
notamment, que des coureurs dans d’autres
équipes s’administraient déjà cette substance, ce
que confirmeront les prélèvements d’urine effectués
pendant l’épreuve. L’avant-veille du départ,
Bruno Roussel annonce aux coureurs que les
doses d’EPO arriveront le lendemain par avion,
ce qui fut le cas. Pendant le Tour de France 1993,
ils eurent droit à une dose de 2 000 unités par
jour puis à une dose tous les deux jours jusqu’à
une semaine de la fin de la course. Les résultats
furent mitigés. Si Richard Virenque obtint son
premier titre de meilleur grimpeur (NDLA : en
réalité Tony Rominger) et Pascal Lino une victoire
d’étape, le premier coureur de l’équipe Festina
au classement général, Jean-Philippe Dojwa, ne
devait y figurer qu’à la quinzième place. L’explication
tient au fait que la “cure” d’EPO n’a pu
commencer que tardivement pour cette équipe,
après le départ du Tour de France seulement,
tandis que d’autres équipes avaient pu, très
certainement, anticiper leur “préparation”. La
preuve de l’extension de l’usage de l’EPO à plusieurs
équipes résulte des termes d’un courrier
adressé le 22 septembre 1993 par l’Union cycliste
internationale aux fédérations nationales et
aux directeurs sportifs : “Depuis quelque temps
déjà…, le cyclisme est en ébullition depuis
l’apparition dans les urines, lors de contrôles
antidopage, de l’érythropoïétine, hormone
peptidique produite par les reins et considérée
comme substance dopante”. Il est évident que si
l’utilisation de l’EPO avait été circonscrite aux
seuls coureurs de l’équipe Festina, le terme
d’ébullition” n’aurait pas été employé et un
courrier adressé à toutes les fédérations nationales
et tous les directeurs sportifs. »
Tribunal de Grande Instance .de Lille : jugement
correctionnel du 22.12.2000, 108 (32-33).

mutation génétique conduisant à une
sensibilité accrue à l’érythropoïétine a été observée
dans une famille dont l’un des membres est
champion olympique. C’est l’histoire vraie
rapportée dans la revue Nature Genetics de juin
par le Dr G.D. Longmore (Washington University
School of Medicine, Saint-Louis). L’erythropoiétine
est le principal facteur de croissance des
cellules souche érythroblastiques. Ce facteur est
administré avec succès aux patients anémiques
(insuffisance rénale chronique, sida, insuffisance
médullaire post-chimiothérapique, etc.),
évitant ainsi les transfusions répétées. Il a même
été proposé tout récemment comme un moyen
de limiter les transfusions lors d’une intervention
chirurgicale.
1994 — Cyclisme — Italie : la rumeur sur le podium
Cependant, certains sportifs l’utilisent comme
dopant pour augmenter leur capacité de transport
de l’oxygène. Cela est bien sûr interdit par
les règlements des compétitions. Aussi quoi
de plus vexant que de constater qu’un champion
olympique de ski de fond possède une
Mutation génétique qui lui fournit une sensibilité
accrue à l’érythropoïétine et donc un
hématocrite discrètement et spontanément
élevé ! Cette augmentation de sensibilité lui
vient d’une anomalie du gène du récepteur
l’érythropoïétine, dont l’une des fonctions est
de contrôler l’action de ce facteur de
croissance. »
Impact médecin quotidien, 02.06.1993.
« Le 21 avril, soit au lendemain de l’extraordinaire
triplé réussi par ses coureurs (1. Argentin,
2. Furlan, 3. Berzin) dans la Flèche Wallonne, le
docteur Michele Ferrari (Italie) effectue des
déclarations stupéfiantes sur le sujet brûlant du
dopage, qui provoquent, quelques jours plus
tard, son licenciement de l’équipe Gewiss.
Morceaux choisis d’une interview donnée
L’Équipe : “Tous les produits qui ne sont pas
interdits par le règlement sont donc autorisés. Si
j’étais coureur et si je connaissais l’existence
d’un produit non détectable et capable d’augmenter
la performance, je l’utiliserais… L’ÉPO
n’est pas dangereuse, c’est son abus qui l’est. Il
est aussi dangereux de boire 10 L de jus
d’orange. Si un coureur l’utilise, cela ne me
scandalise pas…”
Lorsque le 27 mars, à l’issue de la Flèche Brabançonne,
le Belge Edwig Van Hooydonck laisse
entendre, sans apporter la moindre preuve, que
les coureurs italiens se dopent avec de l’t,PO, ses
propos, rapportés dans des journaux de son
pays, font resurgir aux Pays-Bas, le spectre d’un
drame survenu quatre ans plus tôt. Au petit
matin du 27 février 1990, le coureur professionnel
néerlandais Johannes Draaijer décède, à
27 ans : “Il a pris de l’érythropoïétine” révèle sa
veuve. Au total, 17 autres Belges et Hollandais
amateurs et professionnels connaissent une
mort “subite et précoce” d’après les multiples
examens du coeur qui ont été pratiqués […]
Au nom de l’association des coureurs italiens,
Davide Cassani menace : “Nous allons intenter
un procès à tous ceux qui mettront nos performances
en doute sans aucune preuve, qu’ils
soient coureurs ou journalistes. Si Van Hooydonck
persiste, il devra nous le dire en face et
devant témoins.” »
GATELIER J.L. Le livre d’or du cyclisme 1994. Solar,
Paris, 1994, 143 (45).
1994 — Langue de bois — Hein Verbruggen (Pays-Bas) : des affirmations
malveillantes et irresponsables
« Hein Verbruggen, président de l’Union cycliste
internationale (UCI), s’est insurgé contre les
rumeurs de dopage à propos de l’impressionnante
série de succès des coureurs italiens dans
une lettre ouverte adressée samedi à la presse,
rumeurs selon lesquelles ces coureurs devraient
leurs résultats à l’utilisation de l’EPO (abréviation
d’érythropoïétine). “Au cours des derniers
jours, ces insinuations ont pris une ampleur
inadmissible. […I En tant que président de
l’UCI, je me sens obligé d’y réagir”, affirme
Verbruggen.
“Sans la moindre preuve tangible et sur la
simple base de quelques vagues on-dit et déclarations
sorties de leur contexte, le sport cycliste
en général et le cyclisme italien en particulier
font l’objet d’affirmations malveillantes et totalement
irresponsables rapportées par certains
journalistes qui bien souvent d’ailleurs, se
rétractent par la suite”, estime Hein Verbruggen
qui parle aussi de prises de position de médecins,
“insensées et non fondées comme par
exemple le fait qu’il appartient aux coureurs
italiens de prouver leur innocence. [.. 1 Il est
d’ailleurs risible de devoir supposer que l’utilisation
d’un produit bien déterminé, disponible
dans de nombreux pays, soit uniquement
limitée à la population sportive d’une seule
nation.” »
L’Équipe, 04.04.1994.
Commentaires (NDLA) : On est habitué à ce genre de discours. Avant le président de
l’UCI, l’Allemagne de l’Est vilipendait ceux qui doutaient du naturel des performances
des athlètes au maillot gris et mettait en avant l’idéologie socialiste pour expliquer leur
razzia des podiums. Après la chute du mur de Berlin, les Chinois ont repris le témoin de
ÉRYTHROPOUTINE (ÉPO)
1996 — Cyclisme — Yvan Cali (France) : main basse sur quatre pharmacies
d’hôpitaux
« Yvan Cali, un coureur cycliste de 21 ans, arrêté Licencié au VC Riom en 1995, et portant depuis
mardi par les policiers de Riom, a reconnu les cette année les couleurs du CO chamaliérois,
casses des pharmacies de quatre hôpitaux. Il Yvan Cali a non seulement avoué le casse du
avait amassé un impressionnant “trésor de CHU de Clermont-Ferrand, mais aussi trois
guerre” composé principalement de produits autres commis durant l’hiver dans des hôpitaux
dopants. Remis en liberté sous contrôle judi- de Sabourin (quartiers nord de Clermontciaire,
ce jeune homme risque deux ans de Ferrand), de Riom et d’Annonay, dans
prison au regard de la loi de 1989 relative aux l’Ardèche. Ce sont les soupçons d’une pharmaaffaires
de dopage. cienne du centre-ville de Riom qui ont permis
Lors de sa divulgation dans nos colonnes, le aux policiers d’arrêter, mardi vers 10 heures, ce
le ` août dernier, l’affaire du vol de substances jeune homme qui s’était présenté avec une
dopantes — notamment d’ampoules d’érythro- ordonnance volée et falsifiée. Installé dans la cité
po étire de synthèse — au CHU de Clermont- riomoise depuis deux ans, Yvan Cali a tout de
Ferrand lors de l’hiver dernier, avait créé un suite reconnu l’ensemble des faits : les casses des
émoi. Les soupçons s’étaient presque naturelle- quatre hôpitaux, ainsi que le vol et la falsificament,
malheureusement, tournés vers le milieu tion d’ordonnances médicales.
sportif. Employé pour traiter l’anémie chez les Ayant subi de nombreux examens et traitements
patients souffrant de graves atteintes rénales et dans ces différents établissements, il avait utilisé
chez les dialysés, l’ÉPO est censé stimulé la sa bonne connaissance des lieux pour commettre
synthèse des globules rouges, donc l’oxygéna- ces vols avec effraction. À son domicile de la rue
tion des muscles. Ces propriétés expliquent que de la Harpe, les enquêteurs ont retrouvé des
des sportifs de haut niveau (cyclistes, maratho- quantités très importantes de médicaments. De
niens et skieurs de fond, notamment) soient plus, Yvan Cali s’était procuré la liste complète
tentés de l’adopter pour améliorer leurs perfor- des produits interdits et… indétectables […]
mances. Bien évidemment interdite par le La grande interrogation est de savoir à quoi et à
Comité international olympique, cette subs- qui Yvan Cali destinait son impressionnant
tance possède la particularité d’être, comme stock de médicaments. Jusqu’à présent, il a
l’hormone de croissance et la cortisone, quasi- déclaré qu’il les réservait à son usage personnel.
ment indécelable par les tests classiques. Il aurait même avoué se faire une piqûre par
Dans l’affaire du CHU de Clermont-Ferrand, il jour. Y avait-il un réseau derrière lui ? Alis’avère
aujourd’hui que la piste sportive était la mentait-il en substances dopantes d’autres
bonne. Les fonctionnaires du commissariat de coureurs ? Ou comptait-il le faire ? Il est encore
police de Riom ont, en effet, interpellé mardi trop tôt pour le savoir. »
matin un coureur cycliste amateur de 21 ans. La Montagne, 09.08.1996.
1997 — Cyclisme — Erwann Menthéour (France) : 57 %, une catastrophe
Paris-Nice — « Le samedi soir, Jeff d’Hont, le
soigneur belge de l’équipe, vérifia mon taux
hématocrite : 57 ! Une catastrophe. Pour le
faire baisser, il m’administra de 1’ACTH, censé
provoquer de la rétention d’eau. Il semblait
parfaitement maître du processus.
Le dimanche matin, Marc est entré en trombe
dansla chambre que je partageais avec Franck
Bouyer :
— Putain, menthe-à-l’eau, on a tiré le gros lot,
t’es au contrôle !
Panique à bord. Il restait une heure avant de me
présenter devant ces nouveaux commissaires,
déjà baptisés “les vampires”.
Jeff d’Hont me fit une perfusion d’eau glucosée,
tandis que le médecin de l’équipe, Massimo
Testa, m’enlevait du sang, afin de le diluer au
maximum. Manoeuvre inutile, comme je l’ai
appris par la suite, car la rate le redistribue
aussitôt. Marc Madiot venait de temps en temps
surveiller les opérations. Je suis parti au contrôle
relativement serein. Je n’aurais pas dû. Résultat
sans appel : 58 %.
Théoriquement, j’écopais d’une suspension de
quinze jours, comme deux autres coureurs
italiens, Antonio Santaromita et Luca
Colombo. Mais, sous la pression du directeur
sportif d’Once, Manolo Saiz, farouchement
opposé aux contrôles, les dirigeants de l’UCI
ont lâché du lest. Nous avons été autorisés à
courir le prologue.
Sur le parcours de reconnaissance, j’ai réalisé un
des dix meilleurs temps. Je me sentais rassuré.
Glacial, Marc m’a calmé tout de suite :
— Cet après-midi, je ne veux pas te voir dans
les quarante premiers, compris ?
Le soir, après une réunion avec les autres directeurs
sportifs, il m’a porté le coup de grâce :
— Fais tes valises. Je t’emmène à la gare.
— Pour aller où ?
— Tu rentres à Brest.
— Pas question. Je reste ici. Je veux parler aux
journalistes.
Le lendemain, malgré son amitié pour les
Madiot, Mabuse (Bernard Sainz) vint à mon
secours. Il me rejoignit à Vendôme, où était
donné le départ de la première étape.
— Pourquoi tu ne m’as pas appelé avant de te
présenter au contrôle ? Tiens, bois ça.
Il m’a servi un grand verre d’eau dans lequel il
avait versé trois cuillerées à soupe de sel, ainsi
que le contenu d’une de ses fioles miraculeuses.
Puis, accompagnés d’un huissier, nous nous
sommes rendus dans un laboratoire d’analyses.
Mon hématocrite était tombé à 47,7 % !
“Comme vous avez pu le lire dans L’Équipe, aije
expliqué aux journalistes, j’étais parmi les
favoris. J’ai été victime d’une grave diarrhée qui
a provoqué des pertes hydriques importantes, et
il en est résulté une hémoconcentration qui a
fait grimper mon taux de manière significative.
On m’a traité de dopé. C’est un sérieux préjudice
moral et sportif Je n’ai aucune autre
déclaration à faire.”
Il y avait plusieurs vices de forme dans le
contrôle que j’avais subi à Paris, suffisam-ment
pour entamer une procédure à l’encon-tre de
l’UCI, mais Madiot ne voulait rien savoir. J’avais
entaché le lancement de La Française des Jeux, et
ce scandale faisait de moi un paria. »
MENTHEOUR E. Secret défonce. Ma vérité sur le dopage.
J.C. Lattés, Paris, 1999, 188 (144-145).
1997 — Effets secondaires — Gilles Delion (France) : histoire de ne pas mourir
dans la nuit
« Lors d’une interview accordée au journal
de 13 heures de France 2, le 27 octobre
dernier, Gilles Delion s’est longuement
épanché sur l’ÉPO, la substance dopante à la
mode dans le peloton. Après avoir révélé que
son usage était répandu chez les professionnels
depuis 2 à 3 ans, il a précisé que : “Les
coureurs se trahissaient en prenant de l’aspirine
chaque soir, de manière à liquéfier le
sang, histoire de ne pas mourir dans la
nuit”!»
de MONDENARD J.P. Sur le front du dopage : trahis
par leurs complexes. Sport et Vie, 1997, n° 40,
janvier-février, 28-33 (31).
1998 — Pharmacie — Espagne : en vente libre
« L’érythropoïétine,le produit dopant à l’origine
des scandales du dernier Tour de France
cycliste, est vendu sans aucune restriction dans
les pharmacies madrilènes, même s’il est officiellement
interdit à la vente en Espagne, a
affirmé hier le quotidien El Pais.
El Pais rapporte qu’un de ses journalistes s’est
présenté dans quatorze pharmacies de la capitale
espagnole pour demander une boîte
d’Eprex, un des noms sous lesquels est commercialisé
l’ÉPO.
Dans dix de ces établissements, où il n’avait pas
fait état de sa qualité de journaliste, le médicament
lui a été remis sans aucune question
après un délai de commande de plusieurs jours.
Les quatre pharmacies restantes, où le représentant
d’El Pais avait mentionné sa qualité de
journaliste, ont refusé de délivrer le médicament
en affirmant qu’il était interdit à la vente
au public, et réservé à l’usage hospitalier pour le
traitement des maladies du rein.
Toujours d’après El Pais, une boîte d’ÉPO,
produit qui favorise la fabrication des globules
rouges, coûte 14 429 pesetas (84 euros), et le
pharmacien touche une marge de 29 %. »
Nice-Matin, 19.10.1998.
1999 — Argent — Société Amgen (États-Unis) : des fioles en or
« Les moyens de la lutte contre le dopage apparaissent
parfois bien futiles en regard des
grandes manoeuvres commerciales. Selon
Impact médecin, la société pharmaceutique
californienne Amgen a réalisé l’an dernier
un chiffre d’affaires de 1,38 milliards de
dollars rien qu’avec l’ÉPO. En l’an 2000, le
médicament devrait brasser un marché de
4 milliards de dollars et passer à la deuxième
place des produits les plus prescrits dans le
monde. »
de MONDENARD J.P. Sur le front du dopage : globules
pour tous. Sport et Vie, 1999, n° 55, juilletaoût,
60-65 (61).
1999 — Cyclisme — Marco Pantani (Italie) : l’Ht joue au yoyo
Commentaires du Dr Jean-Pierre de Mondenard
: « La disqualification de Marco Pantani à
quelques jours de la fin du Tour d’Italie repose
évidemment la question de la fiabilité du test
d’hématocrite. Le Belge Walter Godefroot,
directeur sportif de Jan Ullrich et Bjarne Riis,
critiquait le côté aléatoire de la mesure. “Les
médecins prétendent que pour 10 % des gens, le
taux moyen dépasse les 50 % !” Effectivement.
Ce test, très fréquent en médecine de ville,
donne des résultats entre 42 et 54 %. Pour mon
propre compte, il m’est parfois arrivé
d’atteindre 51 % et je n’ai jamais consommé
d’ÉPO ! Sur le plan théorique, Pantani et les
autres coureurs mis au repos forcé, pourraient
bien être victimes d’une injustice. D’autant que
les paramètres qui influent sur l’hématocrite ne
sont pas totalement cernés : l’effort, la chaleur,
la déshydratation, l’altitude, le stress, l’alimentation
ou encore la fatigue jouent sûrement un passer d’un hématociite de 42 à 43 % au départ
d’une étape de montagne ensoleillée, à des
valeurs proches de 55 % à l’arrivée, et cela de
façon tout à fait naturelle. Rappelons que le jour
de son contrôle, Marco Pantani avait dix-neuf
étapes dans les jambes et, surtout dans les
derniers jours, une accumulation de difficultés
avec une étape contre-la-montre et un enchaînement
de cols dont certains dépassaient les
2 000 m. Avec un tel programme, rien ne
prouve que ses hématocrites divergeant du
4 juin au soir (46 % à titre privé), du lendemain
matin pour le compte de l’UCI (52 %), et du
lendemain soir à Imola (48 %) soient forcément
le fruit de manipulations. D’un autre côté,
on sait que la valeur de l’hématocrite a plutôt
tendance à baisser chez l’homme en forme, en
raison d’une augmentation du volume sanguin.
Et Pantani devait manifestement l’être si l’on
tient compte de ses exploits de la semaine
précédente. A l’issue d’une réunion d’experts
internationaux en hématologie, organisée par la
Fédération française de cyclisme, le professeur
Michel Audran, du laboratoire de biophysique
de la faculté de pharmacie de Montpellier, a
même proposé un abaissement du seuil
d’hématocrite à 47 % le matin à jeun. Il se
repose sur les conclusions d’une étude australienne
qui constatait une diminution de l’hématocrite
de 46 à 42 % chez des coureurs amateurs
lors d’une course à étapes d’une semaine. Or
chez les coureurs de plus haut niveau l’hématocrite
moyen se situe plus bas encore, aux alentours
de 44-45 %. Un taux de 47 %, le matin à
jeun, apparaît dès lors tout à fait pertinent.
Avouez que toutes ces informations contradictoires
ont de quoi perturber le public et les
coureurs. En clair, on ne sait toujours pas
comment se comporte l’hématocrite du
coureur professionnel après trois semaines
d’une épreuve intensive. A ma connaissance,
aucune étude scientifique n’a encore été menée
là-dessus. Comme pour la nandrolone, on
manque encore de données élémentaires de
compréhension. La lutte contre le dopage ne
peut plus s’imaginer sans une activité intense de
recherche scientifique. On a trop vu par le passé
des convictions servir d’arguments. »
de MONDENARD J.P. Sur le front du dopage : le sang
joue au yoyo. Sport et Vie, 1999, n° 55, juilletaoût,
60-65 (64).
1999 — Football — Dr Michel D’Hooghe (Belgique) : présente à la Coupe du monde
0 Michel D’Hooghe, président de la Commission
médicale de la FIFA et président de la Fédération
belge de football, s’est dit persuadé que
“certains avaient eu recours à l’EPO durant la
Coupe du monde de football 98”, dans une
interview publiée jeudi 4 février par le journal
belge néerlandophone De Morgen : “Les
contrôles effectués durant la Coupe du monde
ont tous été négatifs en ce qui concerne l’utilisation
de stéroïdes anabolisants. Mais rien ne dit
que certains joueurs n’ont pas eu recours à des
produits que ces contrôles ne pouvaient pas
déceler, comme l’EPO, a-t-il affirmé. J’ai
même l’intime conviction que l’EPO était bien
présente lors de cette Coupe du monde. Je n’ai
aucune preuve, je ne peux donc accuser
personne. Mais quand j’analyse les difficultés de
récupération qu’ont rencontrées les joueurs de
l’équipe nationale belge et que je compare cela
à la fraîcheur de certains de nos adversaires,
je me pose des questions”, poursuit Michel
D’Hooghe.
La Belgique n’a pas brillé lors de la Coupe du
monde en France. Les Diables Rouges ont fait
trois fois match nul, contre les Pays-Bas, le
Mexique et la Corée du Sud, et n’ont pas franchi
le cap du premier tour. »
Agence France-Presse, 04.02.1999.
2000 — Cyclisme — Langue de bois : le bal des innocents
Commentaires du Dr Jean-Pierre de Mondenard
: « Même si le procès Festina n’a rien
dévoilé de fondamentalement neuf, chacun se
présentant comme une victime du système, il
était amusant de suivre à la barre les atermoiements
des trois principaux dirigeants du
cyclisme : le président de l’UCI, celui de la Fédération
française et le Directeur du Tour de
France. Surtout à la question : “Quand avezvous
pris conscience d’un usage d’ÉPO dans le
peloton ?” Pour Jean-Marie Leblanc, la
révélation date de 1994, au soir de la Flèche
Wallonne : “Quand j’ai vu que trois coureurs de
la Gewiss étaient aux trois premières places, j’ai
compris”. Le 2 avril 1999, à la même question
posée par les journalistes de France-Soir, il avait
pourtant déclaré : “J’ai entendu parler de l’EPO
à partir de 1996”. Est-ce le souffle de vérité sur
ce procès qui lui a ouvert les yeux ? “J’ai appris
beaucoup plus sur les pratiques illicites depuis
dix jours qu’au cours des vingt années précédentes”,
disait-il à l’issue des audiences. Surtout
de lui-même ! Évidemment, ce genre d’aveux
passe bien auprès des médias. Un type qui
avoue son ignorance, c’est tellement rare de nos
jours. On en oublierait presque que c’est tout à
fait invraisemblable après 34 ans passés dans le
milieu comme coureur, comme journaliste, et à
présent comme organisateur. Le deuxième
grand témoin, Daniel Baal ne savait pas grandchose
non plus sur des pratiques de son sport. Il
dit avoir découvert l’existence de l’EPO au
cours de l’année 1993 dans la foulée d’une présidence
entamée le 20 février et qui s’arrêtera au
mois de mars 2001. Mais Baal était déjà présent
au comité directeur depuis 1981. Alors fallait-il
vraiment attendre 1993 pour s’apercevoir qu’il le cyclisme ne s’est pas retrouvé gangrené
y avait quelque chose de pourri dans le royaume 90 % au moins par des coureurs qui carburaient
du vélo ? Pour mémoire, rappelons que la aux produits illicites. Notez, c’est la seule façon
Commission médicale du CIO avait tiré un pour lui de survivre au poste. En 1989, il avait
premier signal d’alarme sur l’utilisation de promis : “Si 90 % du peloton se dopait, je ne
l’EPO après les Jeux d’hiver de Calgary en 1988 ! manquerai pas de démissionner sur-le-champ.”
Et que dire du Hollandais Hein Verbruggen qui On dit de ces choses parfois… »
n’a entendu parler du produit qu’en 1994, la de MONDENARD J.P. Sur le front du dopage : le bas
même année que Leblanc et qui est pratique- – des innocents. Sport et Vie, 2001, n° 64, janvierment
le seul aujourd’hui à soutenir encore que février, 52-57 (52).
2000 — Cyclisme — Hématocrite : à la baisse
« La moyenne de l’hématocrite du peloton se évènements du dernier Giro. Elle a souligné
situe à la baisse, selon les chiffres publiés hier qu’il est “normal que les médecins des équipes
par l’Union cycliste internationale. Le taux soient en possession de certains produits intermoyen
est donné à 44,3 soit un chiffre en dimi- dits, vu que le règlement antidopage de l’UCI
nution depuis trois ans (44,7 en 2000, 45,1 en prévoit la distinction entre les substances inter-
1999 et 45,5 en 1998). Par ailleurs, la commis- dites et les substances interdites seulement à
sion antidopage de l’UCI a regretté “les certaines conditions, conformément au code
nombreuses spéculations” qui ont “anticipé les antidopage du CIO et à la loi française.” »
conclusions concrètes de l’enquête” après les L’Équipe, 05.07.2001.
2000 — Dépistage biologique — Dr Bruno de Lignières (France) : le seuil
d’hématocrite à 50 est favorable à la santé…
Commentaires du Dr Jean-Pierre de Mondenard
: « Visiblement, les médecins non sportifs
pataugent un peu lorsqu’il s’agit d’interpréter
l’hématocrite. Prenez le cas de ceux qui ont
soigné Marco Pantani, le 18 octobre 1995, après
qu’il ait été renversé par une jeep à l’arrivée de
Milan-Turin. Lors du bilan préopératoire, ils
disent avoir constaté avec stupeur que le
coureur affichait un hématocrite de 60,1 %.
Dans le contexte actuel, cela sous-entend forcément
que le “Divin chauve” se trouvait sous le
coup d’un traitement à l’érythropoiétine au
moment de son accident. Or, en vérité, ce
chiffre est parfaitement normal. Une course de
207 km entraîne inévitablement une déshydratation
qui peut atteindre plusieurs litres. Bref, il
ne sert à rien de comparer des paramètres entre
les sportifs de haut niveau et les sédentaires.
Bruno de Lignières commet la même erreur
dans son livre lorsqu’il explique que le seuil de
50 % d’hématocrite ne présente aucun danger.
“Dans les services d’hématologie où l’on administre
l’EPO, on surveille comme pour les sportifs,
le fameux hématocrite (le taux de globules
rouges dans le sang). On considère que la limite
à ne pas dépasser est de 56 % et l’on suspend en
général le traitement à partir de 52 %, autrement
dit, au-dessus des 50 % d’hématocrite
fixés pour les cyclistes [ …1 Ce seuil est donc
tout à fait favorable à la santé”.’
Là encore, on ne fait pas la différence entre un
insuffisant rénal, un dialysé et un sportif de haut
niveau. Au repos, on peut largement dépasser la
barre des 50 % sans courir le moindre risque,
c’est vrai. Tandis qu’en course, un hématocrite
gonflé artificiellement expose à des thromboses
et autres accidents vasculaires. Prenons un
dernier exemple hors de la sphère sportive. On
sait que Jean-Paul Sartre consommait chaque
jours environ 20 comprimés d’amphétamines
(Corydrane) pour maintenir sa flamme littéraire.
Seulement il restait assis sur une chaise !
Avec une même dose, un cycliste ou un marathonien
se retrouverait, au mieux, en réanimation
et au pire, à la morgue ! »
de MONDENARD J.P. Sur le front du dopage : chronique
de l’hématocrite. Sport et Vie, 2000, n° 58,
janvier-février, 70-74 (70-71).
2601 — Cyclisme — Riccardo Forconi (Italie) : expérimente la méthode française
« L’Italien Riccardo Forconi, un coéquipier de San Remo. Forconi est le deuxième coureur
Marco Pantani dans l’équipe Mercatone Uno, a positif depuis le départ du Tour d’Italie, le
fait l’objet d’un contrôle antidopage positif à premier grand Tour à appliquer la méthode
l’érythropoïétine dans le Tour d’Italie cycliste, française de détection de l’EPO.

Réglementation
1988 — Liste CIO
La Commission médicale du CIO, en raison de l’utilisation à des fins dopantes de
l’érythropoïétine va enquêter. Pour l’instant, cette hormone fabriquée par le rein n’est pas
interdite par la réglementation en vigueur : « Nous connaissons ce produit depuis longtemps
mais il n’existe encore aucune méthode de détection fiable à 100 % » a déclaré
Michèle Verdier, porte-parole du CIO. « Il est donc encore impossible de l’inscrire sur la
liste des substances proscrites ».
1989 — Listes secrétariat d’État de la Jeunesse et des Sports et CIO
L’érythropoïétine apparaît pour la première fois dans la mise à jour de juin 1989 publiée
par le secrétariat d’État de la Jeunesse et des Sports alors qu’elle n’est pas encore interdite
par le CIO.
1990 — Liste CIO (avril)
L’érythropoïétine est prohibée par le CIO et toutes les réglementations internationales.
Elle figure dans le groupe F des substances interdites : « hormone glycoprotéinique
produite dans le rein humain qui régule, apparemment par rétroaction, la vitesse de
synthèse des érythrocytes ».
1996 — Liste Fédération française de cyclisme (FFC)
Trois responsables du cyclisme français tempêtent contre l’inefficacité chronique des
contrôles à déceler l’EPO. À l’époque, l’image du sport cycliste était fortement écornée par
des témoignages de coureurs et de médecins expliquant que l’usage de l’érythropoïétine
est particulièrement répandu dans le peloton international. Le 18 octobre 1996, ne
voulant plus cautionner le combat stérile des instances sportives et, notamment du
Comité international olympique, trois responsables du cyclisme français : le président de
la FFC, le patron du Tour de France et le président de la Ligue professionnelle adressent
une lettre solennelle à l’État (ministre de la Jeunesse et des Sports) et au pouvoir de tutelle
(UCI), estimant qu’il est impératif de rendre au plus vite toute leur crédibilité aux
contrôles antidopage afin « d’arrêter le développement des pratiques interdites qui représentent
des risques pour la santé des athlètes. »
C’était bien sûr l’ÉPO et l’hormone de croissance qui ont motivé ce courrier exceptionnel.
1997 — UCI: l’hématocrite entre en scène
—E n janvier 1997, craignant que la consommation anarchique d’érythropoïétine se
répande dans le peloton, l’Union cycliste internationale met en place un contrôle sanguin
portant sur l’hématocrite. Ce test quantifie en pourcentage le volume total de globules
rouges par rapport à celui du sang. Ainsi, les coureurs démontrant lors du contrôle un
taux supérieur à 50 % (limite au-delà de laquelle la prise d’ÉPO est suspectée) seront
considérés comme médicalement inaptes à participer à des épreuves de l’UCI.
—P remières exclusions sur Paris-Nice : en mars, trois coureurs du peloton de Paris-Nice
sont pour la première fois « interdits » de travail, après les premiers prélèvements sanguins
effectués dans le cyclisme. Le Français Erwann Menthéour, les Italiens Luca Colombo et
Mauro Santaromita, sont les premières « victimes » du nouveau règlement de l’Union
cycliste internationale. Ils ont été déclarés « inaptes temporairement à la pratique du sport
cycliste » et n’ont pas été autorisés à prendre le départ de la 2e étape Vendôme-Bourges.
1998 — FFC : mise en place d’un suivi médical longitudinal contrôlé (SMLC)
Ce type de surveillance biologique est destiné à limiter la consommation d’ÉPO.
2000 — L’ÉPO détectée dans l’urine
Le 23 mai, le LNDD se déclare prêt au plan analytique à détecter l’ÉPO dans un échantillon
d’urine. En cas de validation accélérée, il se propose de mettre en application le
nouveau test dès le prochain Tour de France.
2003 — Listes CIO, UCI et MJS (arrêté du 31.07.2003)
Dans le cadre des compétitions mais, également, lors des contrôles hors compétitions,
l’ensemble des réglementations internationales prohibent les différentes formes
d’érythropoïétines.
2004 — Liste AMA
Depuis janvier, l’Agence mondiale antidopage édicte et publie au plan international, la
seule liste faisant désormais référence pour l’ensemble du mouvement sportif. L’érythropoïétine
(ÉPO) appartient à la section des « Hormones peptidiques » (S5) et à la section
listée dans les méthodes interdites « Amélioration du transfert d’oxygène : les
érythropoiétines » (M1). L’ÉPO est prohibée, y compris ses mimétiques, analogues et
facteurs de libération, pendant et en dehors des compétitions.
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► CONTRE-ENQUÊTE (DÉPISTAGE BIOLOGIQUE INDIRECT
DE L’ÉPO) : L’HÉMATOCRITE EST-IL FIABLE ?
En janvier 1997, à la demande des coureurs cyclistes professionnels, notamment des
groupes sportifs italiens, qui craignaient que la consommation anarchique d’erythropoiétine
se répande dans le peloton et expose ce dernier à des accidents cardiaques, l’Union
cycliste internationale avait mis en place un contrôle sanguin portant sur l’hématocrite.
Ce test également très usité en médecine de ville par les praticiens surveillant l’état de santé
de leurs patients non-sportifs, quantifie en pourcentage le volume total des globules rouges
par rapport à celui du sang. A la naissance, l’hématocrite est élevé : 56 ± 10 %, puis il
diminue à trois mois (38 ± 6 %) pour remonter aux normes de l’adulte vers la dixième
année (valeurs extrêmes des deux sexes : 37-54). Pendant la grossesse, la diminution
progressive de l’hématocrite est liée à une hémodilution. L’hématocrite ne permet d’apprécier
objectivement la masse globulaire que si la masse totale sanguine ne varie pas (hydratation
ou déshydratation). Il peut être diminué si le volume globulaire baisse (anémie) ou si
le volume plasmatique augmente (hémodilution due aux activités d’endurance). Il est
augmenté par l’hémoconcentration (baisse du volume plasmatique) ou par l’augmentation
de la masse globulaire (polyglobulie d’altitude, du fumeur… et dopage à l’érythropoïétine).
L’ÉPAU des cyclistes
L’érythropoïétine, que les coureurs appellent épau, hormone sécrétée principalement par le
rein mais aussi par le foie, dont le rôle principal est de stimuler la moelle osseuse dans le but
d’augmenter la production de globules rouges, a été mise sur le marché français en 1989.
Elle a montré une efficacité remarquable dans le traitement de l’anémie chez les patients
souffrant de graves atteintes rénales et chez les dialysés. Les propriétés de l’EPO, capable
d’augmenter le nombre de globules rouges et donc le transport de l’oxygène, l’ont fait
adopter par des sportifs de haut niveau — cyclistes, marathoniens et skieurs de fond — en vue
d’améliorer leurs performances. Les « amateurs » de cette nouvelle cuisine ont été d’autant
plus attirés qu’en raison de son caractère naturel, le médicament n’est pas à ce jour détectable
par les tests antidopage. En revanche, les risques sont certains et même très sérieux. En
effet, l’augmentation du nombre de globules rouges s’accompagne parallèlement d’une
élévation de la viscosité sanguine, surtout au décours d’un effort prolongé ayant entraîné

une déshydratation. Dans les heures qui suivent des activités d’endurance, telles que
cyclisme, ski de fond, marathon, course d’orientation, des thromboses mortelles sont possibles.
Les autorités fédérales ne pouvant encore prouver la prise d’ÉPO, le contrôle de
l’hématocrite est un des biais choisis par l’UCI pour lutter contre les effets d’éventuels abus
de cette hormone boostant la production de globules rouges. Depuis 1998 la procédure
d’analyse prévoit deux prélèvements de 4 mL de sang dans deux tubes A et B. Le premier
sert à deux analyses, le deuxième est scellé. Si l’Ht dépasse 50 % on effectue, en présence du
coureur concerné et du médecin de son groupe, trois nouvelles analyses sur le tube B. Le
chiffre retenu correspond à la moyenne des cinq réstiltats moins 1.
15 jours d’arrêt de travail
Ainsi, les coureurs démontrant lors du contrôle une concentration sanguine de globules
rouges trop élevée seront considérés comme médicalement inaptes à participer à des
épreuves de l’UCI. Pour la première fois depuis les premiers contrôles antidopage en 1966,
un soupçon de tricherie, tel qu’un taux d’hématocrite supérieur à 50 % peut le laisser
supposer, n’entraînait pas de « sanctions sportives » mais seulement une mise à l’écart de
quinze jours comme un arrêt de travail que le médecin prescrirait à un cadre surmené.
Concrètement, si la valeur hématocrite dépasse 50 % chez l’homme et 47 % chez la femme, les
risques en condition de course seront considérés comme inacceptables. Ce contrôle sanguin
n’est pas assimilé à un contrôle antidopage mais une partie de l’examen d’aptitude au travail.
En effet, une valeur d’hématocrite jugée inacceptable peut être causée par d’autres raisons
qu’un dopage à l’ÉPO. Rappelons que chez un sujet normal, les valeurs naturelles de l’hématocrite,
pour les deux sexes, varient de 37 à 54 %. Pour mon propre compte, il m’est parfois
arrivé d’avoir un hématocrite à 51 % et pourtant je n’ai jamais consommé d’ÉPO !
En revanche, chez une personne « chargée » à l’ÉPO, il peut grimper beaucoup plus haut.
Au-delà d’un niveau que les spécialistes situent à 55 %, le risque d’accident apparaît bien
réel. Or, on atteint facilement une telle barrière. Les sportifs affichent parfois des hématocrites
aussi élevés en raison des pertes d’eau considérables en cours d’exercice. Un
cycliste de haut niveau qui commence une étape du Tour de France avec un hématocrite
de 42 à 43 % et qui perd 4 ou 5 L de fluide organique pendant la course, terminera avec
une valeur proche de 55 % et cela de façon tout à fait naturelle.
Comment déjouer les tests sanguins ?
Willy Voet, le masseur de l’équipe Festina, par qui le séisme du Tour 1998 a éclaté, révèle
dans son ouvrage Massacre à la chaîne’, tout ce qu’il faut savoir pour éviter de se faire
prendre lors d’un contrôle d’hématocrite. Les faits qui permettent d’illustrer la technique
remontent au Championnat de France sur route 1998 sur le circuit de Charade : « Une
fois les injections effectuées, j’ai vérifié l’hématocrite des coureurs. Laurent Brochard était
à 47, Didier Rous à 49,7 et Richard Virenque pointait à 50,2. Pascal Hervé culminait à 51,3
tandis que Christophe Moreau affichait pile 48. À la vérité, ces niveaux élevés étaient
attendus. Pour deux raisons. La première est que nous étions à une semaine du départ du
Tour de France. À l’approche de cette échéance majeure, il faut que le chiffre soit le plus
proche possible de la limite de 50 instituée depuis 1997 par l’Union cycliste internationale.
Pendant la course, il ne reste plus qu’à le maintenir. Mais à 45 par exemple, il est
impossible de faire monter l’hématocrite pendant l’épreuve car le coureur produit trop
d’efforts. La deuxième raison, c’est que les coureurs voulaient gagner ce Championnat de
France. Surtout Virenque. De ce parcours sévère, il avait même fait son premier véritable
objectif de la saison.
Pour prévenir une éventuelle visite des contrôleurs médicaux au petit matin, j’avais
préparé la parade. Rien d’exceptionnel tellement nous étions rodés. J’avais monté dans les
chambres des perfusions de sodium, des poches d’un litre d’eau mélangé à 0,09 % de
sodium. Par précaution, je les enveloppais dans une serviette avant de les glisser sous les
lits. En cas d’urgence, il suffisait de décrocher un tableau du mur et d’utiliser le crochet
pour y suspendre les perfusions. S’il n’y avait pas de crochet, je prenais un rayon de vélo
que je tordais en “S” et que je suspendais, par exemple, à une tringle à rideaux. Le reste

était un jeu d’enfant : enfoncer le tuyau dans la perfusion, le purger, puis, à l’autre bout
du tuyau, installer l’aiguille maintenue par un papillon dans le bras du coureur, ouvrir la
molette du tuyau et vérifier l’écoulement des premières gouttes, pas plus de soixante
gouttes la première minute afin d’éviter les éventuelles réactions. Ensuite, j’ouvrais la
molette à fond car c’est alors sans risque. L’injection totale prenait une vingtaine de
minutes. L’hématocrite tombait de trois unités.
Cette installation ne prenait pas plus de deux minutes, ce qui nous permettait d’être
opérationnels le cas échéant. Le matin, Bruno Roussel était averti le premier de l’arrivée
des contrôleurs, qui venaient ensuite dans ma chambre et dans celle du médecin de
l’équipe, Eric Rijckaert, s’il était avec nous.
Lorsque les premiers contrôles d’hématocrite ont été appliqués sur le Paris-Nice 1997,
nous étions fin prêts depuis l’hiver, plus précisément depuis l’annonce de cette mesure
par le règlement de l’UCI. Au départ, j’étais le seul à posséder l’appareil de contrôle à piles,
qu’on appelait la “centrifugeuse” et que Rijckaert s’était procuré en Allemagne. Et pour
cause ; il valait tout de même plus de 3 000 francs (457 euros) et les coureurs faisaient la
queue dans ma chambre ! Mais dès le Tour de France 1997, le contrôle s’était généralisé
et individualisé. Les deux tiers des coureurs possédaient désormais leur propre appareil
de vérification. Ils se l’étaient fait envoyer par la poste à leur domicile, en prenant soin de
mentionner le nom de jeune fille de leur épouse pour brouiller les pistes. On n’est jamais
trop prudent. Le destinataire payait à réception.
Cette petite boîte magique, de 20 cm sur 8, contient donc une centrifugeuse. On prélevait
le sang directement dans la veine, ce qui vaut mieux que de piquer le bout d’un doigt avec
une aiguille : on a tendance dans ce cas à presser sur une phalange et le sang est trop
concentré. Pour chaque coureur, on remplissait deux tubes (une précaution au cas où le
premier se briserait) très courts et plus fins qu’une mine de stylo. Quelques gouttes suffisaient,
pas même 1 cL. On glissait alors les deux tubes dans la centrifugeuse, qui tourne
10 000 tours/min pendant 2 min environ avant de s’arrêter automatiquement. Quand on
ouvrait l’appareil ; lé plasma, couleur blanc d’oeuf, était séparé des globules rouges. Il n’y
avait plus qu’à lire l’hématocrite sur la barre graduée qui traverse la centrifugeuse et qui
correspond à la frontière entre le plasma et les globules rouges. Pour plus de sécurité, je
me servais d’une loupe. Et le tour était joué. »
55 à l’arrivée de l’étape
Aujourd’hui, la technique de dosage de l’hématocrite est très au point d’autant qu’elle
porte sur la moyenne de deux mesures avec la possibilité d’une contre-expertise dans la
foulée si le test s’avère supérieur à 50 %. En revanche, les paramètres qui influent sur
l’hématocrite ne sont pas totalement cernés. Par exemple, différentes variables telles que
l’effort, la chaleur, la déshydratation, l’altitude avec son air plus sec, le stress, l’alimenta-.
tion ou encore la fatigue, peuvent le faire booster au-dessus de 50. Or, lors du Tour d’Italie
1999, Marco Pantani, le jour de son contrôle d’hématocrite hors normes UCI, avait déjà
dix-neuf étapes dans les jambes et surtout dans les derniers jours une accumulation de
difficultés avec une étape contre-la-montre et un enchaînement de cols dont certains
dépassaient les 2 000 m. Avec un tel programme rien ne prouve que ses hématocrites
testés le 4 juin au soir à 46 % — à titre privé — à 52 % le lendemain matin pour le compte
de l’UCI et à 48 % le soir à Imola dans un laboratoire agréé par l’UCI, apparemment
contradictoires, soient obligatoirement en rapport avec un dopage à l’EPO pour celui de
52 et de manipulations masquantes pour’ les deux autres.
D’un autre côté, on sait que la valeur de l’hématocrite a plutôt tendance à baisser chez
l’homme en forme, en raison d’une augmentation du volume sanguin. Et Pantani devait
manifestement l’être si l’on tient compte de ses exploits de la semaine précédente.
Réunion d’experts internationaux
À l’issue d’une réunion d’experts internationaux en hématologie, organisée par la Fédération
française de cyclisme, le professeur Michel Audran, du laboratoire de biophysique
de la faculté de pharmacie de Montpellier a même proposé un abaissement du seuil
d’hématocrite à 47 % le matin à jeun. Il se repose sur les conclusions d’une étude australienne
qui constatait une diminution de l’hématocrite de 46 à 42 % chez des coureurs
amateurs lors d’une course à étapes d’une semaine. Or, chez les coureurs de plus haut
niveau, l’hématocrite moyen se situe plus bas encore, aux alentours de 44-45 %. Un
chiffre de 47 %, le matin à jeun apparaît dès lors tout à fait pertinent. Avouons que toutes
ces informations contradictoires ont de quoi perturber le public et les coureurs. En clair,
on ne sait toujours pas comment se comporte l’Ht du coureur professionnel après trois
semaines d’une épreuve intense.
À ma connaissance, aucune étude scientifique n’a été menée dans le cadre d’un grand
Tour (France ou Italie) sur les fluctuations de l’hématocrite chez les géants de la route. Ce
travail aurait bien sûr eu du mal à être convaincant dans la mesure où une grande partie
du peloton consomme régulièrement de l’ÉPO (l’affaire Festina l’a bien démontré). Les
normes et les valeurs extrêmes d’un sédentaire sont-elles les mêmes que celles d’un
cycliste en activité et, a fortiori, après trois semaines de course ? Peu probable. Rappelons
que la Fédération internationale de ski a, elle aussi, instauré un contrôle sanguin afin de
limiter le dopage à l’ÉPO mais, contrairement à ceux de l’UCI, les tests portent sur
l’hémoglobine (protéine contenue dans les globules rouges et assurant le transport
d’oxygène des poumons aux tissus, notamment musculaires).
Ht : des chiffres et des dérogations
Au début de l’année 1998, après une année de contrôles sanguins, le Dr Léon Schattenberg,
membre de la Commission médicale de l’UCI, dressait le bilan de cette mesure
préventive destinée à freiner les accros de l’ÉPO.
Du 9 mars 1997 au 18 janvier 1998, 772 contrôles ont été effectués : 488 chez les Élites
(10 déclarations d’inaptitude), 123 chez les Espoirs, 69 pour la piste, 60 pour le VTT
(4 arrêts de travail) et 32 en cyclo-cross.
L’hématocrite moyen enregistré en 1997 est de 45,4 % avec un maximum à 57,7 % et un
minimum à 36,3 %. Par comparaison, l’hématocrite moyen observé chez les pros dix ans
plus tôt (1988) était de 43,5 °h à une époque où l’ÉPO était sans doute encore peu
répandue. Ce chiffre est connu grâce aux résultats de prises de sang effectuées dans le
cadre du suivi médical et qui sont communiqués par les groupes sportifs.
En 1997, l’hématocrite a suivi une baisse notable dans la deuxième partie de la saison, les
chiffres redevenant presque comparables à ceux de 1988. Malheureusement, le test
d’hématocrite est loin d’être imparable puisque ceux qui sont naturellement bas peuvent
se doper jusqu’à 50 et que, d’autre part, il est possible, en l’absence de dopage à l’ÉPO,
d’avoir spontanément un Ht supérieur à 50 % et, dans certains cas, d’être nettement audelà
de ce chiffre.
Par exemple, le Dr Schattenberg connaît l’histoire d’un skieur nordique de nationalité
finlandaise qui atteignait naturellement les 60 et cette curiosité était présente depuis
plusieurs générations. Dans une situation similaire d’Ht naturellement élevé, l’UCI a
prévu de demander au coureur un dossier complet où doivent figurer des tests sanguins
répétés depuis plusieurs années. Dans un deuxième temps, il est convoqué à se rendre au
laboratoire de Lausanne pour y subir de nouveaux tests. La dérogation, quand elle est
accordée, n’est valable que six mois. Au terme de ce délai, le coureur doit effectuer une
nouvelle demande. Pour 1998, une dizaine de compétiteurs pouvaient participer à des
épreuves avec un Ht supérieur à 50 % et, parmi eux, la moitié était des Colombiens. Cette
particularité s’explique en raison de leurs séjours prolongés en altitude et de la raréfaction
de l’oxygène qui en découle, le tout ayant la propriété de « booster » le nombre de
globules rouges.
Au moment du départ du Tour de France 1999, l’UCI a annoncé que « 16 coureurs sont
aujourd’hui détenteurs d’une attestation » prouvant qu’ils possèdent naturellement un
hématocrite supérieur à 50 %.
« Parmi ces 16, se trouvent des coureurs de toutes catégories et toutes disciplines. Ce ne
sont pas uniquement des coureurs sur Route Élite. Aucun coureur placé au sommet du
classement UCI n’est au bénéfice d’une attestation » indique ce communiqué.
Les 180 participants du 86e Tour de France ont passé avec succès ce contrôle le 3 juillet 1999,
avant le prologue du Puy-du-Fou. Dans la mesure où il était annoncé, le contraire aurait
été surprenant. Néanmoins il y a eu des rumeurs de seuils d’Ht dépassés et on a appris que
l’Américain Jonathan Vaughters, un coureur de l’US Postal, bénéficiait d’une dérogation
allant jusqu’à 52 % pour son hématocrite. Selon le communiqué de l’UCI, les experts estiment
que sur la population globale, 3 % présentent un hématocrite supérieur à 50.
Seuil aléatoire
Jusqu’en octobre 2000, le seuil maximal autorisé était de 16,5 g par 100 mL de sang
chez les femmes et de 18,5 g/mL chez les hommes (aujourd’hui, il est de 16 pour les
femmes et de 17,5 pour les hommes). Le Belge Walter Godefroot, ancien champion
cycliste et actuel directeur sportif de l’équipe Telekom, pour stigmatiser la valeur aléatoire
du seuil limite de l’hématocrite à 50, avait affirmé : « En ski de fond, ils tolèrent une
norme de 54 et des médecins prétendent que pour 10 % des gens, l’hématocrite moyen
dépasse 50. Comment y voir clair ? » Effectivement, si l’on suit l’explication de l’ancien
vainqueur de Paris-Roubaix, cela paraît très difficile de s’y retrouver d’autant que dans le
ski, comme nous l’avons signalé plus haut, ils ne testent pas l’hématocrite mais…
l’hémoglobine et que la proportion de gens hors normes est de 1 % (3 % selon l’UCI) et
non 1 pour 10.
Quoi qu’il en soit, dans l’état actuel de nos connaissances, il n’est pas possible d’affirmer
qu’un chiffre unique d’Ht supérieur à 50 dans une course à étapes chez un cycliste courant
pour la victoire finale est forcément lié à la prise d’ÉPO et l’expose à des risques en cours
d’épreuve. Comme nous l’avons fait à propos de la nandrolone et de son seuil à 2 ng/mL
inadapté aux oscillations de la sécrétion endogène, il faut nous interroger sur la pertinence
de l’hématocrite à 50 comme test permettant à la fois d’exclure les tricheurs et
d’éviter les accidents. Compte tenu de cette carence potentielle et qu’aujourd’hui encore,
malgré le test urinaire français pour détecter l’ÉPO mis en lace en juillet 2000, l’Ht est
encore largement utilisé pour freiner la consommation d’EPO, il faut que les contrôles
sanguins soient beaucoup plus fréquents et surtout totalement inopinés afin que le
coureur n’ait pas la possibilité matérielle de diluer son sang en s’injectant du sérum
physiologique.
On ose espérer enfin que les responsables de la lutte antidopage mettront tout en oeuvre
pour épingler tous les tricheurs, mais exclusivement les fraudeurs, et surtout pas ceux qui
jouent le jeu. Il faut stimuler aussi… la recherche scientifique. On a trop vu par le passé
des convictions servir d’arguments.
Controverse : témoignages pro domo
Pr Michel Audran (France), professeur de
biophysique à la faculté de pharmacie de Montpellier
: « Le problème, c’est la façon dont sont
menés les contrôles, notamment par l’Union
cycliste internationale. Les types arrivent le
matin, mais ils disent aux coureurs qu’ils ont
une demi-heure ou quarante minutes pour se
préparer. Qu’est ce que vous croyez qu’ils font,
les coureurs, pendant tout ce temps ? Us s’injectent
à fond de train du sérum physiologique et,
du coup, ils sont toujours à 46-47 %. Ce sont
des contrôles qui sont faciles à biaiser. »
Le Quotidien du Médecin, 13.10.1998.
Daniel Baal (France) président de la FFC de
1993 à 2001 :
(1) «Certes, du fait que le taux d’hématocrite
acceptable a été fixé par l’UCI à 50 % au
maximum, on peut craindre que cela puisse être
considéré comme une tolérance par rapport à
l’utilisation de certaines substances interdites et
notamment l’érythropoïétine, jusqu’à un certain
seuil. Or, il est bien évident qu’il ne saurait être
question d’accepter le principe d’un “dopage à
niveau limité”. »
Normandie Cyclisme, 11.02.1997.
(2) « Les derniers résultats des tests hématocrite
montrent de meilleurs résultats. Mais est-ce que
cela ne veut pas dire que les meilleures équipes
savent contourner le problème par une plus
grande sophistication ? Je ne me fais aucune illusion
sur le fait que l’ÉPO est toujours utilisée dans
le peloton professionnel. C’est en recul, certes,
mais il serait faux de croire que tout est réglé. »
Agence France-Presse, 04.10.1999.
Christophe Bassons (France), cycliste professionnel
de 1996 à 2001 : « Le médecin m’a révélé
les résultats de mes analyses de sang lors de
Tirreno-Adriatico (1997). Je n’avais même pas
pensé à m’en enquérir avant. Mon hématocrite
était descendu à 37,5 %. J’avais fini au bord de
l’anémie, m’a-t-il expliqué. Je comprenais
mieux pourquoi j’avais achevé cette course
contre une poubelle en fer, au bord de la
syncope. […J “Il est plus dangereux de rouler
avec 36 d’hématocrite qu’avec 50. Tu ne peux
rien espérer si tu n’acceptes pas de faire
remonter ton taux.” Le Dr Erik Rijckaert m’a
encore révélé une confidence que lui aurait faite
Gianluca Bortolami : “Bassons, s’il était à 50 au
lieu de 40, il pourrait gagner Paris-Roubaix.” [ H Lors du Tour de Suisse 1997, une épreuve
qui durait dix jours, mon hématocrite est
descendu de 41,5 % au départ à 36 % le dernier
jour. Cette irrémédiable dégringolade des chiffres
m’était propre. Les autres gardaient des
taux stationnaires entre 47 et 48. »
In : Positif. Avec la collaboration de Benoît Hopquin.
Stock, Paris, 2000, 260 (103-105).
Thierry Bourguignon (France), cycliste professionnel
de 1990 à 2000: « Le taux d’hématocrite
d’un individu normal oscille autour de 44 % ;
quand le seuil de 50 % est dépassé, il y a quasicertitude,
soit d’une maladie, soit d’une absorption
de substances dopantes et particulièrement
de 11 E130 qui multiplie les globules rouges. »
In : Bourgui, tours et détours. Botega, Paris, 2000,
193 (95-96).
Armand De Las Cuevas (France), cycliste professionnel
de 1989 à 1999 : « Prenez un coureur,
ou une autre personne, vous relevez sont taux
d’hématocrite au repos, vous lui faites faire
ensuite une demi-heure d’home-trainer, il va se
déshydrater et son taux sera alors beaucoup
plus important. C’est ce qui s’est passé pour un
coureur qui a eu une diarrhée toute la nuit, mais
on n’en a pas tenu compte. il ne faut pas tout de
suite dire qu’il a utilisé un produit. »
La France Cycliste, 21.03.1997.
Laurent Dufaux (Suisse), cycliste professionnel
depuis 1991 : « Non, je ne me considère pas
comme un tricheur. J’estime que je fais mon
métier du mieux possible. Je considère ça
comme un dopage autorisé. Le taux d’hématocrite
est fixé à 50 ? Alors, on fait en sorte de
rester sous la limite. »
L’Équipe, 28.07.1998.
Walter Godefroot (Belgique), cycliste professionnel
de 1965 à 1979, directeur sportif depuis
1980: « Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre que
d’accepter un seuil limite de l’hématocrite à 50 ?
En ski de fond, ils tolèrent une norme de 54, et
des médecins prétendent que pour 10 % des
gens le taux moyen dépasse 50. Comment y voir
clair ? »
L’Équipe, 07.04.1999.
Cyrille Guimard (France), cycliste professionnel
de 1968 à 1976, directeur sportif de 1976
à 1997, consultant sur Europe 1 :
(1) « À partir du moment où l’Union cycliste
internationale a implicitement “légalisé” avec
l’accord des coureurs et des groupes sportifs
l’ÉPO, un produit par ailleurs interdit en fixant
A un seuil de 50 % le taux d’hématocrite autorisé,
cette dérive était inévitable. »
Télé 7 Jours, 01.08.1998.
(2) « Le taux d’hématocrite est fixé à 50 % mais
on n’a pas le droit de dire : Untel est à 49,8 %.
Moralité : chacun se dit : je ne vais pas être plus
bête que mon voisin, et tous jouent avec le feu et
la ligne des 50. En dévoilant le taux de chaque
coureur, tout serait plus clair. Actuellement, on
ne sort pas du système. »
France-Soir, 05.07.1999.
Laurent Jalabert (France), cycliste professionnel
de 1989 à 2002: « Les contrôles sanguins
vont bouleverser les données pour ceux que ça
concerne. Pour les autres, cela ne changera
rien. Globalement, ça va enlever les suspicions.
»
France-Soir, 31.01.1997.
Pascal Lance (France), cycliste professionnel de
1989 à 1997: « En général, pour les tests
sanguins, les directeurs sportifs sont prévenus à
six heures moins dix. Les contrôles ont lieu à
6 h 30. Juste avant la prise de sang, on injecte
des solutions à base d’eau et de sodium aux
coureurs et cela fait baisser les taux. J’ai connu
quelqu’un qui était au-dessus des taux autorisés
et qui est passé à travers. »
L’Est Républicain, 16.12.1997.
Jean-Marie Leblanc (France), cycliste professionnel
de 1967 à 1970, journaliste à L’Équipe de
1978 à 1988, directeur du Tour de France
depuis 1989: « J’ai écouté le rapport d’un
médecin de l’UCI qui disait qu’au début de cette
année le taux d’hématocrite moyen décelé dans
les échantillons était de 47 ou 48. Six mois après,
le même taux moyen n’est plus que de 45.
Qu’est-ce que cela veut dire ? Que la raison s’est
imposée, que les gens sont devenus raisonnables,
qu’il y a moins de tricherie, qu’on fait
attention, que le bon sens triomphe. Moi, cela
me réjouit. Alors, certains disent que ceux qui
étaient à 42 maintenant peuvent monter à 47 ou
à 48. C’est vrai, mais l’essentiel est que personne
ne dépasse 50 et ne mette sa vie en danger, et
déjà c’est une victoire. C’est en cela que je suis
optimiste, et croyant. Croyant dans le bon sens
de l’homme. »
In : L’institution ambulante. Les Cahiers de Mddiologie
: la bicyclette, 1998, n° 5, avril, 223-
238 (236).
François Lemarchand (France), cycliste
professionnel français de 1985 à 1997: « Pour
l’instant, la limite est à 50 % d’hématocrite.
C’est bien dans un sens, ce n’est pas bien dans
l’autre, parce qu’un coureur déshydraté peut
aller au-dessus de 50 %. Aujourd’hui, nous
avons demandé à ce que ce taux soit augmenté
à 53 %. Pour ma part, je l’estime un peu élevé
car c’est ouvrir la porte au tricheurs. Mais, si
nous restons dans la configuration telle que
nous la connaissons aujourd’hui, je crains qu’il
y ait des innocents qui se trouvent confrontés à
ce problème, alors qu’ils sont réellement
malades. C’est difficile de faire la part des choses
mais il faudra bien trouver une solution. […)
Les contrôles sanguins, ce sont nous, coureurs,
qui les avons demandés. Ce qui est dommage,
c’est que nous soyons les premiers sportifs à le
faire. Si nous voulions endiguer ce problème lié
au dopage, il fallait trouver autre chose, d’où
cette idée de contrôles sanguins pour laver la
sale image que l’on veut bien nous faire
endosser. »
Cyclisme International, 1997, n° 142, septembre,
26.
Marc Madiot (France), cycliste professionnel
de 1980 à 1994, directeur sportif de la Française
des Jeux depuis 1997 :
(1) « Je ne remets pas en cause les contrôles
sanguins. Et c’est bien qu’il y ait eu des cas
révélés (Paris-Nice). Si aucun coureur n’avait
été concerné, ça aurait été louche. On agit avant
non plus après. Il faudra vraiment être bête
pour tricher maintenant sachant qu’on ne
pourra pas prendre le départ ! On se préoccupe
enfin de la santé des coureurs. Applaudissons
des deux mains ! »
Le Parisien, 11.03.1997.
(2) « Q : À votre avis, la mise en place récente de
contrôles sanguins est-elle pour quelque chose
dans le nivellement des valeurs enregistré au
cours des classiques du début de saison ?
R : Non. Laurent Jalabert vainqueur de la Flèche
Wallonne gagnait des courses avant les contrôles,
il continue d’en gagner. »
Le Parisien, 18.04.1997.
(3) « On ne peut plus faire n’importe quoi. On
parle aujourd’hui de descendre le taux légal
d’hématocrite à 47 %, je suis totalement pour. »
Vélo Un, 1999, n° 35, avril, 79.
Dr Gérard Nicolet (France), médecin du Tour
de France de 1987 à 1995, membre du comité
directeur de la FFC : «On nous a signalé des
taux d’hématocrite déments chez certains
coureurs, au-delà de 60 %, jusqu’à 66 %. Là,
c’est un danger vital immédiat : le ralentissement
nocturne normal peut entraîner des
embolies, des thromboses au niveau cérébral. »
Le Journal du Dimanche, 02.08.1998.
Steven Books (Pays-Bas), cycliste professionnel
de 1982 à 1995, directeur sportif de l’équipe
TVM-Farm Frites en 1999: «Tout ce que nous
devons faire, c’est être sûrs que nos coureurs
sont toujours à moins de 50 % d’hématocrite.
C’est notre seul problème vis-à-vis de l’ÉPO. »
L’Équipe, 18.11.1998.
Dr Martial Saugy (Suisse), directeur adjoint du
laboratoire d’analyse du dopage de Lausanne :
« Pour l’instant, nous avons décidé de nous
pencher sur les facteurs secondaires de l’ÉPO. Je
m’explique : lorsque vous injectez ce produit, sa
durée de vie est très courte, ce qui diminue les
chances de pouvoir déceler et surtout de faire la
différence avec le taux normal d’hématocrite
dans le sang. En revanche, il va engendrer à
moyen terme une cascade métabolique avec
augmentation ou diminution de certains paramètres.
[.. .] Personne ne peut encore dire :
“100 d’ÉPO c’est dopé, 10 c’est normal”. En
revanche, si un coureur a un jour précis un taux
de 42, la semaine suivante un taux de 50 puis
qu’il redescend à 42 et bien ça c’est impossible.
Ce serait la preuve qu’il y a eu manipulation.
D’où la nécessité de faire des contrôles inopinés
plus régulièrement. »
Sport’s Magazine, 1998, n° 45, septembre, 41.
Dr Léon Schattenberg (Pays-Bas), président de
la commission « Sécurité et condition du
sport » de l’UCI :
(1) « Nous sommes très près d’aboutir dans la
détection de paramètres, plus compliqués, qui
permettront de cerner plus précisément ceux qui
utilisent de l’ÉPO. Un exemple : un coureur qui
possédait un hématocrite de 42 pouvait en
consommer jusqu’à 49. Avec nos recherches, nous
allons être en mesure de détecter cette “tricherie”. »
Cyclisme International, 1999, n° 165, sept-oct., 6.
(2) «Le peloton est dans son ensemble en
bonne santé. À part une quinzaine de coureurs
qui, sur justification médicale, ont un taux
d’hématocrite supérieur à 50 %, seuil à partir
duquel les coureurs sont mis au repos. »
Le Figaro, 09.02.2000.
Hein Verbruggen (Pays-Bas), président de
l’Union cycliste internationale depuis 1991:
« Dites-moi quels sportifs professionnels accepteraient
des tests de santé tous les deux mois, puis
des contrôles sanguins pour lesquels on les
réveille à 6 heures du matin et enfin des contrôles
antidopage classiques le soir après l’effort ? Les
coureurs cyclistes, eux, l’ont accepté. »
L’Équipe, 01.09.1998.
Richard Virenque (France), cycliste professionnel
depuis 1991 : « Moi, je ne me suis jamais
dopé. J’ai toujours eu le taux d’hématocrite
inférieur à 50 %. J’étais suivi par mon médecin.
Je lui ai toujours fait confiance. Je n’ai pas triché.
De toutes façons s’ils baissent le taux, il n’y aura
plus de coureurs. »
La Provence, 30.07.1998.
Willy Voet (Belgique), ex-cycliste amateur,
soigneur cycliste : Flandria 1979, RMO 1989-
1991, Festina 1992-1998 :
( I ) «Avec l’ÉPO, par exemple, on n’a jamais
tourné au-dessus de 55 % d’hématocrite.
Ailleurs, je sais qu’ils montaient à 60, voire
même à 62. C’est pour cela qu’on a tout raflé en
97. Lorsqu’ils ont instauré les contrôles
sanguins, on était déjà prêts. […] Sur des
épreuves comme le Tour de France, on faisait
des contrôles d’hématocrite une fois par
semaine et j’étais chargé de trouver un laboratoire
pour faire les analyses. Ensuite, en 1997, on
s’est équipé de notre propre laboratoire. »
Sport et Vie, 1999, n° 52, janvier-février, 6.
(2) « La première année où l’UCI a plafonné le
taux à 50 %, nous avons bien marché en course,
parce que nos coureurs ne sentaient pas la différence
lorsqu’il a fallu redescendre sous la barre
des 50 % alors que pendant ce temps les autres
équipes ont dû beaucoup réduire leur consommation
d’ÉPO, notamment les Italiens qui
étaient souvent à 60 %. »
L’Humanité, 02.04.1999.
ANONYME. Taux d’hématocrite : 16 coureurs possèdent une dérogation de l’UCI. Associated Press, 06.07.1999.
BRUNEL P. Gewiss : la fin du silence. L’Équipe, 12.03.1999.
DIMEO D. Un kit magique contre le mauvais sang. Libération, 03.07.1999.
GATELIER J.L. 36,2 le matin… L’Équipe, 26.07.2000.
HOITNIK A.W.J.H. L’utilisation de l’hématocrite pour l’appréciation de la capacité physique et de la résistance
à la fatigue. Méd. Éd. Phys. Sport, 1958, 32, n° 4, 312-313.
LALARDRIE B. Contrôles antidopage : un hématocrite sur la sellette. Impact méd. quot., 13.03.1997.
MONTULET H. UCI : prévenir le dopage. La France Cycliste, 21.02.1997, 7.
UCI Contrôles sanguins : le règlement. La France Cycliste, 21.03.1997, 12.
de VIEL E. Hématocrite : inégalité entre les athlètes. Quot. Méd., 04.11.1998.

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EPHEDRINE’

« Pour gagner les doigts dans le nez… »
« Parmi les substances les plus appréciées des joueurs de football, on trouve différents sirops
antitussifs à base d’éphédrine. Comme je l’ai appris depuis, l’éphédrine augmente l’agressivité,
l’endurance et les capacités de résistance physique. Mais gare aux effets secondaires : on
peut, sans s’en rendre compte, dépasser ses propres limites. »
Harald SCHUMACHER (Allemagne), goal de l’équipe nationale In : Coup de sifflet. Carrère — Michel Lafon,
Paris, 1987, 299 (145).
L’éphédrine est une des « vedettes » du dopage pour plusieurs raisons : l’ancienneté de
son usage, sa présence dans de nombreuses spécialités pharmaceutiques à emploi aussi
banal que le traitement du rhume et la quantité de ses dérivés placés sur la liste des
produits interdits.
L’éphédrine est un alcaloïde stimulant tiré de l’éphédra, un arbuste familier des zones
littorales. Elle possède à peu près les mêmes propriétés que l’adrénaline : elle est sympathicomimétique,
vasoconstrictive, hypertensive, bronchodilatatrice, hyperglycémiante
enfin, elle excite le tissu musculaire. L’éphédrine est surtout utilisée en thérapeutique
contre l’asthme, l’hypotension et certains troubles de la conduction cardiaque, mais
donne également d’excellents résultats dans les réactions allergiques, les états de choc, la
dyspnée, le coryza, la bronchite et l’emphysème. On l’utilise encore en collyre, car elle
est mydriatique, c’est-à-dire qu’elle dilate la pupille. A doses thérapeutiques, l’action de
l’éphédrine est stimulante, mais moins puissante et moins 0 efficace » que celle des
amphétamines. Bien que moins toxique que ces dernières, elle le devient dans la mesure
où certains sportifs remplacent précisément les amphétamines par de l’éphédrine à haute
dose. Elle est fréquemment utilisée en athlétisme, notamment chez les sprinters, car elle
facilite la mise en action en réduisant le temps de réaction. A faibles doses, l’éphédrine et
ses dérivés, la pseudoéphédrine, la phénylpropanolamine, la norpseudoéphédrine, sont
souvent présents dans les préparations contre les refroidissements et le rhume des foins
que l’on peut se procurer en pharmacie ou même dans des officines spécialisées sans avoir
besoin d’une prescription médicale. La plupart de ces médicaments pris aux posologies
du codex ne sont pas des dopants. Par contre, ils contiennent un principe actif pouvant
induire une réaction positive des tests pratiqués lors des contrôles antidopage. Aussi
aucun produit contre les refroidissements, le rhume des foins ou la grippe acheté par un
concurrent ou qui lui a été donné ne doit être utilisé sans au préalable vérifier auprès d’un
médecin du sport ou d’un pharmacien que ce produit ne contient aucune substance de la
classe interdite des stimulants. Jusqu’en 1990, la seule présence, même infinitésimale
d’éphédrine, entraînait ipso facto la sanction sans se préoccuper de savoir si un athlète
avait pris la juste dose pour se soigner ou la « mégadose » dans un but de dopage. A partir
de cette date, les laboratoires agréés par le CIO ne signalent aux autorités sportives que les
cas positifs dépassant un certain taux. Pour la première fois, cette règle interlabo est
publiée officiellement dans la liste du CIO le 31 janvier 1998 (voir tableau des seuils). A
priori, il n’est donc plus possible d’invoquer l’argument mille fois entendu de l’impossibilité
de se soigner avec des gouttes dans le nez en raison du contrôle antidopage.
Concentrations de l’éphédrine et des alcaloïdes apparentés présentes dans l’urine qui
doivent être prises en compte par les laboratoires accrédités par le CIO2′ 3 :
— cathine (norpseudoéphédrine) > 5 μg/mL ;
— éphédrine > 10 μg/mL ;

— phénylpropanolamine (noréphédrine) > 25 lig/mL ;
— pseudoéphédrine > 25 pg/mL.
Code antidopage du mouvement olympique. Rev. Olympique, 2000, XXVI-32, avril-mai, 69-71.
► ASPECTS PHARMACOLOGIQUES
Spécialités pharmaceutiques (exemPlis)
Nom commercial DCI MSM RDM
Actifed Rhumé Pseudoéphédrine, paracétamol, triprolidine 1977 1977
Biphédrine Aqueuse Éphédrine, amyléine et chlorobutanol 1934 1996
Déflorai Comprimé Chlorhydrate de phénylaminopropanol 1966
(noréphédrine) + clocinizine + buzepide
Effortil Étiléfrine 1959 (cp., amp.) 2001
1963 (gouttes)
Ephédraféine Éphédrine (chlorhydrate), caféine 1947 1979
Éphédrine Houdé É phédrine (chlorhydrate) 1929 1982
Éphédrine Renaudin Éphédrine (chlorhydrate) 2001
Éphédromel Éphédrine (chlorhydrate), pholcodine 1944 1979
Éphédronal Éphédrine (chlorhydrate), phénobarbital 1920 1985
Éphydion Éphédrine (chlorhydrate), éthylmorphine 1954 (cp.) 1995
1955 (gttes, sirop)
Nurofen Rhume Pseudoéphédrine, ibuprofène 1999
Pressyl Camphotamide, pressédrine (noréphédrine) 1939 1983
Pulmofluide Éphédrine Éphédrine (chlorhydrate) 1943 1995
Stopasthme Éphédrine (chlorhydrate) 1949 1996
Autres spécialités françaises contenant deféphédrine et apparentés (Vidal 2002)
Éphédrine : Osmotol, Rhinamide, Rhino-Sulfuryl.
Phénylpropanolamine : Rinutan.
Pseudoéphédrine : Broncorinol rhume, Céquinyl, Clarinase Repetabs, Doli Rhume, Humex
Rhume, Rhinadvil, Rhinureflex.
Tableau
Certaines formes sont en vente libre alors que d’autres sont inscrites sur les listes I ou II
(ex-tableaux A ou C) en raison de l’association de l’éphédrine avec d’autres substances.
Des spécialités qui étaient encore en vente libre en 1967 ont été depuis ajoutées à la
‘ liste II.
Substances associées « au protocole » (cocktails de soutien)
Optimisant l’action de l’éphédrine :
— aspirine ;
— caféine ;
— camphre ;
— théophylline.
Historique
1887 — Le pharmacien japonais Nagajasi Nagaï (1844-1929) isole l’éphédrine à partir de
l’Ephedra japonica. Nagai N. Ephedrin. Pharm. Zig., 1887, 32, 700.

1972 — Un médecin généraliste, le Dr Eriksen, exerçant à Elseneur (Danemark), remarque
de façon empirique que chez plusieurs de ses patients asthmatiques, l’association éphédrine-
caféine-aspirine prescrite pour traiter leur affection respiratoire induit un effet
anorexigène net.
Surnoms (autres appellations)
Adrénaline végétale, arbres de Nod, Beauté noire, cloud 9, croix blanche, herba ecstasy,
herbal koke, marwat, marwath, queue de cheval (Ma-Huang), ultima Xphoria, verts et
clairs.
Propriétés et indications thérapeutiques
Propriétés
Éphédrine : sympathomimétique indirect à action alpha prédominante à laquelle s’ajoute
une action bêta-1 et bêta-2, ce qui explique son action bronchodilatatrice ; psychostimulant.
Indications
—R humes, larmoiements.
— Asthme paroxystique ; asthme à dyspnée continue.
—É tats allergiques.
—H ypotension.
Dangers
Contre-indications
IMAO, états d’acidose, signes d’hyperexcitabilité ventriculaire, insuffisance coronaire,
myocardiopathie obstructive, hypertension artérielle, hyperthyroïdie, glaucome par
fermeture de l’angle.
Précautions d’emploi
—E n raison du risque de rétention urinaire, éviter la prescription en cas d’hypertrophie
prostatique.
—L a prescription devra être prudente chez les insuffisants cardiaques, chez tous les sujets
particulièrement sensibles aux effets cardiaques et vasopresseurs de l’éphédrine, chez les
diabétiques et chez les sujets âgés.
Interactions médicamenteuses
— IMAO (cf contre-indications).
— Les effets de l’éphédrine sont :
– potentialisés par le cyclopropane, l’halothane et les hydrocarbures halogénés : association
à éviter ;
– potentialisés ou antagonisés avec les antidépresseurs tricycliques : associations à éviter.
—L ‘éphédrine diminue l’action de la guanéthidine ; accroît les risques de troubles du
rythme sous digitaliques.
Effets indésirables
En cas de traitement continu, peuvent survenir des céphalées, nausées, palpitations
(arythmie en cas de traitement digitalique), douleurs précordiales, sueurs, rétention
urinaire, tremblements, agitation, insomnies, anxiété, étourdissements, troubles psychiatriques
avec hallucinations et même délire. Il a été rapporté des complications
cardiovasculaires : hémorragies cérébrales, infarctus, ramollissement cérébral, AVC, accident
ischémique transitoire.
► PRATIQUE SPORTIVE
Effets allégués et recherchés par les sportifs et leur entourage médico-technique
(théoriques, empiriques et scientifiques)
— Stimuler le système nerveux central.
—A ccroître la confiance en soi.
—B ooster la volonté de « pousser » à fond à l’entraînement et en compétition.
— S’entraîner de façon plus intense et plus longtemps (augmentation de la consommation
d’02).
— Atténuer la sensation de fatigue.
— Faciliter la mise en action en provoquant une bronchodilatation et une amélioration des
échanges gazeux (capacité vitale augmentée, volume résiduel diminué).
— « Dégager » le nez et augmenter ainsi la respiration par cette voie. Avantage recherché
par les pugilistes dans la mesure où il est dangereux en boxant de respirer par la bouche.
En effet, dans cette situation, la mâchoire et les dents sont alors plus exposées et peuvent
être brisées.
— Optimiser l’affûtage antigraisse grâce au cocktail éphédrine-caféine-aspirine.
— Positiver l’effet inotrope (contractilité de la fibre musculaire).
— Abaisser le temps de réaction (départ d’une épreuve de vitesse).
— Limiter le catabolisme protéique (pendant le régime « maigre » de préparation aux
compétitions : culturisme, judo, lutte, etc.).
Spécialités sportives les plus concernées (témoignages et contrôles antidopage)
Les mêmes que pour les amphétamines.
— Alpinisme.
— Athlétisme (sprint ; lancers : poids, marteau ; sauts : hauteur, longueur) ++.
— Aviron.
— Boxe ++.
— Culturisme (bodybuilding) +++ (pour accroître la « définition »).
— Cyclisme.
— Escrime.
— Force athlétique (powerlifting).
— Gymnastique.
— Haltérophilie.
— Hippisme (chevaux).
— Hockey sur glace.
— Motocyclisme.
— Natation.
— Rugby.
— Ski de fond.
— Sports collectifs :
– basketball ;
– football ;
– volley-ball.
Principales affaires (extraits de presse)
1971 — Cyclisme — Yves Hézard (France) : déchu pour quelques gouttes de Pinéoléum
(1) Témoignage de Richard Marillier, le Directeur
technique national du cyclisme : « Nous
n’étions pas au bout de nos peines. Si le déroulement
du Championnat de France des professionnels,
à Gap, fut parfaitement clair et
limpide, le contrôle médical nous apprit que le
vainqueur et son second l’étaient beaucoup
moins. Ce résultat me sidérait tout simplement
parce qu’il s’agissait de Yves Hézard à qui je
faisais entière confiance. Mais l’affaire s’avérait
beaucoup plus complexe qu’il n’y paraissait.
D’abord, l’analyse — à l’époque elle ne décelait
pas de dose quantitative mais seulement des
“traces” — faisait état d’éphédrine et Yves certifiait
deux choses. Primo, il n’avait rien pris,
secundo, sur la ligne de départ, le soigneur de
l’équipe Sonolor avait fait instiller à certains de
ses coureurs, légèrement enrhumés, quelques
gouttes de Pinéoléum, produit toléré par les
nourrissons (renseignements pris, il existait
deux formes de ce médicament : une, légèrement
éphédrinée, l’autre non).
Hézard prit contact avec le Dr Pierre Dumas,
médecin fédéral. Après la contre-expertise, confirmant
le résultat de l’analyse, la fédération aurait
dû normalement déclasser le coureur fin juin. Il
ne se passa rien ; rien non plus en juillet si ce
n’est que le directeur des sports, constatant que
cela traînait, convoqua la président, le secrétaire
général, le DTN et le médecin fédéral. Je me
souviens parfaitement des paroles du colonel
Marceau Crespin en levant la séance s’adressant
au président de la FFC : “Il n’appartient ni au
corps médical ni au ministère de prononcer des
sanctions. Cela regarde exclusivement la Fédération.
Je rappelle toutefois qu’à ma connaissance,
en droit français, s’il y a doute, il doit
toujours bénéficier à l’accusé.” C’est durant làtournée des critériums vers la mi-août, que le
maillot tricolore fût retiré à Yves Hézard. Cela ne
s’était jamais vu. Tout se sait plus ou moins dans
le milieu cycliste et des bruits laissèrent entendre
qu’un directeur sportif; fort déçu de ne pas avoir
su engager le nivernais dans son équipe, avait fait
pression sur Antonin Magne, président de la commission
des pros, pour qu’il intervienne auprès
de Ulysse Suant afin que Hézard soit déclassé.
J’écrivis au président de la fédération pour lui
dire ce que je pensais de cette affaire. Il me
répondit plus tard, par un courrier non daté,
alambiqué et bottant en touche. À partir de ce
jour-là, je me sentis quelque part responsable
du semi-échec de la carrière de Yves Hézard
parce que je n’avais pas été capable de réparer ce
que je considérais — et que je considère toujours
— comme une injustice flagrante. »
MARILLIER R. Le vélo s’y prête. Éd. de l’Armançon, Précis-
sous-Thil, 1995, 251 (81-82).
(2) Témoignage du Dr Henri Fucs (France),
médecin de l’équipe Sonolor-Lejeune
laquelle appartient Yves Hézard : « Tous les
coureurs souffrent plus ou moins d’inflammations
rhino-pharyngées par suite de l’hyperventilation
à laquelle ils sont soumis. Il s’agit
d’une inflammation purement mécanique et
pour laquelle l’application de quelques gouttes
de Pinéoléum est très indiquée. C’est ainsi que
j’ai recommandé ce produit à Yves Hézard,
1972 — Natation
authentique
(1) Interview du nageur américain Rick DeMont,
par le journaliste Giuliano Bevilacqua (Italie) :
« Tout le monde a encore en mémoire la pénible
mésaventure qui survint au nageur américain
Rick DeMont. Vainqueur de la finale du 400 m
des Jeux olympiques de Munich, le contrôle
antidopage révéla des traces d’éphédrine dans
ses urines. Non seulement le CIO lui retira son
titre olympique du 400 m, pour le remettre à
son second, l’Australien Bradford Cooper, mais
lui interdit de disputer la finale du 1 500 m pour
laquelle il s’était régulièrement qualifié.
— Que s’est-il passé exactement à Munich ?
— En arrivant aux Jeux olympiques, je prenais
les mêmes pilules depuis trois ans. Chacun le
savait : mes parents, mon entraîneur, Dan
Swartz, et bien entendu, mon médecin de
famille, le docteur Clark, qui me suit depuis
ma plus tendre enfance. C’est lui qui avait
prescrit le “fameux” médicament.
— Quand je partis pour les Jeux, je pris ce
médicament avec moi, et donnai l’ordonnance
au médecin-chef de l’équipe américaine,
M. Daniel Hanley. Celui-ci devait
noter tout ce que les athlètes, pour une raison
ou pour une autre, prenaient. J’imagine qu’il
lut l’ordonnance avant de l’approuver.
Bien entendu, je ne savais pas que mes pilules
contenaient de l’éphédrine. Alors, comment
ainsi qu’aux autres coureurs du groupe, mais
en précisant bien que le Pinéoléum, existant
sous deux formes, il importait de demander au
pharmacien la solution non éphédrinée. Or, le
soigneur chargé d’effectuer cet achat ne fut sans
doute pas informé de la discrimination et obtint
le Pinéoléum éphédriné, d’ailleurs en vente
libre, car une telle solution ne constitue pas un
doping, mais pourrait à la rigueur devenir
toxique, à certaines doses. Cependant, les quelques
gouttes qu’Hézard employa par voie
nasale ne pouvaient en aucun cas augmenter
son rendement athlétique. »
TERBEEN F. Hézard… pour éviter le désordre. Miroir du
Cyclisme, 1971, n° 150, décembre, 28-30 (28).
(3) Interview d’Yves Hézard par le journaliste
Philippe Bouvet : « Votre déclassement du
Championnat de France 1971, quel sentiment
vous inspire-t-il aujourd’hui encore ?
Y.H. : Je ne comprends plus rien. Je n’ai jamais
rien pris. Rien, rien. Mais on a trouvé quand
même trace d’un produit, donc je l’ai absorbé à
mon insu. Alors on se demande pourquoi il
fallait que je sois mis en difficulté…
Q : Vous croyez à une machination ?
Y.H. : Il y a quelqu’un qui sait, mais qui m’a dit
qu’il ne me révèlerait rien tant que je serais dans
le milieu cycliste… »
Interview d’YvEs HÉZARD par P. BOUVET. Vélo, 1987,
n° 226, octobre, 12-15 (15).
aurais-je pu me méfier de quelque chose que je
ne savais pas ?
A la fin des Jeux, un dirigeant du CIO demanda
au docteur Daniel Hanley de signer mon
ordonnance. Ce geste aurait peut-être pu
m’aider à garder la médaille d’or. Mais il s’y
refusa, affirmant que quelqu’un d’autre ayant
ordonné ces médicaments, je devais, personnellement,
être blâmé pour ne pas lui avoir dit qu’il
contenait de l’éphédrine.
Je pense que le rôle d’un médecin est de noter si
les médicaments contreviennent au règlement
olympique ; à partir du moment où il les a
approuvés, il doit assumer ses responsabilités,
au lieu de “charger” ceux qui ont écrit l’ordonnance,
et qui n’ont pas, comme lui, à se préoccuper
des règles éditées par le CIO.
La vérité ? J’ai mon idée là-dessus : le docteur
Daniel Hanley n’avait pas regardé mon ordonnance.
Quand l'”affaire” a éclaté, il a menti pour
éviter le scandale. Le hasard a voulu que, dans la
nuit qui précédait la finale olympique, je me
suis réveillé vers deux heures du matin avec la
sensation de ne pas pouvoir respirer. Je pris une
pilule et la crise se calma en une demi-heure,
environ… Sans cette crise, nous ne serions pas
ici, en train de parler pilules et disqualification.
Après la course, j’allais au contrôle antidopage,
puis au village olympique, célébrer mon succès,
sans savoir ce qui se tramait. Dans les deux jours notamment une déclaration signée de l’athlète
qui suivirent, personne ne me dit que ma et de son entraîneur attestant leur parfaite
victoire était menacée… Strictement personne ! connaissance des règles du CIO en matière de
Seulement, 5 min avant de prendre le départ du dopage. Le Dr Daniel Hanley estime en effet que
1 500 m, un officiel m’arrêta et me dit enfin ce le nageur Rick DeMont a été injustement
qui se passait. disqualifié à Munich car il utilisait un médi-
Au début je ne comprenais rien de ce que l’on cament pour soigner son asthme, médicament
me racontait. Je pensais qu’il s’agissait d’une interdit par le CIO sans qu’il le sache. »
erreur. Je ne pus dormir de toute la nuit Athlétisme magazine, 1973, n° 45, 1er février, 47.
suivante, me répétant sans arrêt : ce doit être (3) Épilogue : Rick DeMont débouté — « Le
une erreur, ce doit être une erreur ! nageur américain Rick DeMont, contrôlé positif
Le lendemain, peu à peu, tout devenait clair. Le conformément aux procédures en vigueur, s’était
médicament, l’éphédrine… Alors, là, je me vu retirer la médaille d’or qu’il avait gagnée sur
sentis vraiment meurtri, comme si le monde 400 m à Munich. Depuis lors, DeMont a exprimé
s’écroulait autour de moi. » à diverses reprises le point de vue que la décision
BEVILACQUA G. Le rêve en or de Rick DeMont. de 1972, n’était pas justifiée et que la médaille
L’Équipe, 02.07.1973. d’or devait lui être restituée. Le 6 décembre
(2) L’appel du Dr Daniel Hanley, médecin du dernier, puis une deuxième fois hier, le Comité
sport américain : « Le Dr Daniel Hanley membre exécutif du CIO a repoussé la requête du nageur
de la Commission médicale du CIO a demandé américain en précisant que la décision de 1972
que la liste des produits interdits dans la fameuse avait été prise avec toute la compétence nécesliste
noire soit réexaminée. Il souhaite également saire et qu’aujourd’hui encore la même faute
que chaque athlète puisse posséder un petit entraînerait la même sanction. »
carnet médical dans lequel pourrait figurer L’Équipe, 05.03.1996.
1977 — Football — Entraîneur anonyme (France) : pour s’éclaircir la cage thoracique
Témoignage anonyme d’un entraîneur d’une star de son équipe — est incertain, “grippé” dit-on.
équipe de l’Ouest : o Que peut-on dire aux gars Et puis le jour du match, le joueur est là. On
qui se piquent : “C’est pas bien” ? “Vous vous nous raconte qu’il a surmonté sa grippe, qu’il va
faites du mal” ? “Vous verrez quand vous serez jouer “à la volonté” ! Mon cul ! Le gars n’a jamais
vieux”. Ils se marrent. Il faudrait empêcher les été malade. Mais à la veille du match, il s’est
gars de rentrer dans les vestiaires à la mi-temps éclairci la cage thoracique en se chargeant
pour les empêcher de se “charger”, mais on ne l’éphédrine. Avec ça il a développé ses facultés
peut pas laisser poireauter vingt-deux types respiratoires. Et par-là son pouvoir de récupédehors
pendant un quart d’heure au milieu ration. S’il y a un pépin, s’il a un accident sur le
d’une partie, surtout en plein hiver. On n’a rien terrain, s’il est contrôlé à l’hôpital, il aura une
à gagner à remplacer la B12 par une pneumonie ! ordonnance avec ses médicaments “antigrippe”.
Et puis, à propos de pneumonie, il y aussi le Donc si on trouve des trucs à l’éphédrine ce sera
petit truc classique. Mais là, ça se passe chez les normal. Ça faisait partie du traitement. »
grands. Pas chez les amateurs. Trois jours avant HALLE J.C. La bombe Beckenbauer. Paris Match,
un match, on annonce que tel avant-centre — la n° 1462, 03.06.1977.
1982 — Escrime — Dorina Vaccaroni (Italie) : pour soigner un état grippal
« San Remo — La fleurettiste italienne Dorina l’Allemande de l’Ouest Cornelia Hanich qui
Vaccaroni, convaincue de dopage lors du avait été battue en finale par l’Italienne. Toutes
tournoi international de Giippingen, les 20 et les autres concurrentes remontent d’une
21 février derniers, a été sanctionnée par le place. Vaccaroni, on s’en souvient, n’avait pas
comité exécutif de la Fédération internationale. nié les faits mais avait précisé qu’elle avait été
‘Vaccaroni, qui avait enlevé le tournoi, a été amenée à prendre un médicament pour soigner
déclassée et devra en outre se soumettre un état grippal. Cette sanction intervenant
pendant un an, à partir du 12 mai 1982, au après une première infraction, la participation
contrôle antidopage dans toutes les compéti- de Vaccaroni aux Championnats du monde
fions internationales, si ce contrôle a été mis en de juillet à Rome n’est donc pas remise en
place par les organisateurs. En conséquence, la cause. »
victoire dans le tournoi de Gitippingen revient à L’Équipe, 19.05.1982.
1984 — Football — Harald Schumacher (RFA) : avec cinq coéquipiers
« Harald Schumacher n’y va jamais avec le dos Coupe d’Europe en 1984 (les spécialistes du
de la cuillère. Le gardien de but de l’équipe de football ont vite trouvé qu’il devait s’agir du match
RFA affirme avoir pris de fortes doses d’un contre Spartak Moscou en automne 1984,
sirop contre la toux, contenant de l’éphédrine, match que Cologne avait remporté par 2-0) :
un produit dopant, à l’occasion d’un match de “Je ne suis pas le seul, ajoute-t-il, cinq de mes coéquipiers du FC Cologne en ont fait autant”. augmente les capacités de résistance”. Ces
Mais ce n’est pas tout : à l’entraînement, Schu- déclarations ont fait l’effet d’une bombe dans le
macher carbure au Captagon : “Une substance football allemand. »
qui accroît la volonté d’attaquer, dit-il, et qui Le Point, 09.03.1987.
1985 — Escrime — Angelo Securi (Italie) : fait mouche pour six mois
« Le fleurettiste italien Angelo Scuri a été
convaincu de dopage lors du Tournoi international
de Bonn en mai 1985. Le contrôle avait
décelé la présence d’éphédrine et la contreexpertise
confirmait la première analyse. Scuri
devra s’abstenir de participer à toutes compétitions
nationales et internationales pendant six mois. »
L’Équipe, 25.09.1985.
1988 — Athlétisme — Dr Robert Voy (États-Unis) : « Un usage effréné
par les sprinters »
Récit de Charlie Francis, l’entraîneur de Ben
Johnson : « Peu de temps avant les Jeux de 1988,
Voy avait fait sensation en révélant qu’il y avait
eu des contrôles positifs à l’occasion des sélections
olympiques américaines d’Indianapolis —
ce qui était plutôt ennuyeux pour le TAC car
aucun athlète officiellement n’avait été déclaré
positif. À la suite de sa démission, le docteur ne
cacha pas son désenchantement. Il dit notamment
au Los Angeles Times qu’il y avait un usage effréné
d’éphédrine chez les sprinters et les sauteurs
(l’éphédrine est un stimulant que les médecins
prescrivent contre le rhume, mais à haute dose
il est largement utilisé en tant que dopant). »
FRANCIS C. Le piège de la vitesse. Robert Laffont, Paris,
1992, 303 (276).
1988 — Athlétisme — Linford Christie (Angleterre) : blanchi avec le doute
(1) « Suite au contrôle antidopage de Séoul,
selon le professeur Arnold Beckett, directeur du
centre de contrôle des drogues du Chelsea
College à Londres, le sprinter britannique aurait
pu être sanctionné après le 100 m et le 200 m.
Mais ce dernier veut être “blanchi”.
Rappelez-vous : le sprinter britannique, troisième
du 100 m de Séoul, puis classé deuxième
après la disqualification de Johnson, avait été
tout d’abord soupçonné d’être positif au
contrôle antidopage puis ensuite blanchi par la
Commission médicale du CIO qui avait déclaré
que les substances de pseudoéphédrine trouvées
dans ses urines étaient en nombre insuffisant
pour que l’on puisse parler de dopage. Seulement
voilà, depuis, le professeur Arnold
Beckett, directeur de Chelsea College et chercheur
éminent, a déclaré à la télévision anglaise
que Linford Christie avait eu beaucoup de
chance de s’en tirer avec le bénéfice du doute,
d’autant que l’éphédrine avait été repérée aussi
bien après son contrôle sur 100 m que sur
200 m. Arnold Beckett, qui est aussi membre de
la Commission médicale du CIO, a précisé qu’il
avait les preuves que Christie était condamnable
les deux fois… Ces propos ont fait grand bruit à
Londres et le professeur Beckett, qui devait faire
partie d’une commission d’enquête sur le
dopage, a été immédiatement exclu de cette
commission par le Comité olympique britannique.
Christie n’a pas tardé à réagir puisque le
soir même il demandait des excuses au professeur
Beckett qui, selon lui, n’a aucun pouvoir
pour s’exprimer officiellement. “On veut me
traîner dans la boue, a dit Christie. Je ne sais
vraiment pas pourquoi car je me suis déjà
expliqué devant la Commission médicale du
CIO. C’est regrettable et cela nuit à mon image,
d’autant que j’ai toujours été un fervent
combattant du dopage.”
Après avoir déjà demandé des excuses au CIO,
Christie vient de mettre ses avocats sur le coup.
“Linford, a dit l’un d’eux, ne connaissait même
pas la présence de cette substance après les tests
et il semble qu’elle se soit trouvée dans du thé
préparé avec du ginseng. Aujourd’hui, a poursuivi
M. Bindman, il veut oublier, mais il tient
absolument à être lavé de tout soupçon.”
M. Tony Ward, président du Board, s’est rangé
derrière son athlète et fera tout pour que
Christie ne soit pas à tort considéré — aussi —
comme un tricheur. »
L’Équipe, 18.10.1988.
(2) « Linford Christie, dans une
accordée le 10.06.1994 à la télévision, a fait une
étonnante révélation, avouant qu’il avait
songé… à se suicider à la suite de son implication
dans une affaire de dopage durant les Jeux
de Séoul. À l’issue du 200 m olympique de 1988,
il avait en effet été contrôlé positif, convaincu
d’avoir absorbé de la pseudoéphédrine. Christie
avait été absous in extremis en appel par le CIO.
Ce dernier avait retenu l’explication avancée
par le champion anglais, selon lequel une
absorption trop importante de… ginseng était à
l’origine de ce résultat. »
L’Équipe, 11.06.1994.
interview
Commentaires (NDLA) : Cette affaire est pour le moins troublante. Un laboratoire agréé
par le CIO ne peut donner de résultats positifs ou négatifs que par rapport aux règles
établies par la Commission médicale du même CIO. En septembre 1988, lors de la finale
du 200 m, soit il existait un seuil de tolérance — comme pour la testostérone et alors le
laboratoire se devait de communiquer un résultat négatif si la quantité de pseudoéphé
drine détectée dans les urines de Christie était en dessous de la barre — soit, si cette règle
n’existait pas, la seule présence de pseudoéphédrine devait être signalée par le responsable
du laboratoire et entraîner ipso facto la sanction du Britannique.
D’ailleurs, quatre ans plus tard, à Barcelone, la volleyeuse chinoise Wu Dan n’a pas bénéficié
du même traitement de faveur que Christie puisqu’elle a été sanctionnée pour dopage alors
qu’elle avait consommé un « produit naturel » vendu librement en Chine mais contenant
de la strychnine. « Nous sommes de nouveau face au problème des médecines traditionnelles
de certains pays. » a déclaré le prince Alexandre de Mérode, président de la Commission
médicale du CIO. « C’est ce qu’on appelle un cas malheureux et le fait qu’elle l’ait pris
sans en référer aux médecins de l’équipe n’ôte pas la culpabilité de la délégation qui doit
exercer un contrôle strict sur tout ce que ses athlètes absorbent » a-t-il expliqué.
À propos du cas Christie, rappelons que l’éphédrine et la pseudoéphédrine sont utilisées
par les sprinters pour diminuer le temps de réaction au moment du signal de départ.
1990 — Escrime — Roberta Giussani (Italie) : pour un « simple refroidissement »
(1) « … L’escrimeuse italienne Roberta Giussani
vient bien d’être convaincue de dopage
pour avoir soigné un simple refroidissement. »
L’Équipe Magazine, 26.05.1990.
(2) « La jeune épéiste italienne Roberta Giussani
a été suspendue trois mois par la Fédération
internationale pour dopage. Giussani
avait été contrôlée positive aux Championnats
du monde juniors en avril 1990. Pour justifier
l’existence des traces de noréphédrine, l’Italienne
avait expliqué qu’elle avait utilisé un
médicament pour soigner un rhume. Elle devra
rendre sa médaille de bronze. »
L’Équipe, 21.06.1990.
1993 — Rugby — Robert Du Preez (Afrique du Sud) : un demi de mêlée positif
à la phénylpropanolamine
« Robert Du Preez, le demi de mêlée qui a fait
l’automne dernier la tournée des Springboks en
France et en Angleterre, est suspendu pour trois
mois. Il a été contrôlé lors d’un match à Leeds et
a été jugé positif. Il est accusé d’avoir pris un
stimulant, du phénylpropanolamine (noréphédrine).
Il est vrai que l’on ne plaisante pas avec
les affaires de dopage en Afrique du Sud depuis
le premier cas décelé sur la personne du pilier
qui joua en France, à Mérignac, Balle Swart.
Le médecin de la Fédération sud-africaine,
Ismail Jakoet, a déclaré que la prochaine fois Du
Preez serait suspendu deux ans. Une troisième
condamnation entraînera la suspension à vie. »
L’Équipe, 11.03.1993.
1995 — Athlétisme (marathon) — Antoni Niemczac (Pologne) : Tokyo après
New York
Le Polonais Antoni Niemczac risque une suspension
de deux ans après avoir été déclaré positif
à l’éphédrine lors d’un contrôle antidopage pratiqué
au marathon de Tokyo. Niemczac avait
1997 — Athlétisme (poids) — Alexander Bagach (Ukraine) : exige un
dédommagement
déjà été suspendu pour deux ans en 1986 après
un contrôle positif aux stéroïdes anabolisants
lors du marathon de New York. »
Le Figaro, 30.03.1995.
hier midi vers Paris a, en effet, reconnu avoir
absorbé un mélange de produits énergétiques
en provenance des États-Unis contenant du
Ma-Huang, le nom chinois de l’éphédrine. Ce
produit étant en vente libre en pharmacie, il
peut être utilisé par tout le monde. Le laboratoire
médical d’Athènes a reconnu l’origine
végétale de la substance et croit en la bonne foi
de l’athlète. »
Le Parisien, 08.08.1997.
(2) 0 Le lanceur de poids Alexander Bagach qui
s’était vu retirer sa médaille d’or des Championnats
du monde d’Athènes (1997) après avoir été
contrôlé positif, exige à présent un dédommagement.
Auprès de qui ? De la société américaine
qui commercialise le produit responsable
de sa perte, appelé “Quick Energy”, sans
préciser qu’il contient de l’éphédrine. “Sur la
boîte, ils indiquent seulement que c’est un produit naturel” dit Bagach. Mais quand est-ce
que les athlètes comprendront que cette
mention ne signifie rien du tout ? Les pires
dopants sont dans la nature ! »
de MONDENARD J.P. Sur le front du dopage : la perte
de Bagach mérite-t-elle dédommagement ?
Sport et Vie, 1997, n° 45, novembre-décembre,
32-38 (34).
1998 — Basketball — Julius Nwosu (Nigeria) : deux mois ferme par la FIBA
(1) « Le Nigérien Julius Nwosu a subi un
contrôle antidopage positif à l’éphédrine,
mercredi, dans le cadre du Championnat du
monde à Athènes, a annoncé la Fédération
internationale de basketball (FIBA) hier. Selon
le règlement de la FIBA, Nwosu a été suspendu
en attendant la contre-expertise dont la date n’a
pas été précisée. »
Le Figaro, 01.08.1998.
(2) «L’intérieur nigérian Julius Nwoso qui
avait subi un contrôle positif antidopage à
l’éphédrine lors de la première phase du Championnat
du monde a été immédiatement
sùspendu pour deux mois ferme de toute
compétition en club comme en sélection par la
FIBA. Le joueur (2,02 m ; 27 ans), qui évoluait la
saison dernière à Galatasaray Istanbul (Turquie)
avait été contrôlé mercredi dernier à l’issue du
match pour la première journée opposant
l’Espagne et le Nigeria. Nwosu n’a pas demandé
de contre-expertise a précisé la FIBA. »
L’Équipe, 04.08.1998.
1998 — Culturisme — Chris Aceto (États-Unis) : du Ma-Huang pour mincir
Chris Aceto, un rédacteur de la revue Flex spécialisée
dans le culturisme, propose « 10 trucs
rapides pour mincir », avec, comme conseil n° 6
de prendre du Ma-Huang : « Le Ma-Huang est
l’équivalent végétal de 1 ‘éphédrine ; tous deux
favorisent la fonte des graisses en accélérant le
métabolisme. De plus, ils contribuent à préserver
la masse quand on mincit car ils encouragent
le corps à utiliser les réserves adipeuses et
non pas les protéines comme source principale
de carburant. La dose habituelle de Ma-Huang,
à prendre avant un entraînement, est de 334 mg,
soit deux capsules. Comme pour l’éphédrine,
le Ma-Huang ne devra pas être pris par les
sujets souffrant d’hypothyroïdie, d’hypertension,
d’asthme ou prenant des antidépresseurs
(tout spécialement les inhibiteurs de la monoamine-
oxydase). En fait, le Ma-Huang est plus
sûr que l’éphédrine de synthèse ; il est transformé
en sulfate d’éphédrine, forme chimique
qui permet une absorption plus rapide et plus
efficace par le corps. »
Acuro C. 10 trucs rapides pour mincir. Flex, 1998,
n° 25, 71-74 (73).
2000 — Gymnastique — Andreea Raducan (Roumanie) : le doute subsiste
(1) « La gymnaste roumaine Andreea Raducan
a été destituée, mardi 26.09, de son titre olympique
acquis au concours général individuel
pour dopage. Le Comité international olympique
s’est donc montré intransigeant avec la petite reine
des Jeux qui avait glané une autre médaille d’or
par équipes et l’argent au saut de cheval, contrôlée
positive jeudi 21.09, à la pseudoéphédrine.
Andreea Raducan a été privée de son titre olympique
au concours général individuel : “C’est
une manifestation triste pour l’athlète mais
évidente de la volonté résolue du mouvement
olympique d’éradiquer le dopage”, a commenté
le directeur général du CIO, François Carrard.
La sanction est jugée sévère dans le camp
roumain ; “Andreea a pris deux comprimés de
Nurofen Rhume pour soigner un refroidissement.
Ils ne sont absolument pas destinés à
améliorer les performances” a clamé le président
du Comité olympique roumain, Ion
Tiriac. Mais le CIO a suivi le règlement à la
lettre. “La présence d’une substance interdite
constitue un cas de dopage et entraîne automatiquement
la disqualification et la perte de la
médaille” a expliqué François Carrard. Cependant,
la Roumaine n’a pas plié bagages. Le
mouvement olympique n’a pas arrêté une décision
aussi radicale, estimant que la jeune fille a
été la victime de la négligence de son médecin
qui a été, lui, exclu des Jeux. Andreea Raducan
conserve par contre sa médaille d’or obtenue au
concours général par équipes et celle d’argent
au saut de cheval puisqu’elle n’a pas été testée
positive à l’issue de ces deux épreuves. Au
concours général individuel, l’or revient à une
autre Roumaine, Simona Amanar alors que la
Chinoise Liu Xuan monte sur le podium. Cette
affaire de dopage constitue quasiment une
première dans le milieu de la gymnastique qui a
été jusque-là épargnée. »
Sport O’FM.com, 26.09.2000.
(2) « Innocente dans ses intentions — le médecin
de son équipe lui aurait administré à son insu
un produit dopant — Andreea Raducan n’en est
pas moins coupable selon le code antidopage du
Comité international olympique. Celui-ci lui a
donc retiré ce mardi sa médaille d’or acquise
lors du concours général individuel, lui laissant
en revanche son titre acquis dans le concours
par équipes. Le directeur du CIO, François
Carrard, a toutefois indiqué que le produit
incriminé, de la pseudoéphédrine, n’améliore
aucunement les performances de l’athlète dans
ce genre de discipline. “Mais il s’agit d’une substance
interdite et le code antidopage est formel
là-dessus” a-t-il indiqué avant d’ajouter : “C’est
triste et dur pour elle, mais nous n’avions pas le
choix. C’est ainsi qu’on lutte contre le dopage et
il ne faut se laisser influencer par ses émotions”.
Le Comité olympique roumain a fait valoir que
Raducan avait été victime d’un refroidissement
et qu’il s’agissait uniquement de la soigner, sans
aucune intention de tricher. L’argument n’a pas
été reçu bien que l’éphédrine soit assez anodine
et en tout cas facilement décelable. »
NouvelObs.com/sport, 26.09.2000.
(3) « Jean-Claude Jacquetin, directeur technique
national français de la gymnastique, penche pour
un accident concernant les traces de pseudoéphédrine
trouvées lors d’un contrôle antidopage
positif de la Roumaine Andreea Raducan, après
son titre du concours général individuel. “Je pense
qu’il s’agit véritablement d’un accident. Les Roumaines
sont venues à Hyères (Var) pour un match
contre l’équipe de France, le 21 juillet dernier et
nous sommes allés plusieurs fois en stage en Roumanie.
Nous les connaissons bien depuis longtemps
et nous n’avons jamais rien remarqué. Il
n’est pas impossible que Raducan ait été victime
d’un refroidissement car il fait assez froid dans la
grande salle du SuperDome qui est climatisée, il
y a des courants d’air dans les couloirs et les gymnastes
sont en sueur après leur concours. On a
constaté des sautes de température allant jusqu’à
20 °C”. Les seuls cas de dopage constatés auparavant
en gymnastique ont concerné, voici plusieurs
années, des gymnastes bulgares dans les
analyses desquelles avaient été trouvés des diurétiques.
“Il s’agissait plus pour elles d’un problème
de poids que de la volonté d’améliorer leurs
performances” se souvient Jean-Claude Jacquetin.
“Nationalement, nous avons eu un ou deux cas de
gymnastes qui s’étaient administrés des gouttes
dans le nez sans faire attention. Plus des histoires
de jeunes qui avaient fumé un pétard en faisant
la fête le week-end. On dit que la gymnastique
est le solfège de tous les sports. Pour nous, la
formation passe avant la per-formante. La gym
reste une discipline à tous les sens du terme, y
compris le sens moral”, a conclu Jacquetin. »
Agence France-Presse, 26.09.2000.
(4) Commentaires du Dr Jean-Pierre de Mondenard
: « On s’est beaucoup épanché sur le cas
de la gymnaste roumaine Andreea Raducan qui
a dû rendre sa médaille d’or après un contrôle
positif à la pseudoéphédrine. L’ancien joueur de
Coupe Davis, Ion Tiriac, en sa qualité de président
du Comité olympique roumain, a immédiatement
pris sa défense : “Andreea a pris deux
comprimés de Nurofen pour soigner un refroidissement.
Ils ne sont absolument pas destinés à
améliorer les performances”. L’argument est
classique. Mais est-il recevable ? C’est vrai qu’à
faibles doses la pseudoéphédrine, comme son
chef de file, l’éphédrine, est présente dans
beaucoup de préparations pharmaceutiques
courantes. Pris aux posologies du codex, ces
médicaments ne sont pas dopants. C’est
évidemment l’abus que l’on redoute. Dès
l’année 1991, les experts du CIO ont donc
établi un seuil de tolérance de 5 pg/mL pour
l’éphédrine et de 10 pg/mL pour la pseudoéphédrine.
Au début de l’année 2000, on est même
passé à 10 pg/mL pour l’éphédrine et 25 pg/mL
pour la pseudoéphédrine. Cette précaution
semble donc exclure toute erreur d’interprétation.
Pourtant, en l’occurrence, le doute subsiste.
Ces mesures tiennent-elles compte du gabarit de
la gymnaste (1,48 m pour 37 kg) ? De nouvelles
mises en garde semblent nécessaires lorsqu’on
s’adresse à des jeunes filles dans des corps
d’enfants. Et David Douillet a beau jeu de
s’insurger sur la clémence des juges qui laisseront
finalement à Raducan ses autres médailles
recueillies au saut et au classement par équipe.
Avec son 1,97 met ses 128 kg, David Douillet ne
tire pas vraiment dans la même catégorie. Quoi
qu’il en soit, cette histoire est triste, comme
d’ailleurs le spectacle de ces poupées agiles
engagées dans des compétitions beaucoup trop
grandes pour elles ! »
de MONDENARD J.P. Sur le front du dopage : la clinique
de la poupée. Sport et Vie, 2000, n° 63,
novembre-décembre, 60-64 (61).
2000 — Motocyclisme — Noriyuki Haga (Japon) : 12 pg/mL
« Un pilote japonais, Noriyuki Haga, a été
contrôlé positif à l’éphédrine lors de la manche.
sud-africaine du Championnat du monde de
superbike à Kyalami, le 2 avril, a indiqué vendredi
12 mai la Fédération internationale motocycliste
(FIM) dans un communiqué. Selon la FIM,
l’échantillon d’urines fourni par Haga contenait
une concentration de 12 pg/mL d’éphédrine (seuil
limite : 10 pg/mL). Le pilote japonais a immédiatement
demandé une contre-expertise dont le
résultat sera connu dans quelques jours. »
Agence Fronce-Presse, 12.05.2000.
2001 — Athlétisme — Ato Boldon (Trinidad) : un simple blâme
« Le sprinter trinidadien Ato Boldon a été
contrôlé positif à l’éphédrine, une substance
stimulante interdite, lors d’une réunion d’athlétisme
en mai aux États-Unis, a annoncé la
Fédération internationale d’athlétisme samedi
8 septembre à Melbourne. Le secrétaire général
de l’IAAF Istvan Gyulai a confirmé lors d’une
conférence de presse le test positif concernant
Boldon, 27 ans. Ce dernier ne sera pas
suspendu, un contrôle positif à l’éphédrine
n’étant passible que d’un blâme. Le Trinidadien
sera également disqualifié de la réunion
d’athlétisme à l’issue de laquelle il a été contrôlé
positif. Boldon, qui a remporté trois médailles
de bronze olympiques et une d’argent,
s’entraîne sous la houlette de John Smith avec
l’Américain Maurice Greene, détenteur du
record du monde du 100 m. L’éphédrine est
une substance stimulante contenue dans ment des rhumes et des refroidissements. »
certains médicaments utilisés dans le traite- Agence France-Presse, 08.09.2001.
2002 — Football — Sead Seferovic (Bosnie) : pour le .3e tour préliminaire
« L’UEFA a annoncé mercredi 16 octobre la
suspension pour un an du joueur bosniaque
Sead Seferovic, convaincu de dopage. Le joueur
du club de Sarajevo Zeljeznicar a été contrôlé
positif à l’issue de la rencontre de ligue des
Champions (3e tour préliminaire) disputée par
son club contre Newcastle United le 14 août. La
commission de discipline de l’UEFA l’a reconnu
coupable de s’être dopé à l’éphédrine. La
suspension de l’UEFA ne concerne que les
compétitions continentales, mais l’organisation
a annoncé son intention de demander à la FIFA
de l’étendre au niveau international. »
Associated Press, 16.10.2002.
2002 — Football américain — Jason Sehorn (États-Unis) : ça peut vous tuer
La National Football League (NFL) a entamé en
juillet dernier un programme de détection de
l’éphédrine par des contrôles inopinés. Le football
est le premier sport américain à interdire
ce produit. Sehorn a aussi dénoncé les médecins
d’équipes qui pourvoient les joueurs en
produits à effet dopant, mais autorisés. “Les
anti-inflammatoires, la ration est deux fois par
jour, pour être sûr que vous pourrez jouer”,
explique-t-il. “Ils vous piquent juste avant le
match. Ils vous injectent de la cortisone avant
de rentrer sur le terrain. Ils vous piquent avec
n’importe quoi.”
“En revanche, si vous prenez de l’éphedra, qui
est en vente libre, alors on dit que ça peut vous
tuer…” »
Associated Press, 21.11.2002.
pris une demi-dose de Nyquil pour éliminer des
symptômes de rhume. Elle fut contrôlée positif
le jour suivant, disqualifiée de l’épreuve et
suspendue. [ …] Actuellement, toute trace de
substance interdite trouvée dans les urines est
considérée comme dopage. De nouvelles
réglementations sont nécessaires pour faire la
distinction entre l’usage médical et l’usage à des
fins d’aide ergogénique. »
In : Santé et physiologie du Cyclisme. Vitesse Press,
Brattleboro, 1992, 234 (219-220).
Dr Angello Cavalli (Italie), responsable d’un
laboratoire d’analyses médicales et médecin de
l’équipe cycliste Molteni : « C’est ma faute.
J’ignorais vraiment que le Mucantil (noréphédrine)
fut interdit. C’est un médicament que je
prescris toujours contre la toux. Ce dont je suis
persuadé c’est que ce sirop n’a pas aidé Eddy
Merckx à pédaler plus vite (contrôlé positif à la
noréphédrine après sa victoire du Tour de
Lombardie 1973) et que celui-ci aurait préféré
de loin ne pas avoir à en user… »
Cyclisme magazine, 1973, n° 71, 14 décembre, 29.
Jean-Michel Joly (France), journaliste scientifique
: « L’éphédrine fut retirée à une certaine
époque de la liste des produits interdits, mais il
fallut vite l’y réintégrer. Les analyses d’urine
montraient qu’en plein mois de juillet, époque
« Jason Sehorn, le cornerback des New York
Giants, l’une des équipes phares du Championnat
de football américain, a lancé un pavé dans
la mare en critiquant violemment sa fédération
pour interdire l’éphédrine mais pas la cocaine.
Sehorn, qui avait déclaré mercredi 20 novembre
qu’il utilise de l’éphedra quotidiennement depuis
le printemps dernier, est déçu qu’un joueur
contrôlé à ce stimulant léger écope de quatre
matches de suspension, alors qu’un utilisateur
de cocaïne ou de marijuana est simplement
contraint de suivre, sous la surveillance de la
NFL, un programme de traitement de cette
dépendance. “Si vous prenez de la cocaïne qui
peut véritablement vous transcender, vous êtes
dirigés sur le programme”, a-t-il déclaré dans le
Daily News. “Ils cherchent à vous aider, ce qui
est bien, mais ils vous laissent jouer !”
Controverse : témoignages pro domo
Dr Jacques Bouteille (France), médecin de la
Fédération française de cyclisme : « Il y a longtemps
que je réclame la suppression dans la liste
des interdictions de l’éphédrine et de l’heptaminol
qui ne sont pas des produits plus dangereux
que le solucamphre. »
L’Équipe, 09.11.1973.
Dr Edmund Burke (États-Unis), physiologiste
de l’exercice, spécialiste du cyclisme : « L’éphédrine
apparaît dans de nombreux médicaments
vendus sans ordonnance, utilisés pour traiter les
problèmes respiratoires. Elle figure sur la liste
des substances interdites par le C10 parce que
certains scientifiques et médecins pensent qu’elle
stimule le rendement du travail. [.. L’éphédrine
est censée affecter le système nerveux
sympathique qui contrôle les modifications de
fréquence cardiaque et régularise la production
d’adrénaline. Aucun effet favorable sur la
performance sportive n’a jamais été démontré
avec l’utilisation de l’éphédrine. [ ] Du fait
que l’éphédrine et la pseudoéphédrine apparaissent
dans de nombreux sprays oraux, un
cycliste qui prend innocemment un médicament
pour le rhume, peut être contrôlé
positif. Une telle situation s’est produite il y a
quelques années lors de la Coors Classic (course
à étapes) où une femme de niveau national a pourtant peu propice aux rhumes, les coureurs
cyclistes l’utilisaient quasi systématiquement. »
Science et Vie, 1978, n° 123, hors série, juin, 112-120
(116).
Jean-Marie Leblanc (France), cycliste professionnel
de 1967 à 1971, journaliste : « La lutte
antidopage en arrive à cette absurdité :
contrainte d’ignorer certaines préparations “de
cheval” faute de moyens, elle s’arrête sur des
peccadilles (il y a de l’éphédrine dans certains
aliments diététiques !) »
L’Équipe, 11.11.1987.
Dr Bruno de Lignières (France), endocrinologue
propagandiste du rééquilibrage hormonal
sportif : « Le nombre de sportifs sanctionnés
cause de l’éphédrine a largement contribué à
ruiner la réputation desdits contrôles parmi les
sportifs puisque nombre d’entre eux se sont
réellement fait piéger en se soignant. »
In : Vive le dopage ? Enquête sur un alibi. Flammarion,
Paris, 1999, 260 (89).
Olaf Ludwig (RDA), cycliste professionnel de
1990 à 1996: « Je constate maintenant qu’à ce
propos on fait preuve de parti pris, vis-à-vis de
nous. Quelqu’un de soi-disant positif parce
qu’il a pris 0,03 g d’éphédrine pour tenter de
combattre un refroidissement est d’office mis
sur le même pied que Ben Johnson. »
Sport 90, 1990, n° 4, 7 mars, 80.
Gianni Motta (Italie), cycliste professionnel de
1964 à 1974 : « Le laboratoire de Rome découvre
des traces d’éphédrine dans les urines de Gianni
Motta à l’issue de la deuxième étape du Tour
d’Italie. Explication de l’intéressé : “Je n’ai
jamais pris un produit dopant, je me soigne
depuis quelque temps avec des infusions contenant
de l’éphédravulgaris, jamais je n’ai pensé
que je pouvais enfreindre les règlements.” »
L’Équipe, 28.05.1971.
Dr Max Novich (États-Unis), membre de
l’American College of Sports Medicine : « On
utilise l’éphédrine pour dégager le nez et aider la
respiration, étant donné qu’il est dangereux en
boxant de respirer par la bouche parce que la
mâchoire et les dents peuvent être plus facilement
brisées. »
In : NovicH M.M. Sport et doping. Abbotempo, 1964,
n° 2, 26-29 (26).
Luis Ocatia (Espagne), cycliste professionnel
de 1967 à 1977: « L’éphédrine n’est pas, à mes
yeux, un dopant. Cela, en tout cas, n’active pas
le rendement d’un coureur. L’absorption d’amphétamines
est, en revanche, condamnable. Là,
d’accord, nous entrons dans le domaine du
doping. Mais pour le reste… »
L’Équipe, 16.11.1973.
Claude Parmentier (France), journaliste
sportif : « II faudra bien un jour se décider à
savoir si quelques gouttes d’éphédrine à usage
nasal peuvent être considérées comme un
produit dopant ou comme une médication que
n’importe quel médecin traitant peut prescrire
même à un coureur cycliste. »
In : Au milieu de l’incohérence. Miroir du Cyclisme,
1971, n° 146, septembre, 3.
Dr Paul Pilardeau (France), médecin responsable
d’un centre médico-sportif : « Les amphétamines,
les anorexiques et l’éphédrine ne diminuent
pas la fatigue, mais seulement la
sensation de fatigue et permettent à l’organisme
de franchir ses propres barrières de sécurité. »
In : Guide médical du sportif Veyrier, Paris, 1981,
366 (169).
Harald Schumacher (RFA), goal de Cologne et
de l’équipe nationale : « Parmi les substances les
plus appréciées des joueurs de football, on trouve
différents sirops antitussifs à base d’éphédrine.
Comme je l’ai appris depuis, l’éphédrine
augmente l’agressivité, l’endurance et les capacités
de résistance physique. E …] Gare aux effets
secondaires de l’éphédrine. On peut, sans s’en
rendre compte, dépasser ses propres limites.
Faire violence à son organisme. On grignote
alors son propre capital biologique. Sans aucun
moyen de contrôle, sans que le corps puisse
lancer, par la douleur ou la fatigue, son cri
d’alarme habituel : Stop ! Je n’en peux plus ! »
In : Coups de sifilet Michel Lafon/Carrère, Paris, 1987,
299 (145).
Jean Stablinski (France), coureur cycliste
professionnel de 1953 à 1968, directeur sportif
de l’équipe Sonolor-Lejeune 1971 : « Yves Hézard
(champion de France 1971 contrôlé positif à
l’éphédrine et déchu de son titre) se met
souvent des gouttes dans le nez soi-disant pour
mieux respirer. Quand j’étais jeune coureur, je
n’aimais pas cela du tout, mais le soigneur insistait
et je finissais par le laisser faire en pensant :
si cela ne fait pas de bien, ça ne peut sûrement
pas faire grand mal. »
ln : BASTIDE R., PAGNOUD G. Quatre du Tour : Guimard,
Thévenet, Danguillaume, Hézard. Solar, Paris,
1973, 286 (242).
Réglementation
1958 — Organisation mondiale de la santé (OMS)
« La Commission des stupéfiants de l’Organisation mondiale de la santé vient simultanément
de découvrir et de prohiber un “nouveau” stupéfiant. Il s’agit du khat, ou catha
edulis (norpseudoéphédrine) qui pousse sur les hauts plateaux éthiopiens et dans les
régions voisines. Les feuilles du khat peuvent être fumées, mâchées ou absorbées sous
forme de pâtes ou d’infusions. Comme la plupart des toxicomanies, l’usage régulier du
khat provoque d’abord une grande exaltation avec agitation, puis une dépression
profonde. Les enquêteurs de l’OMS ont signalé que les salariés de Djibouti consacraient
en moyenne 25 % de leur salaire à l’achat de feuilles de khat et qu’à Aden (aujourd’hui
fait partie du Yemen du Sud), les dépenses annuelles de la population en khat s’élevaient
à 2 500 000 livres (2,716 milliards de francs de l’époque). »
Science et Vie, 1958, n° 484, janvier, 24.
1966 — Décret n° 66-373 du 10 juin 1966 de la loi française du l er juin 1965
L’éphédrine et dérivés sont interdits (stimulants).
1967 — Liste UCI
L’éphédrine en tant qu’amine stimulante est interdite et émarge au groupe 2.
1968-1969 — Liste UCI
Pour cette année, l’UCI distingue deux listes, A et B. Les éphédrines, leurs homologues et
dérivés sous toutes leurs formes et associations figurent dans la liste B. Tous les produits
inscrits sur la liste A sont totalement interdits alors que ceux du groupe B ne le sont qu’en
dehors d’une prescription médicale. Pour justifier l’emploi de ces médicaments, le
coureur devra présenter, avant le contrôle antidopage, un certificat médical récent et écrit
mentionnant la thérapeutique en cours. La Commission médicale (UCI ou Fédération
française de cyclisme) se réserve le droit d’interpréter le résultat des analyses, faites dans
un des laboratoires agréés, concernant ces produits et de tenir compte ou non du certificat
médical introduit.
1968 — Liste CIO
L’éphédrine fait partie de la première liste des produits interdits à l’occasion des Jeux
olympiques. Elle appartient au groupe 1: amines sympathomimétiques (ex. amphétamines),
éphédrine et substances apparentées.
1968-1970 — Liste FFC
De 1968 à 1970, l’éphédrine et ses dérivés sont soumis à un régime de faveur (ceux-ci sont
signalés sur la liste par un astérisque). Leur utilisation n’est pas sanctionnée si le coureur
cycliste présente un certificat médical de date récente et prouvant clairement la nécessité
d’un tel emploi pour une cure thérapeutique en cours, avec indications précises des doses
conseillées. En 1971, ce passe-droit est supprimé, car durant la période de « libéralité »,
elle a été signalée dans la majorité des analyses, y compris en plein été, à une époque où
l’on soigne plutôt les insolations que les rhumes de cerveau.
1970 — Liste UCI
L’éphédrine est rayée de la liste des substances défendues.
1971 — Liste UCI
Pour l’année 1971 et après un an d’absence, a été rajouté le groupe d’éphédrine et d’éphédrino-
simile. L’utilisation de cette famille de substances est de ce fait totalement interdite
en période de compétition.
1983 — Listes CIO et UCI
Témoignage du biologiste allemand Manfred Donike « Mon sentiment est que les
règlements de la Commission médicale du CIO devraient être applicables par toutes les
fédérations. Or, c’est loin d’être le cas. Ainsi, parlons de l’éphédrine, substance destinée à
soigner les rhumes ou les refroidissements : son utilisation pourrait être évitée en lui substituant
des produits tout aussi efficaces mais licites. Encore faudrait-il que la Fédération
internationale de cyclisme prévienne les coureurs. Or, l’éphédrine a été d’un usage
courant, notamment aux Championnats du monde, où les analyses ont démontré que
90 % des testés utilisaient ce produit à doses massives. »
PARIENTÉ R. Dopage : la poursuite infernale. L’Équipe Magazine, 1983, n° 176, 17 décembre, 45-47 et 55.
1990 — Liste CIO
L’éphédrine et apparentés font partie du groupe A : stimulants.
Remarque : à doses faibles l’éphédrine, la pseudoéphédrine, le phénylpropanolamine, la
norpseudoéphédrine, sont souvent présentes dans les préparations contre les refroidisse-
ments et le rhume des foins qu’on peut se procurer en pharmacie ou même dans des officines
spécialisées sans avoir besoin d’une prescription médicale. La plupart de ces médicaments
pris aux posologies du codex ne sont pas des dopants. Par contre, ils contiennent
un principe actif pouvant induire une réaction positive des tests pratiqués lors des
contrôles antidopage. Aussi aucun produit contre les refroidissements, le rhume des foins
ou la grippe acheté par un concurrent ou qui lui a été donné ne doit être utilisé sans au
préalable vérifier auprès d’un médecin du sport ou d’un pharmacien que ce produit ne
contient aucune substance de la classe interdite des stimulants.
À l’inverse, les dérivés de l’imidazoline, substance vasoconstrictive, administrés dans le
but d’obtenir une décongestion nasale n’ont pratiquement pas d’effet stimulant sur le
système nerveux central et sont donc permis.
Par exemple :
— la naphazoline : Frazoline ;
— l’oxymétazoline : Iliadine 50 et Iliadine 25.
1990 — Liste UCI
L’Union cycliste internationale est la seule fédération à réglementer l’éphédrine à partir
d’un dosage quantitatif : un échantillon sera considéré comme positif si la concentration
dans les urines dépasse 5 ûg/mL.
1990 — Liste IAAF
Depuis janvier 1990, l’IAAF distingue deux parties avec sanctions modulées en fonction
des substances interdites. L’éphédrine qui figure dans la seconde entraîne une suspension
de 3 mois lors de la 1″ infraction alors que les stéroïdes anabolisants « coûtent » deux ans.
1991 — Liste UCI
Dans sa mise à jour annuelle, l’Union cycliste internationale prévoit des seuils quantitatifs
différents suivant les principes actifs.
Pour l’éphédrine, la cathine (norpseudoéphédrine) et la méthyléphédrine, un échantillon
sera considéré comme positif si la concentration dans les urines dépasse 5 l_tg/mL. Pour la
pseudoéphédrine et la phénylpropanolamine, un échantillon sera considéré comme
positif si la concentration dans les urines dépasse 10 μg/mL.
1991 — Liste secrétariat d’État de la Jeimesse et des Sports (SJS)
L’éphédrine et apparentés sont prohibés par l’ensemble des instances internationales. En
France, l’arrêté du 3 janvier 1991 précise que l’éphédrine et apparentés peuvent faire
l’objet d’une justification thérapeutique. Cette mesure sera supprimée en 1998 avec
l’alignement de la Loi française sur la liste du CIO.
1995 — Liste des stupéfiants
Un arrêté du 19 juillet 1995, ajoute, à la liste des substances classées comme stupéfiant, le
khat (cathine ou norpseudoéphédrine).
1998 — Réglementation — OMS : proposition de la classer parmi les drogues
« L’Organisation mondiale de la santé propose que l’éphédrine, utilisée entre autres dans
des médicaments contre la toux et l’asthme, soit classée comme drogue (produit narcotique).
L’organisation mondiale de surveillance des drogues estime que l’éphédrine,
produit stimulant interdit par le Comité international olympique, est de plus en plus
utilisée et “une certaine part de sa production est transformée en amphétamines”, a
déclaré à Helsinki le responsable des produits pharmaceutiques de l’OMS, Mme Juhana
Idaenpaeae-Heilddlae. »
Agence Fronce-Presse, 25.09.1998.
2003 — Listes CIO, UCI et MJS (arrêté du 31.07.2003)
L’ensemble des réglementations internationales prohibent l’éphédrine pendant les
compétitions et l’autorisent en dehors.
2004 — Liste AMA
Depuis janvier, l’Agence mondiale antidopage édicte et publie au plan international, la
seule liste faisant désormais référence pour l’ensemble du mouvement sportif. L’éphédrine,
la cathine (norpseudoéphédrine) et la méthyléphédrine appartiennent à la section compétitions. La pseudoéphédrine et la phénylpropanolamine (noréphédrine) ne sont
plus considérées comme des substances dopantes. Signalons toutefois que ces deux
proches parents de l’éphédrine ont été inclus dans la partie III de la réglementation dit
« Programme de surveillance ». Le Code mondial spécifie que « l’AMA, en consultation
avec les autres signataires et les gouvernements, établira un programme de surveillance
portant sur d’autres substances ne figurant pas dans la liste des interdictions, mais qu’elle
souhaite néanmoins suivre pour pouvoir en déterminer les indices de mésusage dans le
sport ». L’éphédrine et la méthyléphédrine font partie d’un paragraphe spécifique où il est
précisé que si l’athlète démontre qu’il ne les a pas utilisés dans un but dopant, la sanction
doit être atténuée.
Références
ASSOULY M., DALLY S. Le ma-huang. Courrier Addictions, 2002, 4, n° 3, juillet-août, 117.
DONOHE T., JOHNSON N. [Tricheries sportives]. Basil Blackwel, Oxford, New York, 1986, 200.
HALLER C.A., BENovrrz N. Un danger possible des compléments alimentaires contenant des alcaloïdes
d’éphédrine (compte rendu de Véronique Nguyen). Quot. Méd., 2000, n° 6827, 21 décembre, 6.
HUGUET J., TALBOT P. Problèmes posés en thérapeutique ORL par le respect de la législation antidopage. ln :
ORL et sport. Colloque SFMS et CMFFBB du 30 janvier 1977. Laboratoires Servier, Neuilly-sur-Seine,
1977, 78 (73-78).
JoLY S. Dopage par les substances d’origine végétale. Thèse Pharm., 1985, Paris 11, n° 427/83 (Pdt A. Cave).
MARCHAND J. L’ambiguïté de l’éphédrine. L’Équipe, 16.11.1973.
PELT J.M. Drogues et plantes magiques. Fayard, Paris, 1983, 336 (288-291).
RAPP J.P. L’éphédrine. ln : Le doping des sportifs. Éd. Médicales et Universitaires, Paris, 1977, 245 (39-43).
SCHUMACHER T. Sexe et doping. ln : Coup de sifflet. Michel Lafon-Carrére, Paris, 1987, 299 (132-149).
SIDNEY K.H., LEFCOE N.M. [Les effets de l’éphédrine sur les réponses physiologiques et psychologiques à
l’exercice maximal et submaximal chez l’homme]. Med. Sci. Sports, 1977, 9, n° 2, 95-99.

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DIHYDROTESTOSTÉRONE (DHT)

L’ambroisie des naïades de l’Empire du Milieu » La dihydrotestostérone est le métabolite 5a réduit de l’hormone mâle. Là où la testostérone agit directement sans 5-alpha réduction, la DHT est aussi active à concentrations plasmatiques égales. L’hormone mâle est métabolisée dans les organes cibles et produit alors deux androgènes, la DHT et le 5a androstanediol. La majeure partie de la testostérone circule sous forme liée (98 %) à une globuline, la SHBG (Sex Hormone-Binding Protein) qui lie aussi la DHT, l’estradiol et les A5 androstanediols. Différents facteurs sont susceptibles de modifier le taux de testostérone circulant. Ils agissent soit directement sur les cellules sécrétrices testiculaires (c’est le cas de l’intoxication éthylique aiguë) soit — le plus souvent— en modifiant la fréquence ou l’amplitude des pulsations hypophysaires de LH. Les opioïdes morphiniques (morphine, opium) agissent de même, ce qui explique l’hypogonadisme des toxicomanes. L’alcool, le stress, la chirurgie, le sport intense, la restriction calorique et le régime végétarien ont le même

effet déplétif. Seules la testostérone et la DHT sont capables de se lier à un récepteur intracellulaire
spécifique et sont donc considérées comme des androgènes actifs. La 5 alpha-réductase
(5a R) est l’enzyme qui transforme la testostérone en DHT dont l’affinité pour les récepteurs
aux androgènes est cinq fois supérieure à celle de la testostérone.
À partir de 1982 et la mise au point par le biologiste allemand Manfred Donike du test de
détection de la testostérône (résultat non négatif lorsque le rapport testo-épitestostérone
est supérieur à 6), les sportifs qui ne voulaient pas prendre le risque d’un contrôle positif
ont remplacé pour leur petit déjeuner la testostérone par la DHT, et cela jusqu’en
octobre 1994, date à laquelle les toxicologues japonais ont réussi le dépistage de la DHT.
► ASPECTS PHARMACOLOGIQUES
Spécialités pharmaceutiques (exemples)
Nom commercial DCI MSM RDM
Andractim Androstanolone 1983
Permastril Drostanolone (dérivé DHT) 1968 1991
Spécialités étrangères
Anabolex, Andractim (Belgique), Androlone, Androstanolone, Apeton (Japon), Dinestil,
Neodrol, Standrol, Stanolone.
Tableau
Liste II.
Propriétés et indications thérapeutiques d’Andractim (Vidal 1983 et 2002)
Propriétés
La dihydrotestostérone est un métabolite 5a réduit de la testostérone et représente la
forme active de cet androgène naturel au niveau des organes génitaux (externes et
internes), du système pilo-sébacé et de l’os.
Sur les tissus ou métabolismes androgénodépendants où la testostérone agit directement,
sans 5a réduction préalable (système nerveux central, libido, muscles, anabolisme protidique),
la dihydrotestostérone est, à concentrations plasmatiques égales, aussi active,
voire plus, que la testostérone.
L’administration percutanée de dihydrotestostérone ne modifie pas la sécrétion de FSH
et n’induit aucune action inhibitrice sur la spermatogenèse et la trophicité testiculaire.
La dihydrotestostérone est l’androgène naturel le plus apte à corriger les insuffisances
androgéniques secondaires à un déficit général (congénital, vieillissement masculin) ou
local (lichen sclérotrophique) de la 5a réductase.
La dihydrotestsotérone n’étant pas aromatisable en estradiol, son administration
n’entraîne pas l’élévation indésirable de l’estradiolémie.
Indications
> Chez l’homme
—T raitement des déficits androgéniques généraux : hypogonadisme permanent (d’origine
testiculaire ou hypophysaire), hypogonadisme fonctionnel (interventions chirurgicales,
polytraumatismes, brûlures, stress physiques ou psychiques intenses et prolongés).
—T raitement des déficits androgéniques locaux : gynécomastie « idiopathique », lichen
scléro-atrophique balano-préputial.
> Chez la femme
—L ichen scléro-atrophique vulvaire.
Dangers d’Andractim (Vidal, 1983 et 2002)
Contre-indications
—C hez l’homme : cancer de la prostate.
—C hez la femme : l’utilisation de l’Andractim est à proscrire formellement dans le cadre
d’une androgénothérapie générale, en raison du risque de virilisation.

Effets indésirables
Chez l’homme, certains signes cliniques (irritabilité, agitation, prise de poids inopinée) révèlent
une androgénisation trop intense : une réduction de la posologie corrige rapidement
l’hyperandrogénie clinique et biologique. L’apparition de séborrhée ou d’acné dans certains
territoires cutanés (visage, épaules, thorax) témoigne d’une excessive réceptivité locale à une
androgénicité plasmatique normale. Une application sur des zones à distance des lésions
(abdomen, cuisses) et une diminution de la posologie évite secondairement ces inconvénients.
Chez la femme, une hypertrichose pubienne peut être observée au cours d’un traitement
local. Une hypertrophie clitoridienne témoigne d’un effet local trop intense et nécessite
une diminution de la posologie. Tout signe d’androgénisation générale (séborrhée, acné,
pilosité à distance, raucité de la voix) traduirait un surdosage patent.
► PRATIQUE SPORTIVE
Effets allégués et recherchés par les sportifs et leur entourage médico-technique
(théoriques, empiriques et scientifiques)
— Prendre le relais d’une cure de stéroïdes anabolisants en vue d’une compétition où
seront pratiqués des tests antidopage. Jusqu’en 1994 et la mise au point par les Japonais
d’un test spécifique, la DHT n’était pas détectable car ne modifiant pas le rapport testoépitesto,
jusqu’alors la seule expertise biologique capable d’identifier et, malheureusement,
pas à 100 %, les tricheries à l’hormone mâle et à ses dérivés.
— Obtenir les effets positifs des stéroïdes anabolisants (agressivité, capacité à s’entraîner,
masse musculaire, etc.) sans risquer deux effets secondaires : nocivité hépatique et gynécomastie.
Pour cette dernière, cela est dû au fait que la DHT n’étant pas aromatisable en
estradiol, son administration n’entraîne pas l’élévation indésirable de l’estradiolémie.
— Remplacer avantageusement la testostérone en raison de ses propriétés plus anabolisantes
et moins androgéniques (virilisantes).
— Cf testostérone et anabolisants (stéroïdes).
Spécialités sportives les plus concernées (témoignages et contrôles antidopage)
— Athlétisme.
— Canoë-kayak.
— Cyclisme.
— Haltérophilie.
— Natation.
— Et toutes les spécialités adeptes des stéroïdes anabolisants.
Principales affaires (extraits de presse)
1988 — Culturisme — Jean Texier (France) : jusqu’à la veille d’un contrôle antidoping
Le journaliste-culturiste Jean Texier du Monde
du Muscle donne des conseils « techniques » pour
améliorer les connaissances de ses lecteurs sur la
famille des anabolisants et, parmi elle, la DHT :
« Cet androgène (la testostérone) par excellence
n’est qu’une préhormone, tout au moins
pour son pouvoir virilisant. Son dérivé, la DHT
(5-alpha dihydrotestostérone), est produit par la
cellule-cible, à partir de la testostérone et de la
5-alpha réductase. C’est la DHT qui intervient
ensuite directement dans la synthèse protéique,
au niveau d’organes androgénodépendants
comme la prostate, par exemple. Au niveau du
muscle, par contre, la testostérone agit directement
sur des récepteurs spécifiques. »
Parmi les produits à base de DHT, il présente
l’Andractim androstanolone, dérivé directement
de la dihydrotestostérone. La DHT est le
métabolite actif de la testostérone naturelle au
niveau des organes génitaux externes et internes,
ainsi qu’au niveau du système pilo-sébacé.
Produit administré localement sur la peau.
Celle-ci assure une perfusion lente et régulière
dans la circulation générale (mode d’administration
qui n’induit pas de pics supra-physiologiques
comme les injections de produits rapides).
Le produit a un effet local et général. Il est très
virilisant, donc réservé aux hommes. Il ne
provoque pas de gynécomastie et n’induit pas
de dépression de l’axe gonado-hypophysaire (la
production endogène de testostérone est maintenue).
Ce produit a la réputation de pouvoir
être appliqué sur la peau jusqu’à la veille d’un
concours avec contrôle antidoping ».
Ensuite, Jean Texier présente plus succinctement
le Permastril (retiré du marché en 1991) : o proprianate
de drostanolone (dérivé de la DHT).
Ester injectable à action rapide. Peu anabolisant
et peu virilisant. Utilisé chez la femme contre le
cancer du sein. Action antiestrogénique. »
TEXIER J. Tout savoir sur les anabolisants. Jibéna,
Paris, 1988, 317 (35 et 185).
1992 – Athlétisme – Werner Reiterer (Australie) : elle est apparue dans les années
1980…
Témoignage du discobole australien Werner vaient être détectés. La DHT était particulière-
Reiterer, extrait de son livre sur les arcanes du ment utilisée à la fin des années 1980, surtout
dopage : « Aux JO de Barcelone en 1992, on a par les athlètes américains. Environ une douzaine
utilisé la dihydrotestostérone. Ce produit est d’athlètes chinois seront finalement contrôlés
apparu dans les années 1980. Selon un expert en positifs à la DHT en 1995. »
endocrinologie, il existait plus de vingt stéroïdes REITERER W. Positive. Macmillan, Sydney, 2000, 282
aux propriétés similaires à la DHT, qui ne pou- (83).
1992 – Effets ergogéniques – Louis Dehennin (France) : peu ou pas utilisée
pour des motifs de dopage
Commentaires de Louis Dehennin, biologiste anabolisante. En plus, le muscle contient des
exerçant à la Fondation de recherche en hormo- 3a/3a-hydroxystéroïde déshydrigénases très
nologie à Fresnes : « ce qui détermine la nature actives qui transforment la DHT en androstade
l’androgène physiologiquement actif, ce nediols de faible affinité pour le récepteur
n’est donc pas tellement la spécificité du androgénique. Pour cette raison et aussi à cause
récepteur des androgènes, mais plutôt la biodis- de la plus grande affinité pour la SHBG’ (5 fois
ponibilité du ligand, qui dans le cas du muscle plus grande que celle de la testostérone), la
est la testostérone. En effet, le muscle contient DHT est peu ou pas utilisée pour des motifs de
très peu de 5a réductase empêchant ainsi toute dopage. »
accumulation de dihydrotestostérone par DEHENNIN L. Androgènes et dopage. Reproduction
biosynthèse locale, et le taux de DHT circulant humaine et hormones, 1992, 5, n° 8, 619-631
n’est pas suffisant pour y avoir une action (623-624).
1992 – Effets ergogéniques – Dr Bob Goldman (États-Unis) : rôle majeur
dans la construction des muscles
Commentaires du Dr Bob Goldman, médecin facial et de la calvitie génétique. Elle joue un rôle
du sport spécialiste des anabolisants et ancien majeur dans la construction des muscles squelet-
« homme fort » : « Dihydrotestostérone — hor- tiques. Une grande partie de la testostérone
mone se trouvant naturellement dans le corps et endogène et exogène est transformée en DHT
qui sert de composé de base d’un grand nombre dans le corps. Certains effets secondaires de la
de préparations stéroïdiennes. La DHT est DHT sont l’acné et l’accélération de la calvitie. »
responsable de plusieurs des effets androgéniques GOLDMAN B., KLA-rz R. (La mort dans le vestiaire : substandistincts
de la testostérone, tels le développement ces dopantes et sports, 2e éd.] Elite Sports Medicine
des organes reproducteurs mâles, du duvet Publications, Chicago, 1992, 386 (296).
1994 — Natation — Jeux asiatiques : overdose chinoise
(1) « Pas moins de onze participants chinois dant refusé à dévoiler l’identité des concurrents
ont été contrôlés positifs en octobre dernier aux concernés. Mais il a précisé que parmi ces onze
Jeux asiatiques ! Parmi eux figurerait Bin Lu, la dopés, tous médaillés à Hiroshima, figuraient
recordwoman du monde du 200 m quatre nages. sept membres de l’équipe chinoise de natation,
La Grande Muraille continue de se lézarder. dont l’un avait battu à cette occasion un record
Quelques jours seulement après la suspension du monde.
de deux ans infligée pour dopage à Aihua Yang, Comme Bin Lu (quatre fois victorieuse à
championne du monde du 400 m nage libre, Hiroshima et trois fois championne du monde
Yoshio Kuroda, président de la Commission un mois plus tôt à Rome) avait été la seule à
médicale du comité olympique asiatique, vient établir, lors de ces Jeux, un nouveau record
en effet de révéler que onze sportifs chinois mondial — celui du 200 m 4 nages en 2′ 1″ 57 —,
avaient été contrôlés positifs lors des Jeux asiati- il n’est évidemment pas difficile de mettre un
ques d’Hiroshima (Japon), en octobre dernier ! nom sur au moins un des onze flacons. Selon
Le dirigeant japonais a indiqué que les contre- l’agence japonaise Kyodo, ce lot de participants
expertises avaient été effectuées en sa présence, convaincus de tricherie comprend Aihua Yang.
samedi 26 et dimanche 27 novembre, au Mitsu- Le contrôle positif de cette dernière, déjà officiabishi
Yuka Bio-Médical de Tokyo, le seul labo- lisé depuis quelques jours, a certes été effectué
ratoire de contrôle antidopage du pays à être avant les Jeux asiatiques, mais le résultat n’en
accrédité par le CIO, et qu’elles avaient confirmé ayant été communiqué qu’ultérieurement, elle
les premières analyses. M. Kuroda s’est cepen- avait pu concourir normalement.

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PÉMOLINE (DELTAMINE, STIMUL)

PÉMOLINE (DELTAMINE, STIMUL)
« La vitamine d’Eddy Merckx »
Plusieurs champions belges, Freddy Maertens, Eddy Merckx, Michel Pollentier, Walter
Planckaert, Willy Teirlinck, sont déclarés « positifs » dans des contrôles antidopage effectués
au printemps 1977 en Belgique et analysés par le Pr Michel Debackere. Ces coureurs
avaient utilisé un produit, la pémoline, qui, à l’époque, n’était pas encore décelé dans les
liquides biologiques et était commercialisé en Belgique sous le nom de Stimul et en France
sous celui de Deltamine. Freddy Maertens en particulier avait été déclaré « positif » dans
trois épreuves. Après la chute en 1974 du groupe des pipéridines (Lidépran, Mératran,
Ritaline) par le même laboratoire, un deuxième bastion important des substances
jusqu’alors indécelables venait de tomber.
► ASPECTS PHARMACOLOGIQUES
Spécialités pharmaceutiques (exemples)
Nom commercial DCI MSM RDM
Deitamine (France) Pémoline 1960 1982
Stimul (Belgique) Pémoline 1968 2001
Spécialités étrangères
Anform, Azoksodon, Centramin Cylert (États-Unis), Constimol, Deltamina, Deadyn, Didascon,
Endolin, Epitoin, Estimule, Fenoxazolum, Gerostop, Glutaton, Hyton (D), Juston-Wirkstoff,
Kethamed (Angleterre), Nitan (Israël), Notair, Okodon, Pemoline, Phenalone, Phenoxine
(Belgique), Pioxol, Plenium, Pondez (Pays-Bas), Psicoblitz, Ronyl (Angleterre), Sigmadyn,
Sistral, Sofro (Allemagne), Stimul (Belgique, Suisse), Stimulol (Angleterre), Tradon (Pays-
Bas, Allemagne, Suisse), Vidil, Volital.
Tableau
Tableau C.
Propriétés et indications thérapeutiques
Deltamine
C’est un neurostimulant dont l’effet se fait sentir sur le système nerveux central sans
retentissement neurovégétatif (action stimulante de la corticale due probablement à une
stimulation de la formation réticulée ascendante activatrice). Différente des amphétamines,
la Deltamine est indiquée dans toutes les formes d’asthénie physique, psychique ou
sensorielle. Elle agit comme défatiguant (action mixte stimulante sur le cortex et sédative
sur la mésencéphale). Sur le plan clinique, la Deltamine est utilisée d’une part comme contre-asthénique dans les états d’asthénie physique et psychique, dans la sénescence ; elle
peut également compenser les effets dépresseurs engendrés par l’administration de
neuroleptiques, d’hypotenseurs ou d’antihistaminiques. Par ailleurs, la Deltamine est
largement utilisée en neurologie et en neurochirurgie particulièrement dans les convalescences
neurologiques et neurochirurgicales. Dans le domaine sportif, elle se présente
comme un médicament préventif de la fatigue, mais, il va de soi que la Deltamine peut être
considérée comme un produit dopant (laboratoire Aron).
Stimul
C’est un stimulant du système nerveux central ; il dissipe la fatigue et stimule les facultés
intellectuelles. À l’encontre d’autres stimulants, le Stimul est dépourvu de tout effet sur le
coeur, la • circulation ou la motricité. L’appétit est plutôt augmenté que diminué.
Indications : états de fatigue et d’épuisement, difficulté de concentration. Défaut
d’énergie dans les dépressions exogènes et la convalescence.
Dangers
Contre-indications
Anxiété, antécédents de toxicomanie, états prépsychotiques, agitation.
Effets secondaires
Nervosité, tachycardie, insomnie, hépatite fulminante (?), augmentation des phosphatases
acides (?), risque modéré de pharmacodépendance.
Surdosage
Une posologie excessive peut entraîner une certaine nervosité, voire une insomnie. II
suffit alors de réduire le nombre de comprimés quotidiens. Signes de l’intoxication aiguë :
irritabilité, angoisse, insomnie, confusion aiguë, hallucinations, hyperthermie, hyperexcitabilité
myocardique, intolérance digestive, convulsions.
a. PRATIQUE SPORTIVE
Effets allégués et recherchés par les sportifs et leur entourage médico-technique
(théoriques, empiriques et scientifiques)
— Stimuler le système nerveux central et l’éveil.
—R enforcer la confiance en soi.
—A ccroître le « mental » et la volonté.
— Gommer la sensation de fatigue.
—M otiver l’envie de lutter au maximum.
Spécialités sportives les plus concernées (témoignages et contrôles antidopage)
Surtout le cyclisme mais aussi toutes les spécialités sportives qui sont déjà consommatrices
d’amphétamines.
Principales affaires (extraits de presse)
1973 — Cyclisme — Eddy Merckx (Belgique) : le sujet de la thèse de pharmacie de
son frère
« En 1977, Eddy Merckx fait l’objet d’un
contrôle positif après une classique belge avec
six autres coureurs de premier plan. Le champion
belge est “tombé” lors de la première application
d’une méthode capable de déceler le
Stimul, produit à action amphétaminique
jusqu’alors impuni. Merckx déclare à la
radio : “Le produit incriminé, je ne le connais
pas. Il ne figure pas sur la liste. Il doit ressembler
à de la caféine. On ne fait plus aucune
distinction entre les soins et le dopage. C’est
inadmissible pour des professionnels !”
Toute la duplicité dont est capable un dopé
est contenue dans ce propos. Laissons le
Pr Michel Debackere répondre à Merckx,
comme il le fit également sur les ondes : “La
méthode que nous avons employée est totalement
sûre. C’est du 100 %. Et quand Merckx
la conteste, il me fait rigoler. Il joue l’hypocrite.
Nous avons trouvé des traces de Stimul
dans ses urines, et c’est bel et bien du Stimul !
C’est une première chose… La seconde est
que Michel Merckx, le frère d’Eddy, a fait ses
études de pharmacien à l’université de Bruxelles. En 1973, il a présenté un travail sur
les méthodes de détection du Stimul. Je ne
peux pas croire qu’il n’a pas parlé de tout cela
à son frère… Il faut comprendre que je ne
cherche aucune pliblicité. Je fais mon “job”
c’est tout. C’est pour moi une affaire de conscience.
Depuis 1974, où notre laboratoire
avait réussi à détecter la Ritaline et l’Idepron
appartenant au groupe des pipéridines (13
cas positifs à l’époque), nous avons dû faire
3 000 ou 4 000 contrôles. J’étais bien
convaincu que le dopage avait encore cours
mais que le produit utilisé n’était pas
décelable. Pendant ce temps jamais personne
n’a parlé de vice de forme, de procédure
imparfaite. Maintenant qu’on vient de trouver
le moyen d’identifier le Stimul, cela surgit
tout à coup.”
L’affaire ne s’arrête pas là. Les “victimes” se
réunissent à Milan, battent le rappel, y
compris celui du boxeur Nino Benvenuti qui,
lui aussi, joue les champions de la mauvaise
caution : “J’ai été sportif actif. J’ai été champion
du monde. J’ai pris tout ce qu’on m’a dit
de prendre. Et je constate qu’il y a dans la salle
de nombreux anciens coureurs. Ce sont des
anciens drogués ? Quand je vous vois,
messieurs, je dis que c’est une bonne chose !”
Freddy Maertens, qui pavoisait ce jour-là à
Milan, ne partage peut-être plus cet avis ! »
de MONDENARD J.P., CHEVALIER B. Le dossier noir du
dopage. Hachette, Paris, 1981, 270 (222-223).
1973 – Cyclisme – Jean-Claude Blocher (France) : « Des bricoles sans grand effet »
Jean-Claude Blocher, jeune professionnel,
raconte dans Joies de la bicyclette, son expérience
du dopage : « Pendant ces trois semaines (Tour
de France 73), je m’étais contenté d’absorber
des bricoles sans grand effet, de la Deltamine,
du Lidépran, du Mératran… Rien de bien
méchant. Remarquez qu’à l’époque, je n’étais
pas encore au courant. J’étais novice en la
matière. Je voyais bien des petits tubes dans
tous les cuissards mais j’ignorais leur contenu.
Chacun se dopait en cachette. Ce n’est
qu’après que j’ai compris. Que j’ai appris ce
qu’étaient les amphétamines. Lors des critériums
d’après Tour, tous les gars marchent au
super. Tous, oui sans exception. Il faut dire
que les amphétamines, c’est un truc épatant.
Tu es à 30 % au-dessus de tes moyens. Tu es
fatigué et tu as encore envie de faire du vélo. »
SALVIAC P. et coll. Joies de la bicyclette. Hachette,
Paris, 1977, 245 (202).
1977 – Cyclisme – Épidémie : le Stimul un produit d’usage courant
(1) Commentaire du journaliste Marc
Jeuniau (Belgique) : « Au lendemain de la
Flèche Wallonne, Freddy Maertens, Eddy
Merckx, Walter Planckaert, Karel Rottiers,
Michel Pollentier, Willy Teirlinck, Guy Sibille
furent accusés de dopage. Freddy Maertens
fut condamné trois fois : Tour des Flandres
(où il avait déjà été déclassé pour changement
de vélo), Tour de Belgique et Flèche Wallonne.
Il fut sportivement le plus touché par les
sanctions, perdant sa merveilleuse victoire, la
plus significative de sa carrière, à la Flèche
Wallonne. L’affaire émut les milieux cyclistes
et secoua un moment, l’opinion publique.
Que s’était-il passé ?
Depuis le début de l’année, le laboratoire de
toxicologie de l’université de Gand où s’effectuent
les analyses était capable de déceler le
Stimul, produit couramment utilisé par les
coureurs. Certains pensent, non sans raison,
que le Pr Michel Debackere avait patienté
jusqu’à ce que Eddy Merckx passe au contrôle
avant de faire éclater la bombe. C’est manifestement
Merckx qu’il visait. Sinon pourquoi
avoir attendu la Flèche ? Freddy Maertens
tomba des nues. Il déclara à quelques
amis :
— Je suis puni pour avoir pris du Stimul au
Tour des Flandres, au Tour de Belgique et à la
Flèche Wallonne mais pas au Volk où j’ai
cependant suivi le même régime. Je n’y
comprends rien […]
Le Pr Michel Debackere a commis une erreur
en parlant sur les antennes de la BRT, des
relations de Merckx avec des membres de la
famille royale. Sur cette même antenne il a
déclaré : “Ceux qui consomment du Stimul
sont des dangers pour la société et relèvent de
la psychiatrie”. Les médecins que j’ai interrogés
ont formellement démenti ce jugement
imprudent. Le Stimul est régulièrement prescrit
aux étudiants en période d’examens, aux
convalescents, à tous ceux qui accusent une
fatigue prononcée. La notice dit ceci :
“Stimul est un nouveau stimulant du système
nerveux central ; il dissipe la fatigue et stimule
les facultés intellectuelles. A l’encontre d’autres
stimulants, Stimul est dépourvu de tout effet
sur le coeur, la circulation ou la motricité.
L’appétit est plutôt augmenté que diminué.
Indications : États de fatigue et d’épuisement ;
difficulté de concentration. Défaut d’énergie dans
les dépressions exogènes et la convalescence.
Réactions secondaires : Stimul déplace le
sommeil s’il est pris le soir.
Posologie : 1/2 à 1 comprimé le matin et au
besoin, 1/2 à 1 comprimé l’après-midi. Enfants :
1/4 à 1/2 comprimé.” En vérité, la découverte
du Stimul fut une catastrophe car les coureurs,
heureusement pas tous, utilisent aujourd’hui
des produits à base de cortisone, infiniment
plus dangereux. »
JEUNIAU M. Eddy Merckx, l’Homme du défi. Arts et
Voyages, Bruxelles, 1978, 220 (113-115).(2) Commentaire du journaliste Marc
Jeuniau : Avez-vous songé à ce qu’a été le
programme des coureurs au cours de ce mois
d’avril ? Ils ont participé au Tour des Flandres,
à l’Amstel Gold Race, à la Flèche
Wallonne, au Tour de Belgique, à Paris-
Roubaix, à Gand-Wevelgem et à Liège-
Bastogne-Liège. La plupart du temps sous
une pluie battante et dans un froid glacial.
Que ceux qui peuvent avaler pareil menu sans
prendre le moindre reconstituant leur jette le
premier Stimul. »
Miroir du Cyclisme, 1977, n° 233, juin, 9.
(3) Freddy Maertens : un produit relativement
anodin — « Mon triomphe dans la
Flèche Wallonne fut assurément l’une des
plus belles victoires de ma carrière. J’ai achevé
la course en solitaire avec plus de quatre
minutes d’avance sur le deuxième à Verviers.
Mais ce succès-là également m’a été repris.
Il était apparu que, dorénavant, le produit
appelé Stimul était décelable au contrôle antidopage.
La LVB avait adopté la même attitude
hypocrite qu’au cours de la saison 1974,
laissant les coureurs agir à leur guise, puis en
dévoilant toute une série de cas positifs. En
réalité, le Stimul était un produit relativement
anodin agissant sur le système nerveux
central. Tout le peloton en prenait : même
Merckx figurait parmi les coupables. En
Italie, par contre, on savait que le Stimul était
décelable et cela expliquait pourquoi Moser,
2e de la Flèche Wallonne, hérita finalement de
la victoire. Les coureurs belges se sont réunis
dans le Holiday Inn à Gand pour discuter
d’éventuelles représailles contre la Ligue vélocipédique
belge. Plus tard, nous sommes
partis à Milan pour rencontrer nos collègues
italiens. Les sponsors n’étaient guère plus
heureux et ils étaient de notre côté. Merckx,
Gimondi, De Vlaeminck, tous étaient
présents à Milan. Mû par des intérêts personnels,
De Vlaeminck brisa l’élan de solidarité :
“Je n’ai pas été reconnu positif, cette affaire
ne me concerne donc pas” a-t-il lancé en
guise d’excuse. Quelle lâcheté ! Par sa faute,
l’unité était perdue et aucune mesure
concrète n’a été prise. »
MAERTENS F. Ce que foi vécu (propos recueillis par
Manu Adriaens). Malherbe, Bruxelles (Belgique),
1988, 222 (105-106).
(4) Vingt-quatre dans la charrette — « En
1977, lors de l’affaire du Stimul, nous étions
24 (?) dont Merckx dans la charrette des
condamnés. Pour un produit vendu sans
ordonnance et interdit uniquement en
Belgique. »
FALLEUR E. Freddy à coeur ouvert. Vélomédia, 1987,
n° 12, novembre, 6.
(5) Walter Godefroot : « 90 % des coureurs
prennent du Stimul » — Récit du journaliste
sportif belge Joël Godaert : « Dans l’affaire du
Stimul en 1977, Eddy Merckx et plusieurs de
ses collègues ont été carrément poursuivis par
un professeur gantois, auteur d’une véritable
chasse aux sorcières. Peu de temps avant que
n’éclate l’affaire, on avait lu dans une feuille
publicitaire de la région de Wervik, en
Flandre, l’étonnant avis que voici : “Eddy
Merckx a-t-il été convaincu de dopage ? Les
chevaux de course et les pigeons voyageurs
sont victimes du dopage ? Votre fils, étudiant,
peut-il passer la période des examens sans
prendre des tranquillisants ou des
stimulants ? L’absorption de trop grandes
doses de médicaments est-elle une forme de
dopage ? Le doping est-il mortel ? Comment
décèle-t-on le doping ? Venez assister, le
vendredi 22 avril à 20 h au collège Saint-
Joseph, à la soirée d’information par le Pr
Michel Debackere, chef du laboratoire pour
examens de dopage.” Le Pr Michel Debackere
avait-il le droit de mêler ainsi le nom de
Merckx au dopage ? Mais il savait, lui, le joli
coup de filet qu’il venait de réaliser en ces
mois d’avril-mai de 1977. Ne faisait-il pas
tomber, en même temps, plusieurs grands
champions cyclistes ? Freddy Maertens au
Tour des Flandres, à la Flèche Wallonne et au
Tour de Belgique, Walter Planckaert et Guy
Sibille au Tour des Flandres, Michel Pollentier
et Karel Rottiers au Tour de Belgique,
Willy Teirlinck et… Eddy Merckx à la Flèche
Wallonne furent reconnus positifs. Une telle
série ne pouvait évidemment pas passer
inaperçue. Elle fut aussi l’occasion d’un
pénible déballage des fautes de procédure et
des vices de forme ayant entaché les analyses.
Le Pr Michel Debackere qui affirmait ne
pas être tenté par une quelconque publicité
personnelle, ce que démentait, déjà,
l’annonce parue à Wervik, tint bon. Si je n’ai
pas la possibilité matérielle de mettre en
doute ses analyses, je doute pourtant des
raisons morales qui incitèrent le scientifique à
effectuer ses recherches. À l’époque déjà,
Robert De Smet écrivait dans Les Sports : “Si
Monsieur Michel Debackere était un grand
monsieur, s’il exerçait sa science pour le bienêtre
de l’humanité, il eût été sympathique
également de le voir agir préventivement dès
la découverte du Stimul… auquel Walter
Godefroot nous a appris que 90 % des
coureurs avaient recours ! Il eût pu proposer
à M. Van Mossevelde, président de la Ligue
vélocipédique belge : “Dites à vos administrés
que j’ai décelé le stimulant qu’ils croient
indécelable.” Ce qu’il ne fit, évidemment
pas.”
En Italie, on le sait pertinemment, les
coureurs cyclistes étaient avertis par leur
fédération quand de nouveaux produits
étaient recherchés et détectés, en Belgique, on
s’acharna volontiers sur les sportifs. On les
laissait dans l’ignorance ‘et on espérait qu’ils commettraient des erreurs. Curieusement, ce
fut un Italien, Francesco Moser qui profita du
déclassement de Freddy Maertens dans la
Flèche Wallonne cette année-là. Au cours de
cette période tumultueuse, beaucoup estimèrent
que le professeur gantois avait volontairement
voulu frapper en haut de la pyramide.
Haut et fort… Merckx ne le nie pas, ce troisième
cas de dopage est venu perturber sa
carrière. Il avait absorbé, sciemment, ce
nouveau produit, appelé Stimul. “Ceux qui
ne furent pas pris cette année-là, eurent de la
chance. Car pratiquement tout le peloton usa
du Stimul. Attention, le produit en lui-même
n’avait rien de la potion miracle. Il ne t’aurait
pas permis de gagner Paris-Roubaix, même si
tu en avais avalé deux tubes. Tout au plus
aurais-tu passé une nuit blanche. Mais tout le
monde, je le répète, en prenait, alors tu faisais
comme les autres.”
S’il avait eu l’occasion de prendre plusieurs
coureurs, Michel Debackere devait surtout se
réjouir d’avoir épinglé Eddy Merckx pour
une raison bien particulière. “En guise de
mémoire de fin d’études de pharmacie, mon
frère avait analysé, quelques années plus tôt, à
l’université libre de Bruxelles, les effets du
Stimul”. N’est-ce pas cet élément qui avait
éveillé l’attention de Michel Debackere ? J’en
demeure persuadé. »
GODAERT J. Eddy Merckx : la roue de la fortune du
champion à l’homme d’affaires. Gamma Sport,
Tournai, 1989, 208 (108-110).
(6) Le professeur Michel Debackere sur la
sellette — « La rogne et la grogne grondent
dans les pelotons cyclistes depuis que les
contrôles sont effectués en Belgique, au laboratoire
de pharmacologie et de toxicologie
des animaux domestiques de la faculté de
médecine vétérinaire de l’université de Gand.
Les coureurs belges et étrangers se plaignent
souvent amèrement des contrôles effectués
dans ce laboratoire et surtout de la publicité
qui les entoure, à tel point que dans un
mémoire adressé à la LVB et à la presse,
l’Union belge du cyclisme professionnel
(UBCP) n’a pas hésité à écrire’ que le Pr
Michel Debackere était un homme “dont on
connaît l’hostilité à certains coureurs, pour
ne pas dire à leur corporation…”. Il est vrai
que le professeur gantois émet parfois devant
les journalistes de la presse écrite, radiophonique
et télévisée, des commentaires qui
étonnent les docteurs en médecine, obligés
par l’Ordre des médecins à plus -de réserve et
de circonspection. Ainsi, lorsque Merckx
prétendit qu’il ne connaissait pas le Stimul, le
professeur Michel Debackere aurait violemment
répliqué : “Si on a trouvé du Stimul
dans ses urines, c’est qu’il en avait absorbé.
Cela me fait rigoler car son frère a fait sa thèse
de pharmacien justement sur le Stimul et la
façon de le déceler lors des analyses…”2
Les méthodes de détection de la pémoline
(Stimul-Deltamine) ont été mises au point
par le Pr Michel Debackere. Cependant, la
procédure mise en oeuvre pour sanctionner
les premiers coureurs inculpés a été assez
“particulière” et a entraîné une opposition
unanime de l’ensemble de la presse et des
coureurs cyclistes. »
NoREr A. Le dopage, I fe éd. Vigot, Paris, 1981, 326
(267-268).
(7) Eddy Merckx et Freddy Maertens étaient
dopés au Stimul — « Et tant pis pour le scandale.
La Ligue vélocipédique belge, après bien
des hésitations, l’a dévoilé. Quel coup de
filet ! Merckx, Maertens (3 fois), Pollentier,
Teirlinck, Rottiers et Walter Planckaert se
sont dopés. Les contrôles effectués par le Dr
Michel Debackere ont eu lieu durant le Tour
de Belgique et à l’issue du Tour des Flandres.
Et cette fois les “gros bras” ont été pris au
piège. Eux aussi trichent, transgressent la loi.
Ils vont être punis (amende et suspension
avec sursis). Mais c’est encore le cyclisme qui
est sali et que l’on montre du doigt après la
découverte dans les analyses de ce nouveau
produit miracle la “pémoline” interdite mais
vendue sur le marché belge sous le nom de
Stimul.
Les coureurs qui étaient depuis longtemps au
courant ne sont pas d’accord. “On nous a pris
en traître” disait l’un des pénalisés il y a 15 jours
au départ de Liège-Bastogne-Liège. “Aucune
mise en garde.” Aussi regrettable que puisse
être cette situation, elle n’est pas le fait du
Dr Michel Debackere. On lui demande
d’appliquer le règlement. Ce qu’il a fait avec
rigueur, en se moquant du qu’en-dira-t-on.
Les coureurs vont payer. Puisse ce nouveau
scandale faire comprendre à tous : dirigeants,
organisateurs, coureurs, docteurs et soigneurs
qu’il est temps de jouer cartes sur table. »
France-Soir, 08.05.1977.
(8) Contre-expertise : le Pr Michel Debackere
confirme « 10 positifs au Stimul » —
« Gand — Le Pr Michel Debackere, chargé du
contrôle antidopage dans les grandes classiques
belges, a confirmé samedi que les
contre-expertises demandées par plusieurs
grands champions dont Maertens, Merckx et
Pollentier, accusés de dopage, s’étaient révé-lées positives. L’usage de produits dopants
par ces coureurs ne fait aucun doute, a-t-il
souligné. Il s’agit, a précisé le Pr Michel
Debackere, d’amphétamines interdites mais
qu’on ne pouvait déceler jusqu’à présent. Les
contrôles ont été positifs pour dix coureurs
dont Freddy Maertens, le champion du
monde (trois fois : Tour des Flandres, Flèche
Wallonne et Tour de Belgique) Eddy Merckx
(Flèche Wallonne), Michel Pollentier, Walter
Planckaert, Willy Teirlinck et Karl Rottiers.
Les résultats de la contre-expertise demandée
pour le champion hollandais Hennie Kuiper
ne sont pas encore connus, a souligné Michel
Debackere. Enfin, pour le Français Guy
Sibille, les quantités d’urine prises à l’arrivée
de la course ne permettent pas de savoir si le
champion de France a pris ou non des
dopants interdits. »
L’Équipe, 12.05.1977.
1977 — Cyclisme — Réglementation : la Deltamine est désormais interdite sur le Tour
« Lors du Tour de France, le contrôle médical
se fera bien entendu sous la juridiction de
l’UCI qui a désigné à cet effet M. Jean
Houben (Pays-Bas). Le docteur Pierre
Dumas et deux autres médecins assureront
les contrôles. Félix Lévitan a précisé que le
laboratoire de toxicologie de Paris était dorénavant
en mesure de retrouver les traces de
Stimul (commercialisé en France sous le nom
de Deltamine), produit qui était à la base de la
condamnation pour dopage de plusieurs
coureurs belges dont Freddy Maertens.
“D’autres produits, a d’ailleurs ajouté Félix
Lévitan, seront peut-être décelables très
prochainement.”
L’Équipe, 22.06.1977.
1977 — Cyclisme — Trafic : a Une équipe avait fait le plein »
0 Mais revenons à la roulotte de juillet 1977. A
la suite d’une intervention d’Eddy Merckx et
Bernard Thévenet, mandatés par le reste du
peloton, le règlement s’assouplit et les
coureurs ne se découvrent plus complètement.
Jusqu’à ce que, à Fribourg, le médecin
contrôleur change. Que le règlement soit de
nouveau appliqué. Et que, soudain, apparaissent
des coupables. Ce qui n’étonne personne
car il était de notoriété publique qu’à
Bordeaux, au cours de la première journée de
repos, une équipe avait fait le plein d’un
1984 — Cyclisme — Sean Kelly (Irlande)
(1) L’Irlandais Sean Kelly, meilleur coureur
du monde cette année et de loin après avoir,
entre autres, enlevé Paris-Nice, Paris-
Roubaix, Liège-Bastogne-Liège et Blois-
Chaville a été convaincu de dopage au Stimul
lors de Paris-Bruxelles, qu’il termina en 3e
position derrière le Belge Eric Vanderaerden
et le Français Charly Mottet.
(2) Sean Kelly se défend — « L’affaire de son
contrôle antidopage positif à l’issue de Paris-
Bruxelles a certes beaucoup peiné Sean Kelly,
mais l’Irlandais n’a pas tardé à prendre le
dessus. “J’ai déjà expliqué qu’il n’y avait
aucurie raison pour que j’aie recours à des
produits dopants dans Paris-Bruxelles, nous
expliquait-il dimanche, et aujourd’hui je suis
presque certain d’obtenir gain de cause pour
vice de forme. Je me suis fait aider d’un
professeur irlandais lors de la contre-expertise
ainsi que du président de ma fédération et
ils ont constaté qu’une erreur de numérotage
s’était produite lors de l’étiquetage des
flacons. Dans le feu de l’action, je n’ai pas fait
attention car les contrôles sont devenus pour
moi une formalité, mais la confusion est
avérée, selon mes dirigeants. Par ailleurs, je
me souviens que Fred de Bruyne se trouvait
médicament dopant (Estimulo Pauwels, une
forme du Stimul, vendu sous des noms différents
selon les pays) et avait amassé un joli
magot en le vendant dans le peloton, en assurant
sans doute qu’il n’était pas décelable à
l’analyse. Car le dopage, au sein du sport
cycliste, en marge des lois, des laboratoires,
des études médicales, des statistiques, c’est
avant tout une bagarre de braconniers avec
des douaniers. Comme le dit Antoine Blondin
“on joue aux gendarmes et aux vélos” ».
Le Journal du Dimanche, 31.07.1977.
« trompé » par son mécano
dans le local affecté au contrôle à Rhode
Saint-Génèse et il n’avait rien à faire là, les
règlements sont formels. Cela aussi, c’est un
vice de forme. Puisque l’on me cherche, je
vais me battre.” »
L’Équipe, 16.10.1984.
(3) Sanctions confirmées — « Dans un
communiqué officiel, la Ligue vélocipédique
belge a confirmé les sanctions prises à l’égard
de Sean Kelly. Celui-ci avait fait l’objet d’un
contrôle positif effectué à Paris-Bruxelles. Le
coureur irlandais est donc mis hors course de
la classique franco-belge, qu’il avait achevée
en troisième position. Il écope d’une amende
de mille francs suisses et d’une suspension
d’un mois avec sursis. La LVB a ajouté que
l’appel interjeté par la Fédération irlandaise
était non recevable, les arguments présentés
étant non fondés. »
L’Équipe, 07.11.1984.
(4) Épilogue : c’est la « faute » au mécanicienchauffeur
— Témoignage de Willy Voet, son
soigneur : « Dix jours avant Paris-Bruxelles
1984, une course faite pour lui mais qu’il n’a
curieusement jamais gagnée, Kelly est tombé
malade. Une bronchite. Il s’est donc soignél’éphédrine pendant une semaine, un excellent
produit pour dégager les bronches mais
qui avait le tort d’être détectable au contrôle.
Sean a stoppé son traitement trois jours avant
l’épreuve car même si les analyses n’étaient pas
aussi pointues qu’aujourd’hui, il ne voulait
prendre aucun risque. À la fin de la course,
qu’il a terminée troisième derrière Eric Vanderaerden
et Charly Mottet, l’Irlandais a dû se
soumettre au contrôle. Rien de bien fâcheux.
On avait caché un flacon rempli de l’urine
d’un mécanicien volontaire dans le cuissard
du coureur, qui a réussi sans dommage à se
jouer du contrôle. Pour les champions, c’était
toujours plus facile. Quelques jours plus tard,
Kelly a reçu une lettre de la Fédération internationale
l’informant qu’il avait été contrôlé
positif sur Paris-Bruxelles. Le produit ? Du
Stimul, à base d’amphétamines. Stupeur de
l’Irlandais. J’ai mené ma petite enquête et le
coupable a vite été démasqué : pour rester
éveillé au volant de son camion, le mécanicien
à la mémoire courte s’était un peu
chargé ! L’Irlandais fut déclassé au profit
d’Eric Van Lancker. Depuis, le mécano fait
attention avant d’ouvrir son robinet. »
voEr W. Massacre à la chaîne. Calmann-Lévy, Paris,
1999, 213 (121-122).
Réglementation
1965 — Loi n° 65-412 du 1″ juin 1965 (cf. décret d’application du 10 juin 1966)
Répression de l’usage des stimulants à l’occasion des compétitions sportives.
1966 — Décret n° 66-373 du 10 juin 1966
Il précise quelles sont les substances destinées à accroître artificiellement et passagèrement
les possibilités sportives et qui par conséquent sont interdites dans le cadre des
compétitions sportives : « 1/ Substances vénéneuses visées à l’article R.5149 du Code de
santé publique, c’est-à-dire toutes les spécialités inscrites aux tableaux A, B et C:
— tableau A : toxiques ;
— tableau B : stupéfiants ;
— tableau C : produits dangereux : pémoline (Deltamine). »
1967-1968 — Liste UCI
La pémoline figure dans la liste A au paragraphe 2 qui regroupe les amines sympathomimétiques
(amphétamines, pipéridines, pémoline et tous leurs dérivés, sous les différentes
formes et associations). Les substances mentionnées sur la liste A, quels que soient leur
présentation, nom commercial, association ou forme, sont totalement interdites, en toute
dose, par toute voie et ce à tout moment.
1968 — Liste CIO
La pémoline fait partie de la toute première liste des produits interdits établie par la
Commission médicale du CIO à l’occasion des Jeux de Grenoble et de Mexico. Elle appartient
au groupe 1 : amines sympathomimétiques (ex : amphétamine), éphédrine et substances
apparentées (pémoline).
1977 — Liste UCI
En Belgique, le laboratoire du Pr Michel Debackere basé à Gand, frappe un nouveau coup
du côté des « indécelables ». Une brochette de vedettes belges fait les frais de ce progrès
dans l’analyse : Eddy Merckx, Freddy Maertens, Michel Pollentier, Willy Teirlinck, Karel
Rottiers et Walter Planckaert. Le contrôle surprise au Tour de Belgique et au Tour des
Flandres, a révélé la présence du Stimul, une spécialité pharmaceutique belge appartenant
au groupe de la pémoline. Ce produit à action amphétaminique est un stimulant du système
nerveux. La fureur des coureurs qui s’estiment piégés est à son comble. Ils se réunissent
même à Milan, constituent un groupe de défense dont l’action s’éteindra d’elle-même. En
clair, cela veut dire que de 1966 (date des premiers contrôles officiels) jusqu’au printemps
1977 (soit 11 ans), l’on pouvait, en toute impunité, consommer de la pémoline.
2003 — Listes CIO, UCI et MJS (arrêté du 31.07.2003)
La pémoline est interdite par l’ensemble des réglementations internationales.
Elle est décelable dans les urines par les laboratoires officiels.
2004 — Liste AMA
Depuis janvier, l’Agence mondiale antidopage édicte et publie au plan international, la seule liste
faisant désormais référence pour l’ensemble du mouvement sportif. La pémoline appartient à la
section des « Stimulants » (S1). Elle est interdite uniquement pendant les compétitions.

Références
BOISSIER J.R. et coll. Pémoline et pémoline — magnésium. Action psychoanaleptique comparée. Thérapie,
1967, 22, 1307-1316.
BUGARD P. Un nouvel agent – antifatigue • : la Deltamine. Essais préliminaires. Presse méd., 1960, 68, n° 48,
1785-1786.
DUVAL D., STERNE J. La phényl 5, imino 2, oxo 4 oxazolidine. Pharmacologie : action sur le système nerveux.
Thérapie, 1960, 15, 1256-1263.
FADEUR E. Freddy à coeur ouvert. Vélomédia, 1987, n° 12, novembre, 6.
GOADERT J. Eddy Merckx : la roue de la fortune du champion à l’homme d’affaires. Gamma Sport, Tournai, 1989,
208 (108-110).
JEUNIAU M. Eddy Merckx l’homme du défi Arts et voyages, Bruxelles, 1978, 220 (113-118).
MAERTENS F. Ce que j’ai vécu (propos recueillis par Manu Adriaens). Malherbe, Bruxelles, 1988, 222 (105-106).
SALvIAC P. et Coll. Les joies de la bicyclette. Hachette, Paris, 1977, 245 (202).

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